Un célèbre voilier canadien devenu navire futuriste

L'Energy Observer a été transformé en laboratoire flottant... (Photo Charles Platiau, Archives Reuters)

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L'Energy Observer a été transformé en laboratoire flottant au coût de 5 millions d'euros.

Photo Charles Platiau, Archives Reuters

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Armé d'une panoplie de technologies de pointe, le catamaran Energy Observer a quitté cette semaine le port de Saint-Malo en France pour un tour du monde qui doit durer six ans.

« On souhaite pouvoir montrer qu'il est possible d'être autonome en énergie, explique Jérôme Delafosse, chef d'expédition d'Energy Observer, en entrevue téléphonique à La Presse. On veut préfigurer les réseaux énergétiques de demain. On veut résoudre le problème de l'intermittence des énergies vertes. On veut les tester sous toutes les latitudes, dans les milieux extrêmes, et ensuite les implanter à l'échelle d'une maison, d'un quartier et même d'une ville. »

Mais sous les panneaux solaires et les éoliennes se cache un bateau mythique, construit dans l'usine Canadair à Montréal en 1983 et qui, en 1994, a bouclé le tour du monde à la voile en 74 jours et 22 heures, un record à l'époque.

Connu d'abord sous le nom de Formule Tag, il est alors piloté par le célèbre skipper canadien Mike Birch. Il termine 5e de la Transat Québec-Saint-Malo en 1984. La même année, il établit un nouveau record de 512 milles parcourus en 24 heures.

Il a porté une demi-douzaine d'autres noms avant de se retrouver en 2010 en cale sèche à Brest, après avoir chaviré au large de la France.

Racheté par M. Delafosse et le navigateur Fred Dahirel, il a été transformé au coût de 5 millions d'euros (7 000 000 $CAN) en laboratoire flottant.

SEUL RESCAPÉ D'UNE ÉPOQUE RÉVOLUE

« C'est le seul bateau de course de cette époque qui fonctionne encore », affirme le navigateur et architecte naval Réjean Desgagnés.

Issu d'une grande famille de navigateurs québécois, M. Desgagnés était là en septembre 1983 quand le Formule Tag a été mis à l'eau, à Québec. Il était alors inspecteur de navires et architecte naval pour Transports Canada.

« C'est là que j'ai rencontré Mike Birch. J'ai demandé un congé à Transports Canada et ils n'ont pas voulu, alors j'ai démissionné et j'ai navigué deux ans sur ce bateau ! »

La renaissance de l'ancien Formule Tag l'emballe, mais suscite aussi ses critiques d'architecte naval. « Je trouve ça extraordinaire comme projet, mais un mât avec une voile, c'est pas mal écologique aussi ! Ils ont enlevé le mât et mis plein d'équipement dessus. On comprend que c'est un laboratoire. »

« Je ne trouve pas que c'est le bateau idéal, ajoute-t-il. Ça aurait été mieux avec un trimaran, qui aurait eu moins de résistance à l'eau. Mais c'était la solution la moins coûteuse. »

UNE ESCALE AU QUÉBEC ?

Dans une entrevue au magazine Voile et voiliers, Fred Dahirel décrit l'ancien Formule Tag comme « quasiment indestructible », avec ses matériaux d'avant-garde pour l'époque : kevlar et fibre de carbone.

L'Energy Observer a été baptisé cette semaine à Paris par Nicolas Hulot, l'écologiste devenu ministre de la Transition écologique et solidaire. L'équipe de l'Energy Observer prévoit visiter 50 pays et invite le public à lui proposer des escales.

Ces contacts avec le public sont essentiels à la mission, explique M. Delafosse. « On veut aller bien au-delà d'une mission scientifique, dit-il. On a souhaité faire le tour du monde en six ans. C'est long. »

« On veut partir à la rencontre des gens et du public, créer une communauté qui va au-delà des frontières, des barrières religieuses, sociales. On veut que les gens qui découvrent l'Energy Observer deviennent eux-mêmes des pionniers. »

L'équipe demande au public de lui suggérer des escales. M. Desgagnés souhaite le retour du Formule Tag/Energy Observer sur le fleuve Saint-Laurent. « Ce serait extraordinaire de voir le bateau revenir à son point d'origine », dit-il.

Il y a de bonnes chances que cela arrive, s'il faut en croire M. Delafosse. « C'est certain qu'on a une volonté de revenir au Québec ! dit-il. D'autant qu'on est tous de Saint-Malo et qu'on a une connexion avec les navigateurs malouins. »




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