Consigne: «C'était un problème insoluble», affirme un ex-PDG de la SAQ

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Dans les années 90, la SAQ a consacré énormément d'énergie et de réflexion à la consigne des bouteilles de vin, se rappelle son président de l'époque, Jocelyn Tremblay.

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(Québec) Ce n'est pas d'hier que la consigne est synonyme de cauchemar pour les commerces. « C'est la quadrature du cercle : sitôt que vous proposez une solution, 25 personnes se lèvent pour dire que vous êtes dans le champ ! », de lancer Jocelyn Tremblay.

Joint par La Presse, celui qui fut le plus longtemps à la barre de la Société des alcools, de 1986 à 1998, se souvient avec acuité du sempiternel débat autour de la récupération des bouteilles. « C'était un problème insoluble, on pourrait en parler pendant des heures », souligne-t-il.

Dans les années 90, la SAQ a consacré énormément d'énergie et de réflexion à ce sujet. Pas question de confier le mandat de la consigne à la SAQ, « les locaux ne sont pas faits pour ça... Ils sont établis dans des endroits commerciaux. Si une succursale vend 1000 caisses par semaine, elle en recevrait 800 en retour. Faut les mettre quelque part ! » lance-t-il.

Problème trivial, « les bouteilles vides sont un paradis pour les bibites, les gens ne les passant pas au lave-vaisselle avant de les ramener ». Et les directeurs de succursale, pas plus que les épiciers d'ailleurs, ne sont intéressés à faire entrer chez eux ce vecteur de contamination. À l'époque, la SAQ avait envisagé une série de petits dépôts de consigne en dehors du réseau des succursales. Or les grandes surfaces ont eu peur que ces petits commerces, achalandés, se mettent à vendre d'autres produits.

La collecte sélective a l'apparence d'une solution évidente. Ce n'est pas le cas. Les recycleurs sont intéressés par le verre clair, non teinté. Une bouteille verte ou brune cassée dans le bac ruinera les efforts.

« On se trouvait génial, on avait commencé à envoyer le verre concassé en Italie. On avait envoyé six cargos à un demi-million de dollars par bateau. Devant ça, ils se sont mis à recycler leurs propres bouteilles. », explique M. Tremblay.

« C'est la quadrature du cercle : si quelqu'un a une solution, qu'il se lève... ! On a "taponné" pendant des années là-dessus sans résultat », ajoute M. Tremblay.

Dans l'étude publiée hier par La Presse, selon laquelle il en coûterait 250 millions en cinq ans pour établir un réseau de consigne, M. Tremblay perçoit la détermination de la SAQ de ne pas s'en faire imposer la responsabilité. « Au prix où sont payés les employés de la SAQ, leur faire ramasser les bouteilles, cela fait des vidangeurs de luxe ! », résume-t-il.

«La cour est pleine» pour les détaillants

Les détaillants ne veulent rien savoir de la récupération des bouteilles de vin de la Société des alcools, affirme Nathalie Saint-Pierre, porte-parole du Conseil canadien du commerce de détail. Le ministre de l'Environnement, David Heurtel, souhaite « moderniser la consigne », résume-t-elle à la lumière d'une rencontre avec le ministre en février dernier. « Il a compris que pour les détaillants, la cour est pleine ! »

« Les détaillants disent qu'ils ne paieront pas pour ça. Déjà, le système mis en place pour les canettes et les bouteilles de plastique n'a pas été indexé depuis 1984. Le système est sous-financé », de soutenir Mme Saint-Pierre, dont l'organisme représente 75 000 détaillants partout au pays.

Il y a passablement d'inquiétudes devant un projet qui reste à définir. « Déjà, les machines pour gober les canettes et les bouteilles de plastique occupent de l'espace et du temps de main-d'oeuvre. Dans certains magasins, il faut une personne à temps plein et il est déjà arrivé qu'on se voie dans l'obligation de répartir les bouteilles sur 15 palettes pour les renvoyer aux bons brasseurs », ajoute Mme Saint-Pierre

Le Conseil préconise donc que ces bouteilles « soient mises dans le bac et que les centres qui traitent ces matières se perfectionnent ». « Les provinces qui ont des réseaux de consigne n'ont pas plus de débouchés que nous pour le verre ! », constate-t-elle.

Quoi qu'on fasse, il y a un coût

Pour le ministre des Finances Carlos Leitao, responsable de la Société des alcools, la facture importante d'un réseau de consigne distinct pour le verre n'est pas une surprise. « Quoi qu'on fasse, il y aura un coût », résume-t-il.

« Notre priorité est de trouver une façon de valoriser le recyclage de verre. Il y a plusieurs façons, on doit savoir dans quoi on s'embarque », a-t-il affirmé à l'entrée de la réunion du caucus des députés libéraux mercredi.

« On ne peut penser qu'on fera quelque chose qui ne coûtera rien », a-t-il conclu.

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