Orchestre Métropolitain: la musique de notre temps

L'Orchestre Métropolitain a présenté, hier soir, la Symphonie... (PHOTO ULYSSE LEMERISE, COLLABORATION SPÉCIALE)

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L'Orchestre Métropolitain a présenté, hier soir, la Symphonie no 5 de Mahler dirigée par Yannick Nézet-Séguin.

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Caroline Rodgers

collaboration spéciale

La Presse

L'ovation triomphale n'était pas terminée que déjà, à la fin du premier concert de la saison de l'Orchestre Métropolitain, hier soir, une question s'imposait: combien de temps faudra-t-il pour nous remettre de la Symphonie n5 de Mahler dirigée par Nézet-Séguin?

La Maison symphonique était comble. Fidèle à ses habitudes, Yannick Nézet-Séguin s'est d'abord adressé au public pour commenter les oeuvres que l'on allait entendre, mais aucun discours ne pouvait nous préparer à vivre tant d'émotions, ce qui prouve une fois de plus que la musique est affaire de coeur plus qu'affaire de tête.

En première partie, le chef avait invité son amie, la pianiste française Hélène Grimaud. Avec sa beauté complexe, ses accents sauvages, ses rythmes déroutants et ses phrases accidentées aux recoins sombres, le Concerto pour piano n3 de Bartok va comme un gant à cette originale que Yannick Nézet-Séguin avait décrite avant le concert comme une «pianiste unique dans l'histoire de notre monde». Techniquement impeccable, musicalement pertinente, Hélène Grimaud traverse l'oeuvre avec éclat et style, déployant le mouvement central avec tendresse, en belle complicité avec le chef. On demeure toutefois sur notre appétit quant au côté furieux de la finale, que l'on nous sert, somme toute, de manière très civilisée et que l'on n'aurait pas détestée un brin plus «décoiffante».

La longue et monumentale Cinquième symphonie de Mahler, qui fait plus d'une heure, est une vaste épopée dans laquelle l'auditeur le moindrement distrait peut aisément se perdre. Avec un guide comme Nézet-Séguin, on reste toutefois solidement accroché sans en perdre un instant. Le chef donne l'impression de nous montrer chaque épisode en l'éclairant comme si c'était la chose la plus évidente du monde. Son approche très physique est franche, directe, organique, axée sur la sensation intense du moment présent. Il prend la symphonie à bras-le-corps et nous y plonge avec lui. 

Il en résulte qu'au lieu d'avoir l'impression d'admirer un immense morceau de génie suspendu au-dessus de nos têtes, plus ou moins dépassés comme c'est souvent le cas avec les chefs-d'oeuvre, nous nous sentons respirer au centre d'un être vivant, nos coeurs battant au même rythme.

Dans le Scherzo, le cor solo de l'OM, Louis-Philippe Marsolais, est magistral. Et c'est évidemment un cliché, mais il n'y a pas cent façons de le dire: le célèbre Adagietto est émouvant à pleurer. C'est d'ailleurs ce que nous avons fait. On le constate en direct, elle a beau avoir été écrite il y a plus de 100 ans, la musique de Mahler est une musique pour notre temps, bouée de sauvetage dans un monde de fous.

Au-delà de ses nombreuses qualités musicales, Nézet-Séguin a démontré hier soir sa force la plus remarquable: celle de nous faire vivre une oeuvre avec lui, donnant un sens bien moderne à la vieille expression «être habité par la musique».

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