L'Afghanistan pâtit des rivalités régionales

Clément Sabourin
La Presse

Des membres du gouvernement afghan ont accusé hier le Pakistan d'être derrière l'attentat à la voiture piégée survenu lundi à Kaboul. Cette attaque, la plus meurtrière dans la capitale afghane depuis la chute des talibans en 2001, pourrait avoir de sérieuses répercussions sur la géopolitique régionale.

Quarante et une personnes, dont deux diplomates indiens, sont mortes et plus de 150 autres ont été blessées lorsqu'une voiture a explosé lundi matin devant l'ambassade de l'Inde à Kaboul. La déflagration a été si puissante que certains corps ont été projetés sur les toits des immeubles voisins.

Rapidement, les talibans ont rejeté tout lien avec l'attentat et les soupçons se sont déplacés vers les services secrets pakistanais.

Selon les responsables afghans, l'ampleur de l'attaque en désigne les auteurs. «La sophistication de cette attaque et le type de matériel utilisé, ainsi que la spécificité de la cible, tout cela porte la marque d'une agence de renseignements en particulier», a déclaré hier le porte-parole de la présidence afghane, Homayun Hamidzada. Des journalistes lui demandant s'il parlait des services secrets pakistanais, M. Hamidzada a répondu que c'était «assez évident».

Un haut responsable du gouvernement a en outre déclaré à l'AFP que «le Pakistan est derrière l'attentat».

Démenti d'Islamabad

En visite à Kuala Lumpur, le premier ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani a nié toute implication de son pays. «Pourquoi le Pakistan déstabiliserait-il l'Afghanistan, puisqu'il est dans notre intérêt (d'avoir) un Afghanistan stable et que nous voulons la stabilité dans la région?» a-t-il déclaré.

Pour Islamabad, l'intensification des violences depuis le mois de mai est due à l'incapacité de l'armée afghane et des forces internationales à vaincre les talibans. Le mois dernier a été le plus meurtrier pour les troupes étrangères depuis le début de la guerre : 49 soldats sont morts, plus qu'en Irak.

Rivalité Inde-Pakistan

L'attaque de l'ambassade indienne pourrait être un avertissement à Kaboul et à New Delhi, qui ne cessent de se rapprocher.

Depuis la chute des talibans en 2001, l'Inde a déboursé plus de 750 millions US pour la reconstruction de l'Afghanistan, au grand dam du Pakistan qui a toujours considéré son voisin occidental comme un vassal.

«Le Pakistan a une expérience de plus de 25 ans d'ingérence dans les affaires afghanes», explique Marc André Boivin, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal.

Déjà en conflit avec l'Inde sur la question de la région frontalière du Cachemire, Islamabad n'est pas prêt à concéder son domaine protégé à son rival.

Depuis le début des années 80, les autorités pakistanaises ont établi des liens serrés avec quelques groupes terroristes afghans, aujourd'hui affiliés à Al-Qaeda. Selon M. Boivin, l'attentat de lundi porte la marque de fabrique de ces groupes.

Mais de là à conclure que cette attaque a été décidée par le président pakistanais Musharraf et son nouveau premier ministre Gilani, la prudence s'impose.

«Les services secrets pakistanais ne sont pas fiables politiquement. Une partie des agents pakistanais agit en faveur des talibans, l'autre partie les pourchasse», dit Charles-Philippe David, titulaire de la chaire Raoul-Dandurand à l'UQAM.

Lourdes conséquences à prévoir

Pour les deux politologues, l'attentat de lundi va pousser les États-Unis à «nettoyer» la zone tribale située au Pakistan, de l'autre côté de la frontière afghane. Les autorités américaines ont toujours qualifié cette région de «repaires pour talibans et terroristes d'Al-Qaeda», accusant Islamabad de laxisme.

«La décision d'y envoyer beaucoup plus de soldats que lors des missions d'infiltrations est déjà sur le bureau de la Maison-Blanche», dit M. David, indiquant par ailleurs qu'une réaction «vigoureuse» de l'Inde était à prévoir.

Washington a indiqué hier que le porte-avions qui assurait le soutien des opérations en Irak a rejoint la mer d'Arabie, «pour soutenir les actions en Afghanistan».

«Jamais je n'aurais pensé qu'en juillet 2008 la situation de l'Afghanistan serait pire qu'en Irak», conclut M. David.

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