L'Indonésie s'attaque à l'huile de palme

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La croissance exponentielle des plantations d'huile de palme a été mise en cause pour expliquer les incendies de forêt provoqués par la culture sur brûlis pour défricher des terrains pendant la saison sèche.

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Kiki SIREGAR
Agence France-Presse
JAKARTA

L'Indonésie envisage d'interdire les nouvelles plantations d'huile de palme après les immenses feux de forêt de l'an passé, imputés en partie à l'expansion de cette industrie, mais les producteurs redoutent des effets négatifs pour l'économie et des défenseurs de l'environnement sont sceptiques.

Le président Joko Widodo a proposé en avril de mettre fin à l'octroi de nouveaux terrains pour les plantations d'huile de palme dans ce pays d'Asie du Sud-Est, premier producteur mondial de cette huile végétale utilisée dans de nombreux produits de consommation courante, allant des gâteaux aux shampoings en passant par le maquillage.

«Les concessions existantes pour l'huile de palme sont suffisantes», avait déclaré M. Widodo, appelant les producteurs à utiliser de meilleures graines pour augmenter leurs rendements.

Les plantations sur l'île de Sumatra et dans la partie indonésienne de l'île de Bornéo se sont multipliées ces dernières années, afin de répondre à la demande croissante d'huile de palme, permettant aux entreprises d'amasser d'énormes profits et à l'État d'engranger des recettes fiscales.

Mais cette croissance exponentielle a entraîné la destruction de forêts tropicales abritant des espèces animales en voie de disparition, et elle a été mise en cause pour expliquer les incendies de forêt provoqués par la culture sur brûlis pour défricher des terrains pendant la saison sèche.

Ces immenses feux de forêt, les pires depuis des années, ont été favorisés par la sécheresse accentuée par le courant chaud El Niño. D'importants dégagements de fumées toxiques dans le ciel de plusieurs pays d'Asie du Sud-Est ont entraîné des milliers d'infections respiratoires et l'annulation de centaines de vols.

La proposition d'introduire un moratoire sur les nouvelles concessions vise à réduire la destruction de l'environnement provoquée par l'industrie de l'huile de palme et à mettre fin aux importants incendies de forêt qui se répètent chaque année.

Mais l'Association indonésienne d'huile de palme a averti qu'une telle mesure pourrait menacer un pilier de la première économie d'Asie du Sud-Est, une industrie qui représente 24 millions d'emplois directs ou indirects.

«L'huile de palme est un secteur stratégique qui a contribué en 2015 à hauteur de 19 milliards de dollars (près de 24 milliards de dollars CAN) aux exportations», a déclaré Tofan Madjii, porte-parole de l'association qui représente 650 entreprises.

«Cela contribue à la croissance économique, en particulier dans des régions isolées», a-t-il souligné.

«Les forêts continueront de brûler»

Des défenseurs de l'environnement ont réagi, eux, avec scepticisme à la nouvelle proposition. Greenpeace estime ainsi que cette mesure ne sera efficace qu'à condition que le gouvernement introduise une réglementation stricte.

Les détails du moratoire proposé sont toujours en discussion, et il n'a pas encore été décidé à quel moment cette mesure entrerait en vigueur, selon le ministère indonésien de l'Environnement.

De plus, un travail de coordination au sein du gouvernement serait nécessaire pour que la mesure soit efficace, avertit un responsable local de Greenpeace, Kiki Taufik.

«C'est sans doute l'un des points les plus difficiles. Car le manque de coordination entre les autorités est courant et entraîne souvent une mauvaise application des réglementations», dit-il.

Un moratoire sur de nouveaux permis de déboisement de forêts primaires et l'exploitation de tourbières riches en carbone est en vigueur depuis 2011, mais des ONG de défense de l'environnement accusent certaines administrations locales de l'ignorer.

Le gouvernement a aussi promis de punir plus de 50 sociétés mises en cause dans les feux de forêt l'an passé. Mais il a subi un revers en décembre dernier, quand un tribunal a rejeté une requête du ministère de l'Environnement qui réclamait 565 millions de dollars (709 millions de dollars CAN) de dédommagements à une société de production d'huile de palme et de pâte à papier accusée d'avoir sciemment allumé des feux pour favoriser le renouvellement des cultures.

Certains estiment par ailleurs qu'il sera difficile d'éviter les feux de forêt annuels compte tenu des gains à réaliser avec l'huile de palme.

«La principale cause des feux de forêts, c'est la cupidité», estime le scientifique Herry Purnomo.

«Tant que les gens seront à la recherche de profits rapides, les forêts continueront de brûler», dit-il.

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