Fukushima Daiichi: de l'eau souterraine contaminée rejetée en mer

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La compagnie assainit l'eau par un dispositif de filtration (ci-dessus) qui retire l'essentiel des radionucléides (à l'exception du tritium) avant d'être contrôlée puis diluée dans la mer.

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Karyn NISHIMURA-POUPÉE
Agence France-Presse
TOKYO

La compagnie gérante de la centrale accidentée de Fukushima au Japon a commencé lundi à rejeter en mer de l'eau souterraine pompée près des réacteurs puis filtrée, une première qui n'est pas sans risques, selon les écologistes.

Tokyo Electric Power (TEPCO) relâche déjà depuis l'an passé dans l'océan de l'eau prise en amont des installations, mais il s'agit d'eau recueillie avant qu'elle ne soit contaminée. Elle est alors seulement contrôlée et non traitée.

Le pompage en amont permet de réduire la quantité d'eau qui descend naturellement de la montagne vers la mer en s'infiltrant sous la centrale où elle est souillée au passage.

Les opérations commencées lundi concernent cette fois de l'eau impure issue de puits plus proches des réacteurs. La compagnie l'assainit par un dispositif qui retire l'essentiel des radionucléides (à l'exception du tritium) avant d'être contrôlée puis diluée dans la mer.

Même si cette eau «ne doit pas être confondue avec celle, hautement radioactive, qui est utilisée pour refroidir les coeurs des réacteurs fondus, (...) il faut avoir à l'esprit que de l'eau contaminée s'écoule chaque jour naturellement, de façon incontrôlée dans l'océan Pacifique», depuis l'accident, rappelle Shaun Burnie de Greenpeace, dans une note.

Cette opération de pompage et rejet a pris du retard, car les pêcheurs de la région, craignant une pollution du milieu halieutique, ont mis longtemps avant de donner leur accord sur la base de mesures effectuées par TEPCO.

Ils ont négocié en échange d'une promesse d'indemnisations maintenues tant que leur activité sera contrariée par les effets du désastre atomique provoqué par le tsunami du 11 mars 2011.

Des centaines de tonnes d'eau souterraine entrent chaque jour dans les bâtiments de la centrale Fukushima Daiichi, augmentant ainsi la quantité d'eau contaminée au contact des équipements, liquide qu'il faut ensuite stocker, puis assainir. Cette tâche mobilise de nombreux travailleurs et handicape les autres opérations.

Les pluies diluviennes qui s'abattent sur la région assez fréquemment, comme la semaine passée, n'arrangent rien.

«C'est une importante étape dont nous attendons de très importants résultats», s'est félicité le président du Forum des industriels japonais de l'énergie atomique (JAIF) dans un communiqué.

TEPCO incité à des rejets plus massifs

Le problème de l'eau est un des plus épineux qu'ait à traiter TEPCO à Fukushima Daiichi où les coeurs de trois des six réacteurs ont fondu.

À l'instar de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), de l'Autorité de régulation japonaise et de nombreux autres experts du secteur, Dale Klein, ex-président de l'autorité nucléaire américaine répète que les quelque 680 000 mètres cubes d'eau récupérée sur le site et stockée dans un millier de citernes ne pourra rester éternellement sur place.

«L'option la meilleure est la dilution en mer» de cette eau épurée de la plupart des radionucléides, à l'exception du tritium, a-t-il déclaré dans un récent entretien accordé à l'AFP.

«Je pense que cela devrait être fait dans un délai de trois ans, même si je préférerais que ce soit plus tôt, car moins l'eau est stockée longtemps, moins il y a de risques qu'elle ne s'évacue de façon incontrôlée», insiste celui qui est aujourd'hui conseiller de Tokyo Electric Power (TEPCO).

«Le rejet d'eau "tritiée" se pratique partout dans le monde», précise-t-il.

«Il existe des incertitudes majeures sur les effets à long terme posés par le tritium et ces rejets ne peuvent pas être considérés comme ne présentant aucun risque pour l'environnement marin et la santé», conteste Greenpeace.

«Compte tenu du calendrier de démantèlement, ces opérations sont susceptibles de durer des décennies» aboutissant à des quantités gigantesques, argue de plus l'organisation écologiste.

«C'est, selon elle, l'une des principales raisons pour lesquelles les associations de citoyens se sont opposées aux plans de TEPCO», compagnie considérée comme responsable du désastre atomique qui a forcé plus de 150 000 personnes à quitter leur région devenue en partie inhabitable.

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