Réduction des émissions de GES: doutes sur l'atteinte des objectifs

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À la mi-décembre, le premier ministre Stephen Harper a affirmé que ce serait « de la folie » que d'imposer des normes contraignantes à l'industrie pétrolière, compte tenu de la chute brutale des prix du brut sur les marchés internationaux.

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(OTTAWA) Le gouvernement Harper s'est fait servir plusieurs mises en garde par les mandarins de la fonction publique depuis 24 mois, qui l'ont averti qu'il ratera ses objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) d'ici 2020 s'il n'impose pas un sérieux coup de barre dans la lutte contre les changements climatiques.

Malgré tout, les ministres du gouvernement Harper ont continué à soutenir, jusqu'à tout récemment, que le Canada avait la ferme intention d'atteindre ses cibles de réduction d'ici la fin de la présente décennie et que sa politique visant à réglementer divers secteurs de l'économie, comme les transports et les centrales à charbon, donnait des résultats probants. 

Si l'ancien commissaire à l'environnement Scott Vaughan a été le premier à tirer la sonnette d'alarme, dans un rapport publié en mai 2012, disant que le Canada ne pourrait pas respecter les engagements qu'il a pris à la conférence de Copenhague en 2009, d'autres ont entonné la même critique par la suite.

Même les hauts fonctionnaires du ministère des Finances ont fait une telle mise en garde lorsqu'ils ont remis, en mars, un immense cahier d'information au ministre Joe Oliver quand ce dernier a succédé à Jim Flaherty, a appris La Presse.

Efforts considérables

Dans ces notes d'information, les fonctionnaires soulignent à grands traits que le Canada devra déployer des efforts considérables pour être en mesure d'atteindre les cibles fixées à la conférence de Copenhague. En vertu de cet accord international, le Canada s'est engagé à ramener ses émissions de GES à 17% sous le niveau de 2005 (612 mégatonnes). Pour y arriver, il faudrait réduire les émissions de 122 mégatonnes, selon le ministère des Finances, qui s'appuie sur des prévisions effectuées par Environnement Canada.

«Environnement Canada projette présentement que les émissions provenant de tous les secteurs de l'économie canadienne atteindront 734 mégatonnes en 2020, ce qui veut dire qu'une réduction de 122 mégatonnes sera nécessaire pour atteindre la cible», affirme-

t-on dans une section consacrée aux changements climatiques dans le cahier d'information du ministre Oliver.

Chute des prix du pétrole

Les fonctionnaires relevaient que le gouvernement fédéral n'avait pas encore dévoilé les normes environnementales qui seraient imposées à l'industrie pétrolière et gazière. Ce secteur, selon eux, sera responsable de 27% des émissions de GES en 2020, comparativement à 22% en 2005, en raison de la hausse de la production du pétrole issu des sables bitumineux. À la mi-décembre, le premier ministre Stephen Harper a affirmé que ce serait «de la folie» que d'imposer des normes contraignantes à cette industrie, compte tenu de la chute brutale des prix du pétrole sur les marchés internationaux.

Plusieurs passages de cette section ont été censurés avant d'être remis à La Presse. Les autres sections portent sur les dossiers qui relèvent davantage du grand argentier du pays, tels que la situation budgétaire, les prévisions économiques, les politiques fiscales, les transferts aux provinces ou encore les politiques de développement économique, entre autres.

Selon d'autres informations obtenues par La Presse, un comité de hauts fonctionnaires coprésidé par le sous-ministre de l'Environnement et le sous-ministre des Ressources naturelles a aussi remis un rapport au greffier du conseil privé en août 2013, dans lequel on affirmait sans détour que les efforts du gouvernement Harper pour réduire les émissions de GES sont nettement insuffisants pour atteindre les cibles de 2020.

Tempêtes et catastrophes naturelles

Dans ce même rapport, on lançait aussi une autre mise en garde: les changements climatiques auront des conséquences importantes sur le trésor fédéral en ce qu'on pourrait assister à une prolifération de tempêtes météorologiques et autres catastrophes naturelles qui endommagent lourdement les infrastructures du pays.

En mai 2013, la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie, qui a été dissoute par le gouvernement Harper, avait aussi émis des doutes sur l'atteinte des objectifs de Copenhague. «Le Canada n'atteindra pas sa cible de réduction des émissions de GES en 2020 s'il ne prend pas en plus d'autres mesures d'envergure», écrivait alors l'organisation dans son tout dernier rapport. Et au début décembre, Environnement Canada a publié un nouveau rapport confirmant que le pays manquera son objectif de 116 mégatonnes.

Le NPD s'est montré cinglant envers le bilan du gouvernement en matière de lutte contre les changements climatiques. «Les conservateurs sont au pouvoir depuis huit ans. Il serait temps qu'ils cessent de rejeter le blâme sur les autres et qu'ils commencent véritablement à assumer leurs responsabilités», a affirmé la députée Megan Leslie.

Pour sa part, le député libéral Stéphane Dion a soutenu que le gouvernement Harper doit se rendre à l'évidence que ses politiques ne fonctionnent pas.

«Le premier ministre n'a pas l'honnêteté de dire aux Canadiens qu'il va rater les cibles. La ministre de l'Environnement, Leona Aglukkaq, se fait même contredire par son propre ministère. Ces documents démontrent encore une fois que nous sommes en face d'un gouvernement manipulateur et dissimulateur», a dit M. Dion.

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