Nathalie Normandeau: passer à un autre appel

Il fut un temps où l'ex-ministre Nathalie Normandeau était un brin radioactive.... (PHOTO PASCAL RATTHÉ, LE SOLEIL)

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Il fut un temps où l'ex-ministre Nathalie Normandeau était un brin radioactive. Les révélations de la commission Charbonneau au sujet de son chef de cabinet tout comme sa propre comparution, sans oublier les roses de Lino Zambito, les billets pour le concert de Céline au Centre Bell ou les rumeurs d'infraction à la Loi électorale étaient autant d'éléments qui avaient installé un gros nuage de méfiance au-dessus de la tête de Nathalie Normandeau.

Pendant de longs mois après son passage à l'Assemblée nationale, qu'elle a quittée en septembre 2011, Nathalie Normandeau fut donc radioactive - pour ne pas dire, selon certains, peu fréquentable. Or, ce temps semble révolu pour l'ex-ministre et ex-mairesse de Maria, en Gaspésie, qui a pu passer à un autre appel grâce à la radio, cessant du coup d'être radioactive pour devenir... radiophonique.

En janvier dernier, celle qui n'avait jamais envisagé une carrière dans les médias a accepté de coanimer avec Éric Duhaime l'émission du midi au FM93 à Québec.

Un couple improbable

À peine entrée en ondes, l'émission a suscité un grand engouement, hissant la station au deuxième rang après Rouge FM le midi, mais au premier rang parmi les cinq radios parlées de la Capitale-Nationale.

Leur succès a inquiété à ce point la direction du concurrent, CHOI 98,1 Radio X, qu'elle leur a envoyé dans les pattes d'abord André Arthur de 11h30 à midi, puis Richard Martineau pendant les deux heures suivantes. Les prochains PPM détermineront si leur stratégie a porté ses fruits.

En attendant, la direction du FM93 vient d'annoncer la signature d'un contrat de trois ans avec le duo Normandeau-Duhaime. Trois ans à la radio privée, c'est une éternité, mais la direction de la station voulait signifier par ce geste qu'elle fonde de grands espoirs dans ce couple improbable.

La parité avant tout

Il était un peu passé 10h du matin, lundi, lorsque je me suis pointée dans le bureau exigu de Sainte-Foy où se déroulent les réunions préparatoires de l'émission. Un soleil d'automne déversait sa lumière dorée par la baie vitrée pendant que Nathalie Normandeau parcourait ses dossiers.

Les cheveux remontés, peu maquillée, elle était vêtue d'un semblant de jeans et d'une veste de laine chinée, une tenue décontractée à des années-lumière de ses tailleurs et de ses vestes de cuir de vice-première ministre.

Éric Duhaime est entré dans le bureau, l'instant d'après, avec une salade de quinoa qu'il avait mitonnée le matin même. L'image était pour le moins saisissante. Duhaime, libertarien, ex-conseiller politique de droite et grand fan de Stephen Harper, projette plutôt une image de macho qui vomit le tofu et n'a jamais fait une tâche ménagère de sa vie. Mais ça, c'est pour la galerie, plaide sa coanimatrice, qui m'assure qu'il cuisine divinement bien.

Comme les deux passent leurs midis en ondes, ils ont établi un calendrier culinaire où, à tour de rôle, ils s'occupent du repas. La parité ne s'arrête pas là.

Tous les jours, ils changent de place au micro et se passent mutuellement la parole sans que l'un empiète sur l'autre. Mieux encore: ils ont le même salaire. C'était important, insiste Normandeau.

«C'est la seule façon de s'assurer que personne ne domine l'autre», renchérit Éric Duhaime.

Plus tard, avec eux en studio, je constate que la parité entre eux est réelle, doublée d'une complémentarité qui se manifeste sans effort. Il attaque, elle tempère, ou vice-versa. Mais quand il lui lance que l'autre jour, elle avait l'air d'une dinde, elle s'empresse de l'envoyer promener.

Parfois, leurs échanges ressemblent à une joute parlementaire entre députés de deux partis rivaux. D'autres fois, leurs échanges se muent en grosses engueulades avec éclats de voix et coups sur la table.

«Il y a quelques sujets tabous entre nous, m'avouera plus tard Nathalie Normandeau. Les subventions à la culture en sont un. La Gaspésie, un autre. L'autre jour, pendant l'affaire Dan Gagnier, j'avoue qu'Éric m'a mise hors de moi. On s'est tellement engueulés que j'ai été obligée de sortir du studio. Les patrons n'étaient pas très contents, mais comme nous ne sommes pas rancuniers, les nuages s'étaient dissipés le lendemain.»

Une offre inattendue

L'an dernier à pareille date, quelques mois après sa comparution à la commission Charbonneau, Nathalie Normandeau se préparait à entrer dans la clandestinité. Enfin, façon de parler. Elle avait démissionné un an plus tôt de la firme Raymond Chabot Grant Thornton. Pas vraiment de gaieté de coeur, mais parce que les rumeurs à son sujet commençaient à déranger certains associés. Depuis, elle cherchait une poste de consultante pour l'est du Québec.

La mâchoire a failli lui décrocher quand elle a appris qu'elle serait jumelée à Éric Duhaime. Ce dernier n'était pas particulièrement un allié, par ses idées libertariennes, mais aussi parce qu'il avait commis quelques chroniques désobligeantes sur la ministre, révélant notamment sa rupture avec François Bonnardel de l'ADQ. Les deux ont tout de même accepté de se rencontrer à Montréal, où retourne Duhaime toutes les fins de semaine.

La rencontre a eu lieu au Bouillon Bilk, un resto que Normandeau adore. «On a jasé et on s'est rendu compte, au bout de deux heures, qu'il y avait quelque chose de travaillable. On a fait trois semaines de pilotes ensemble qui ont été très bénéfiques et pendant lesquelles j'ai apprivoisé la bébitte qu'est Éric.»

À la première émission, non seulement Duhaime lui a fait livrer des roses, façon Lino Zambito, mais l'entrepreneur lui-même - celui qui a tant nui à sa réputation - était au bout du fil pour souhaiter bonne chance à l'ex-ministre. Normandeau n'a pas vraiment apprécié, mais elle n'en a pas fait un plat. «On n'arrête pas de revenir sur l'affaire des 40 roses de Zambito, mais, bien franchement, les roses, dès que je les ai reçues, je les ai distribuées à mes employés. Je n'ai gardé que le pot», se souvient-elle avec ironie.

Pendant les premiers mois à la radio, elle ouvrait son micro avec le sentiment d'être une usurpatrice et en craignant toujours de manquer de temps. Elle s'est détendue depuis, au point d'accepter de prendre des clients qui la paient pour faire leur publicité en ondes.

«J'ai résisté tout l'an passé, dit-elle. Et puis, quand je me suis rendu compte que c'était monnaie courante à Québec, que tous les animateurs de la radio de Québec le faisaient, j'ai pris quelques clients. Jamais autant qu'Éric, qui peut faire jusqu'à six pubs pendant l'émission. Moi, je me contente de mes trois clients: un concessionnaire Chrysler, un marchand de portes et fenêtres et le resto Porto Fino.»

Le train est arrivé en gare

C'est d'ailleurs le Porto Fino de Sainte-Foy qui nous accueille à la fin de l'émission. Il est passé 14h, le restaurant, tendu de velours rouge et décoré de gros chandeliers, est vide, mais toujours ouvert pour Normandeau. Elle commande une omelette et affirme qu'elle ne s'ennuie pas de sa vie antérieure.

«J'ai donné 16 ans de ma vie à la politique, comme mairesse de Maria, comme députée de l'opposition puis comme ministre. Je n'ai pas eu d'enfants. J'ai eu des relations de couple difficiles et, à un moment, j'ai eu le sentiment que mon train était arrivé en gare. Les gens croient qu'être ministre, c'est glamour, mais c'est une illusion. Tu n'as pas de temps à toi, pas de vie. Je pourrais m'acheter une franchise de Tim Hortons tellement j'ai mangé de leurs sandwichs.»

Ses soirées et ses week-ends, elle ne les passe plus avec l'ex-chef de la police de Montréal, Yvan Delorme, mais avec un nouvel amoureux qui travaille dans le domaine de la sécurité. Elle vit toujours dans un condo dans le Vieux-Port de Québec et possède une maison à Carleton, non loin de chez son père, en CHSLD, sa mère, ainsi qu'un frère et une soeur.

Est-ce que la politique lui manque? «J'en fais à ma manière, en influençant l'opinion publique, répond-elle. Avec Éric, par exemple, on s'est engagés dans la cause de Jean-François Morasse [ancien "carré vert" de l'Université Laval] contre Gabriel Nadeau-Dubois. Et après avoir fait appel à nos auditeurs, dans le temps de le dire, on avait réussi à récolter 26 000$ pour aider Jean-François. Ce n'est pas rien!»

La radio a un pouvoir d'influence, c'est certain, mais qui n'a rien de comparable avec le pouvoir d'une ministre et encore moins d'une vice-première ministre. Nathalie Normandeau en convient, mais elle ajoute: «Le pouvoir, c'est bien beau, mais le jour où tu n'en as plus, tu n'intéresses plus personne.»

En réalité, Nathalie Normandeau intéresse encore quelques personnes: ses auditeurs à Québec, ses patrons et une poignée de journalistes qui attendent à la fin de novembre les conclusions du rapport Charbonneau. À ce sujet, Nathalie Normandeau répète qu'elle n'a rien à se reprocher et qu'il serait temps, à la radio comme ailleurs, de passer à un autre appel.

Nathalie Normandeau en quelques dates

> Naissance le 8 mai 1968 à Maria, en Gaspésie. Son père, Paul Normandeau, était charpentier-menuisier et a déjà siégé comme conseiller municipal à Maria. Sa mère, Kathleen Williamson, a élevé cinq enfants.

> De 1988 à 1992, Normandeau étudie en sciences politiques à l'Université Laval et travaille au bureau de Robert Bourassa le soir. Pendant quatre ans, elle sera tour à tour sous l'autorité de Mario Bertrand, de John Parisella et de Sylvie Godin.

> Élue mairesse de Maria en 1995, puis élue députée libérale de Bonaventure en 1998.

> 18 avril 2007. Elle devient la 14e vice-première ministre du Québec et le restera jusqu'au 6 septembre 2011, date à laquelle elle démissionne du gouvernement.

> Juin 2014. Comparation devant la commission Charbonneau, où elle se défend d'avoir trempé dans des affaires de collusion, de corruption et de financement politique illégal et se dit victime de préjudices.

> 5 janvier 2015. Début du tandem Normandeau-Duhaime au micro du FM93, le midi à Québec et début de la nouvelle vie de l'ex-ministre.

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