Le Soudan du Sud plongé dans la guerre et la boue

Des combattants de l'ethnie Nuer brandissent leurs armes,... (PHOTO GORAN TOMASEVIC, ARCHIVES REUTERS)

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Des combattants de l'ethnie Nuer brandissent leurs armes, lors d'un rassemblement dans l'État du Nil supérieur, le 10 février.

PHOTO GORAN TOMASEVIC, ARCHIVES REUTERS

Les cris de joie qui ont fusé lors de la création du Soudan du Sud, en 2011, ont depuis longtemps cessé. Le plus jeune État du monde est aujourd'hui plongé dans la guerre civile et fait face à une grave crise humanitaire qui pourrait rapidement se transformer en famine.

Le travailleur humanitaire Patrick Robitaille, qui revient d'une mission à Malakal pour Médecins sans frontières, fait le tour des cinq grands enjeux auxquels est confronté le jeune pays.

La guerre

«Habituellement, il y a moins de combats au Soudan du Sud pendant la saison des pluies, mais pas cette année. Il y a de la violence tous les jours», explique Patrick Robitaille. Les combats ont débuté en décembre dernier, après qu'une querelle politique a éclaté entre le président Salva Kiir, issu de l'ethnie prédominante Dinka, et son vice-président Riek Machar, de l'ethnie Nuer. L'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) - celle-là même qui a été au coeur de la guerre civile de 1983 à 2005 pour obtenir la création du Soudan du Sud - s'est à son tour scindée en deux.

Les fidèles de Kiir affrontent maintenant les partisans de Machar. Près de 10 000 personnes ont péri en quelques mois. «Ça part d'un conflit politique, mais ç'a rapidement pris une tournure ethnique. Les identités ethniques sont très fortes au Soudan du Sud», relate Patrick Robitaille, en ajoutant que les plus petits groupes, comme les Shilluk, souffrent aussi de la confrontation. Les États les plus nordiques du Soudan du Sud - là où se trouvent les ressources pétrolières du pays - sont les plus touchés. La ville de Malakal, dans l'État du Nil supérieur, a changé de mains six fois depuis le début de l'année.



Les déplacés

Apeurées par les combats, près de 1,5 million de personnes, soit plus de 10% de la population du pays, ont quitté leur domicile. De ce nombre, près de 10 0000 ont trouvé refuge dans 10 lieux de protection dans les bases de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (UNMISS), dont 17 000 à Malakal. Les conditions sanitaires y sont horribles, témoigne Patrick Robitaille, qui y a passé l'été. «La plupart des gens qui arrivent à Port-au-Prince, en Haïti, sont choqués par les conditions sanitaires. Mais ça paraît être un paradis comparé au camp de Malakal», dit celui qui a travaillé dans une quinzaine de pays en 12 ans, incluant la Sierra Leone, la République démocratique du Congo et le Pakistan. La pluie, raconte-t-il, a transformé le camp en immense lac boueux. «L'eau stagnante, qui est à l'origine de la propagation du choléra, de la malaria et d'autres maladies, se trouve sous les abris», ajoute-t-il. Dans ces camps mal adaptés, on ne trouve qu'un cabinet d'aisances pour 125 personnes, et s'y rendre est un exploit.

Le choléra

Les conditions sanitaires expliquent en partie l'épidémie de choléra qui s'étend bien au-delà des camps de déplacés. Les gens qui ont trouvé refuge près des rivières sont les plus touchés. «Ils boivent l'eau dans laquelle d'autres font leurs besoins, explique Patrick Robitaille. On ne voit que la pointe de l'iceberg de l'épidémie dans les camps.» Selon le plus récent rapport des Nations unies sur le Soudan du Sud, près de 4800 cas de choléra ont été répertoriés à ce jour. «Pour prévenir le coup, Médecins sans frontières a fait une campagne de vaccination en avril», indique le travailleur humanitaire montréalais.

La malnutrition

Plusieurs organes des Nations unies sonnent l'alarme. Si rien n'est fait, le Soudan du Sud se dirige vers une famine. Selon le Programme alimentaire mondial, 3,9 millions de personnes, soit plus du tiers du pays, peinent à se nourrir. De ce nombre, 1 million de personnes sont dans une situation grave. Les hôpitaux de Médecins sans frontières sont remplis d'enfants en état de grave malnutrition. «En plus de la malnutrition, ils sont souvent atteints d'une autre maladie», relate Patrick Robitaille. Selon lui, une action prompte est nécessaire pour éviter une répétition de la famine somalienne de 2011, qui a fait près de 250 000 morts.

Le kala-azar

Au deuxième rang des maladies parasitaires les plus meurtrières au monde, le kala-azar fait des ravages au Soudan du Sud. «C'est semblable à la malaria, mais c'est propagé par un autre insecte, une mouche des sables», note Patrick Robitaille. La période d'incubation est plus longue que la malaria. Si la maladie n'est pas traitée, elle s'attaque au système immunitaire et est souvent fatale. «Ça s'attaque au système digestif des enfants qui ont déjà des problèmes de malnutrition.»

-Avec l'Agence France-Presse




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