Rainette faux-grillon: des mesures de compensation sans preuve scientifique

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Selon Alain Branchaud, biologiste et directeur général de la Société pour la nature et les parcs, la rainette faux-grillon est vulnérable aux perturbations de son habitat en raison de son cycle de vie très court.

Photo Lyne Bouthiller, fournie par le gouvernement du Québec

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Le gouvernement du Québec aura fort à faire s'il veut contester le décret d'urgence mis en place par Ottawa pour protéger la rainette faux-grillon dans le secteur de La Prairie, en Montérégie.

En plus d'avoir écarté les avis de ses experts, le ministère québécois de l'Environnement a autorisé le projet immobilier Symbiocité sans détenir la moindre preuve scientifique de l'efficacité des principales mesures de compensation exigées pour protéger cette espèce en péril.

Les certificats d'autorisation délivrés par le Ministère prévoyaient notamment l'aménagement d'étangs de reproduction pour la rainette dans un parc de conservation adjacent au projet Symbiocité. Or, Québec admet n'avoir aucune étude prouvant l'efficacité de cette mesure pour cette espèce.

« Il n'y a pas vraiment d'études sur la pertinence et l'efficacité des étangs [pour la rainette], reconnaît Daniel Messier, porte-parole du ministère de l'Environnement. Mais de façon générale, il y a beaucoup d'articles dans la littérature scientifique qui présentent l'importance de compenser la perte d'habitats par la création de nouveaux habitats. »

Isabelle Picard, biologiste spécialiste des amphibiens, est encore plus catégorique. Selon elle, il n'existe aucune étude scientifique qui prouve l'efficacité d'étangs aménagés pour la rainette.

«On sait que des étangs peuvent être aménagés pour d'autres amphibiens qui ont besoin de plans d'eau permanents. Mais dans ce cas-ci, le Ministère fait de l'expérimentation, c'est clair.»

Isabelle Picard,
biologiste

Cette grenouille se reproduit au printemps dans des plans d'eau temporaires qui finissent par s'assécher avec l'arrivée de l'été. L'espèce se déplace alors dans les milieux terrestres avoisinants, souvent des milieux boisés ou semi-boisés.

Selon Alain Branchaud, biologiste et directeur général de la Société pour la nature et les parcs (SNAP), la rainette est vulnérable aux perturbations de son habitat en raison de son cycle de vie très court. « Si la survie d'une population dépend d'une mesure de compensation, l'efficacité de celle-ci doit au minimum avoir été démontrée scientifiquement. »

UNE TECHNIQUE CONTROVERSÉE APPROUVÉE PAR LE MINISTÈRE

Le ministère de l'Environnement avait aussi autorisé le projet qui devait se réaliser selon une méthode dite du « phasage », censée permettre « le déplacement annuel et naturel » des rainettes vers le parc de conservation pendant les travaux de construction du projet immobilier de 1200 maisons.

Or, cette minuscule grenouille qui mesure moins de 4 cm se déplace seulement sur quelques dizaines de mètres au cours de sa courte existence. Là encore, le Ministère n'a jamais été en mesure de prouver l'efficacité de cette technique controversée.

Selon Isabelle Picard, c'est tout le projet qui a probablement été mal évalué par le ministère de l'Environnement. Selon la biologiste, on n'avait probablement pas prévu aussi que l'hydrologie de tout le secteur serait modifiée. « Tout le développement a fait en sorte qu'on a remblayé de grosses zones humides tout d'un coup. Ça a entraîné de gros changements à l'hydrologie. Je pense que même le parc de conservation va s'assécher au cours des prochaines années. »

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