Baisser la lumière, mais pas seulement pour Une heure pour la Terre

« Earth Hour », organisé par le WWF, rappelle, au... (KIM JAE-HWAN, ARCHIVES AFP)

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« Earth Hour », organisé par le WWF, rappelle, au nom du climat, que la lumière est un gouffre énergétique.

KIM JAE-HWAN, ARCHIVES AFP

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Catherine HOURS
Agence France-Presse

Pour la 11e année, les villes éteindront leurs lumières samedi pour l'opération « Earth Hour », ou Une heure pour la Terre. Pourtant bien des progrès restent à faire pour ancrer au quotidien un geste essentiel pour le climat, la faune et la santé des humains.

« Historiquement, l'éclairage a été conçu sans penser à l'environnement. En 2017, il est temps d'évoluer », exhortent les défenseurs du ciel étoilé.

Toujours plus de lumière

Désormais plus de 80 % de l'Humanité vit sous des cieux inondés de lumière artificielle, selon une étude scientifique de 2016. Aux États-Unis et en Europe occidentale, 99 % de la population est concernée, dont la majorité ne peut même plus voir la Voie lactée.

Selon l'atlas produit par ces chercheurs, un Parisien doit faire 1000 km, jusqu'en Corse ou en Écosse, pour trouver un grand ciel parfait. Pays le plus affecté ? Singapour, où personne ne peut voir la nuit noire.

À l'inverse, 3/4 des habitants connaissent des nuits pures au Tchad, en République centrafricaine, à Madagascar. En Europe de l'Ouest, seules des poches sont épargnées en Écosse, Suède, Norvège, Espagne, Autriche.

« Je crains que ça n'empire », dit Diana Umpierre, présidente de l'International Dark-Sky Association (IDA), en regardant son propre État, la Floride.

« Sur la côte, ça va mieux grâce à des lois protégeant les tortues marines (longtemps désorientées par les lampes du rivage, NDLR). Mais pour le reste, les progrès risquent d'être trop lents : la Floride devrait gagner 15 millions d'habitants en 50 ans ! »

Pour elle, « le plus dur est de convaincre que la lumière n'est pas forcément synonyme de sécurité. C'est même souvent le contraire » quand on pense par exemple à la vitesse sur la route. « Nous grandissons avec la peur du noir. Le défi pour les élus est d'éclairer sur la base des connaissances scientifiques, de la rationalité ».

Bienfaits du noir

L'alerte est d'abord venue des astronomes. En 1958, Flagstaff (Arizona) a la première restreint l'usage des lumières, pour protéger l'observatoire.

Depuis une quinzaine d'années, biologistes, médecins, ONG, et même l'UNESCO, ont pris le relais.

« Earth Hour », organisé par le WWF, rappelle, au nom du climat, que la lumière est un gouffre énergétique.

En Italie, en Slovénie... des collectivités commencent à agir.

En France, nombre de communes ont réduit les durées d'éclairage (un poste gourmand : 40 % de leur consommation électrique !). Sauf que globalement, le nombre de points d'éclairage public a aussi crû de 30 % dans ce pays depuis 25 ans, relève l'Agence pour l'environnement (Ademe).

« Éclairer reste un signe de richesse pour les villes », explique Bruno Lafitte, de l'Ademe.

Pourtant « les paysages nocturnes ont inspiré des civilisations, c'est notre patrimoine », plaide Anne-Marie Ducroux, de l'Association pour le ciel nocturne.

L'excès de lumière perturbe la reproduction d'espèces, prive les oiseaux de boussole (les étoiles), épuise les insectes, trouble les saumons en migration...

Pour l'homme lui-même, le dérèglement du « rythme circadien » est au coeur des préoccupations : notre horloge biologique, fondée sur l'alternance veille sommeil, régule fonctions biologiques et hormonales.

Aussi l'Association médicale américaine (AMA), première association de médecins aux États-Unis, mobilise-t-elle contre la pollution lumineuse, « potentiellement dommageable via l'éblouissement et la perturbation du sommeil ».

« Bien que les données émergent, des éléments montrent un risque de maladies chroniques accru », écrit l'AMA mi-2016.

Citoyens éclairés

Les défenseurs de la voûte céleste s'alarment aujourd'hui de l'expansion des diodes électroluminescentes (D.E.L.).

« Sauf à se préoccuper de la couleur et du niveau d'éclairage, les D.E.L. pourraient doubler voire tripler la luminescence du ciel », préviennent les chercheurs de l'atlas mondial.

En cause, des longueurs d'onde bleues, générant une lumière très blanche.

Alors que 10 % de l'éclairage public américain a déjà basculé vers cette technologie (plus économe en énergie), que du Nord au Sud des pays engagent des investissements de long terme, les avocats de la nuit préconisent des D.E.L. moins bleues, des abat-jour protecteurs pour les lampadaires, un usage limité aux besoins (extinction automatique, capteurs de trafic, etc.).

Dans de nombreux endroits s'organisent des mobilisations citoyennes. À Madrid, une pétition demande une étude d'impact. Quant à Québec ou Montréal, elles ont opté pour des D.E.L. « ambrées », comme Phoenix (Arizona) après protestation de riverains.




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