Le lion fait son retour au Rwanda

Placés dans des conteneurs, les félins ont fait un... (PHOTO THEMBA HADEBE, AP)

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Placés dans des conteneurs, les félins ont fait un trajet d'une trentaine d'heures en avion et en camion.

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Par AFP Stephanie AGLIETTI
Agence France-Presse
PARC DE L'AKAGERA, Rwanda

Groggy par les tranquillisants administrés pour faciliter leur long trajet depuis l'Afrique du Sud, deux lions et sept lionnes hésitent, puis finissent par bondir dans la nuit noire. Ils partent se camoufler dans les herbes hautes du parc rwandais de l'Akagera.

Après 15 ans d'absence, le prédateur fait son grand retour dans ce parc national, la grande réserve animalière du Rwanda (est).

Il y avait été décimé quelques années après le génocide de 1994 qui avait fait environ 800 000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi, lors du retour d'Ouganda et de Tanzanie de réfugiés rwandais : ces derniers avaient occupé une partie du parc, à défaut de disposer d'autres sites pour se réinstaller, et avaient exterminé le prédateur afin de protéger leur bétail.

«J'ai encore les photos des trois derniers lions qui avaient été empoisonnés (...) C'était très triste», se souvient Tony Mudakikwa, un vétérinaire.

Après une trentaine d'heures de trajet en avion et en camion, les conteneurs contenant les félins, fixés à de grosses chaînes métalliques, sont déchargés un à un grâce à un bras articulé.

Ils sont délicatement placés dans le sas de l'enclos de 2500 m2 dans lequel les animaux, donnés au Rwanda par deux réserves de la province sud-africaine du Kwazulu-Natal, vont être libérés et passer environ deux semaines pour s'acclimater à leur nouvel environnement, avant d'être relâchés dans la nature.

«C'est le début d'un fantastique chapitre pour les lions au Rwanda», se réjouit Jes Gruner, directeur du parc de l'Akagera. «Ils ont l'air en très bonne santé».

Prochaine étape : le rhinocéros

Sur le bord de la piste qui mène à l'entrée nord du parc, des écolières venues accueillir le convoi tapent dans leur main. «Merci, dirigeants, d'avoir ramené les lions!», clament-elles en coeur.

«Je leur ai appris cette chanson», explique fièrement Julius Bayime, leur professeur. «Nous sommes très heureux d'accueillir ces animaux dans notre pays», assure-t-il.

«Nous sommes ravis, car (cette réintroduction) est bonne pour notre tourisme et est une étape importante pour la conservation», renchérit Yamina Karitanyi, responsable du tourisme à l'Office rwandais du développement (RDB).

Parmi la population locale, les réactions sont pourtant mitigées. Oui, les lions vont attirer des touristes, mais les éleveurs du coin, nombreux, craignent tout de même aussi pour leurs bêtes.

À quelques mètres de l'entrée du parc, Emmanuel Nkwiyenayo, 25 ans, abreuve son troupeau de vaches laitières.

«C'est bien qu'il y ait des lions dans le parc, car ils vont attirer les touristes et amener des revenus au Rwanda», dit-il, tout en espérant que les prédateurs ne détruisent pas son bétail. «Les hyènes ont tué deux de mes vaches par le passé», raconte-t-il.

Pour limiter les conflits entre les prédateurs et les populations riveraines, une centaine de kilomètres de barrière électrifiée a été érigée autour du parc. Les lions sont aussi équipés d'un collier satellite permettant de surveiller leur déplacement en temps réel.

«Bien sûr, un lion peut tuer une vache, mais maintenant qu'il y a la clôture, il y a moins de risques», estime Phocus Rukundo, un autre éleveur de 40 ans. Et, assure-t-il, «les populations ne peuvent plus tuer les lions comme avant, car elles comprennent l'importance de leur conservation pour le tourisme».

«Je suis sûre que certains sont toujours inquiets», reconnaît Sarah Hall, en charge du tourisme et de la communication à African Parks, une ONG spécialisée dans la réhabilitation des parcs naturels. Mais «il y a eu énormément de sensibilisation dans le parc», en amont de cette réintroduction, explique-t-elle.

Des pièces de théâtre pédagogiques ont été présentées dans les localités en bordure de parc, un tournoi de soccer baptisé «Le Roi lion» a été organisé pour les riverains.

«Nous leur avons également expliqué le potentiel touristique d'une telle introduction et les bénéfices qu'elle peut leur apporter», poursuit Mme Hall : 5 % des revenus des réserves naturelles du Rwanda, dont le tourisme animalier repose pour l'heure surtout sur les gorilles du parc naturel des Volcans (nord-ouest), sont reversés à des projets communautaires, comme la construction d'écoles ou d'hôpitaux.

Fiers du retour du lion au pays des mille collines, les responsables de l'Akagera ont eux déjà d'autres ambitions : ils travaillent désormais à la réintroduction de rhinocéros dans le parc.

«Sans les lions, c'était comme si j'avais une main avec seulement trois doigts», confie l'un d'eux, Eugène Mutangana. «Maintenant, j'en ai quatre et avec les rhinocéros, ma main sera complète».

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