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      Le cas Rémy Couture : le procès du «gore»?

      Le maquilleur et créateur d'effets spéciaux Rémy Couture... (Photo Petterite)

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      Le maquilleur et créateur d'effets spéciaux Rémy Couture

      Photo Petterite

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      Lundi s'est ouvert le procès du «maquilleur de l'horreur», Rémy Couture, accusé de fabrication, possession et distribution de matériel obscène. D'aucuns se demandent, puisque les accusations de cette nature dans le domaine de la fiction sont devenues rares, s'il ne s'agit pas d'un précédent inquiétant pour les amateurs d'horreur. Qu'en est-il au juste?

      Corruption des moeurs? Obscénité? Ce sont des accusations de plus en plus rares de nos jours dans le domaine de la fiction. Comme le rappelle le professeur Yves Lever, coauteur du Dictionnaire de la censure au Québec, «les notions de corruption des moeurs et d'obscénité ne sont jamais totalement définies, elles sont plutôt définies par un consensus social, ce que la société est capable de tolérer».

      De mémoire, croit-il, l'un des derniers cas de condamnation pour obscénité dans le domaine du cinéma au Québec remonte au film Après-Ski de Roger Cardinal, en 1972. Même que «Après-ski demeure le seul film québécois dans toute l'histoire du cinéma à être condamné par un tribunal en vertu du Code criminel», écrit-il. On reprochait les mêmes choses au film Pile ou Face de Roger Fournier, mais les diffuseurs seront acquittés par... le même juge dans les deux causes, Yvon Sirois, qui condamnait Après-Ski en ces termes résumés par Yves Lever: «[...] Un sens de la moralité demeure essentiel dans une société. Il faut en conserver un minimum si nous ne voulons pas qu'elle sombre dans la pollution morale. Et je crois que le film Après-ski a dérogé à ce minimum. [...]Si osé que fut Pile ou face, il permettait au spectateur de faire un choix entre le sexe de groupe et la vraie liberté, choix qui n'existait pas dans Après-ski

      Après-Ski et Pile ou face faisaient partie de la vague de «sexploitation» à la mode à la fin des années 60 et 70 au Québec. Quiconque verrait ces films aujourd'hui comprendrait mal le scandale, compte tenu de l'explosion de l'industrie pornographique. Mais voilà qui prouve combien les moeurs et le consensus social sont toujours en mouvement.

      Le criminaliste Tristan Desjardins, auteur du livre Les infractions d'ordre moral en droit criminel canadien, souligne pour sa part que les choses ont changé dans les notions d'obscénité et de corruption des moeurs depuis 2005, après le procès du club échangiste L'orage qui mené à l'arrêt Labaye. «En 2005, la Cour suprême a modifié le critère applicable, il doit y avoir la démonstration qu'un préjudice a été causé pour que ce soit criminel, il n'est plus question d'une norme strictement axée sur une reprobation morale reposant sur la perception des canadiens.»

      Il estime que le procès de Rémy Couture est un «cas limite». «Ce type d'accusations-là a pratiquement arrêté d'exister, on est vraiment face à un cas exceptionnel. Quand on considère le fardeau de la preuve, moi, ma perception très personnelle, c'est que je vois difficilement comment un tribunal de première instance dans un dossier comme celui-là pourrait conclure à une réprobation de nature criminelle, on doit également mettre dans la balance la liberté d'expression. Est-ce qu'il y a eu préjudice dans cette situation-là? La seule réserve, c'est évidemment le fait que c'était diffusé sur l'internet, accessible à tous.»

      Inquiétudes

      Les images et les films de Rémy Couture présentés sur son site «innerdepravity.com», qu'il considérait comme son porte-folio d'artisan, ont-elle outrepassé les moeurs de notre société? On y voit essentiellement un tueur en série masqué se livrant à des viols et des tortures sur ses victimes. Mais nous sommes dans la fiction: ce sont des maquillages, et s'il y a nudité, il n'y a pas de «pénétration» comme dans le cinéma porno.

      Qu'on aime ou pas ce type de productions «sanglantes», cela inquiète un milieu friand de cinéma d'horreur, qui en a vu d'autres. Car, en quoi la production de Rémy Couture est-elle pire que de nombreuses autres productions «gore» circulant en toute légalité sur le web comme au cinéma? Pourquoi lui plutôt qu'un autre?

      C'est ce qui a mené le réalisateur Frédérick Maheux à tourner «dans l'urgence» le documentaire Art/Crime sur le cas de Rémy Couture, qui a remporté le prix du public Or en 2011 au festival Fantasia dans la catégorie meilleur documentaire. «C'est sûr, avant même de savoir s'il y aura condamnation ou pas, ça m'inquiète de savoir que la justice a le pouvoir d'aller aussi loin dans la vie des gens, dit-il. En tant qu'artiste qui travaille avec du matériel «choquant», je me demande si je dois expliquer ma démarche, présenter une lettre d'intention... Qu'est-ce qu'il faut faire, finalement, pour s'éviter un procès comme celui-là?»

      Notre collègue Christiane Desjardins rapportait que la Couronne dans le procès de Rémy Couture veut faire valoir que «l'alliage de la chose sexuelle, de la violence et de l'horreur serait de nature à prédisposer certaines personnes à avoir des comportements antisociaux». C'est le genre d'argument qui met en colère la réalisatrice Izabel Grondin, fan de films d'horreur, qui elle-même a tourné de nombreux courts métrages qui n'ont cependant pas le caractère aussi «cru» que ceux de Rémy Couture, qu'elle connaît bien. «Les gens qui aiment l'horreur ou le gore le prennent pour ce que c'est: du divertissement. Cet argument là me dégoûte, parce qu'on l'a sorti à plein d'artistes qui nagent dans le sordide, l'horreur... On dit: vos écrits, vos images, votre musique peuvent mener des esprits faibles à commettre des actes. Mais on ne peut pas vivre dans un monde régi par les risques des «esprits faibles»! Est-ce qu'on va interdire Batman parce qu'un gars a fait une fusillade? Comme réalisatrice, c'est quelque chose qui me touche particulièrement.»

      D'autres accusations à venir?

      Dans le cadre de ce reportage, nous avons appris qu'il y aurait eu une «saisie de matériel» à la Régie du cinéma, en lien avec le procès de Rémy Couture.

      Le documentaire Art/Crime sur l'histoire de Rémy Couture, réalisé par Frédérick Maheux, et présenté à Fantasia en 2011, a été mis sur support DVD et distribué par Fun Films. Mais il y aurait eu rappel de ces DVD, car les courts métrages de Rémy Couture qui font l'objet du procès se retrouvaient dans les suppléments. Toujours est-il qu'Esther Tremblay de la Régie du cinéma confirme une «saisie de matériel» la semaine dernière, mais par prudence, ne peut en dire plus puisque le procès est en cours. Le porte-parole du SPVM, Laurent Gingras, confirme lui aussi une saisie, qu'une enquête est en cours, et «qu'il y pourrait y avoir d'autres accusations.» C'est à suivre.

      Quelques définitions

      > GORE

      Dérivé du cinéma d'horreur, le «gore» est une fiction comportant de nombreuses scènes horribles et sanglantes. On y joue moins sur la peur que sur le dégoût. Pour les amateurs, l'un des premiers films «gore» est Blood Feast de Herschell Gordon Lewis en 1963.

      > TORTURE PORN

      Il s'agit d'un nouveau terme controversé pour qualifier une mouvance dans le cinéma d'horreur hollywoodien, qui s'appuie sur le grand réalisme des scènes de meurtre ou de torture, qui sont presque la raison d'être du film. On inclut dans ce genre la série Saw ou Hostel.

      > SNUFF

      Le mot donné à un film tourné expressément pour montrer un crime réel, sans effets spéciaux. Le terme relève autant de la légende urbaine - selon laquelle de nombreux «snuff» circuleraient sous le manteau - que de la réalité: la vidéo du meurtre de Rocco Magnotta est un cas de snuff authentique. Enfin, le phénomène a inspiré les cinéastes d'horreur, qui jouent de plus en plus sur la frontière de la fiction et de la réalité pour donner des frissons aux spectateurs, en tournant de «faux snuff», c'est-à-dire dans une esthétique ultraréaliste, comme si c'était vrai, mais tout est faux...

      > PORNOGRAPHIE

      Décrit toute représentation crue et concrète de la sexualité.

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