Osheaga, Heavy Montréal et ÎleSoniq: l'équipe derrière l'affiche

Les grands manitous de la programmation du Festival... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Les grands manitous de la programmation du Festival Osheaga: Nick Farkas, Évelyne Côté, Daniel Glick, Joelle Bertrand et Jean-François Michaud.

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La firme evenko produit quelque 1300 spectacles par année à Montréal, du Divan orange au Centre Bell, en passant par Osheaga, Heavy Montréal et ÎleSoniq. Cela représente beaucoup de courriels, de négociations et de coups de téléphone. Le tout est assuré par une équipe de cinq programmateurs, dirigée par Nick Farkas. Ils sortent de l'ombre pour parler de leur parcours, de leurs meilleures prises, de leurs coups de coeur et des défis du métier.

Nick Farkas

Son parcours

Nick Farkas a trouvé sa voie en voyant The Clash à l'auditorium de Verdun, en 1983. Quelques années plus tard, il a coproduit ses premiers spectacles avec un ami en invitant à Montréal des groupes de hardcore comme Hüsker Dü et Sham 69.

Farkas a étudié en urbanisme et a travaillé comme messager à vélo. Il est l'un des cofondateurs de Greenland Productions (qui existe toujours et qui collabore beaucoup avec evenko).

«La deuxième année de Greenland, on a fait 200 spectacles et on travaillait tout le temps, raconte-t-il. Je me souviens du soir où on avait Nirvana à l'auditorium de Verdun et Radiohead dans un bar appelé Woodstock. À l'époque, il y avait peu de salles de spectacles. Aujourd'hui, c'est beaucoup mieux.»

Parmi les premiers gros coups de Nick Farkas: Smashing Pumpkins au Spectrum, et Bad Religion au Métropolis, à guichets fermés.

Cinq ans plus tard, Farkas s'est joint à l'équipe de Donald K. Donald. Depuis, il est resté fidèle à la société qui a changé de propriétaire et de nom plusieurs fois avant de devenir evenko (House of Blues Concerts, Gillett).

Aujourd'hui, le vice-président aux concerts et événements chez evenko gère le plus gros budget de production en ville. Il est fier de son équipe, dont chaque membre entretient des relations privilégiées avec des représentants de l'industrie.

«Je pourrais avoir un droit de veto, mais nous discutons en équipe avant de faire une offre. Une démocratie totale! Ça demande plus de temps, mais nous avons ainsi une meilleure perspective.»

Avec son expérience, Nick Farkas a du flair quand vient le temps d'estimer le nombre de billets que fera vendre un spectacle.

Ses meilleurs coups

«Mes meilleurs coups ne sont pas ceux du festival. Ils sont personnels. De voir Nick Cave, The Replacements, Bob Mould, New Order [se produire à Osheaga]... Ce sont des artistes que j'adore depuis que je suis jeune. Mais pour le festival, Coldplay a été énorme et a donné de la légitimité au festival. Mumford & Sons représentait aussi une autre phase.»

Ses suggestions pour cette année

The Black Keys, Grace Potter, Ben Harper, Thurston Moore. Tous, sauf The Black Keys, étaient de la première édition d'Osheaga, en 2005. «C'est historique. On a voulu remonter dans le temps. The Black Keys sont venus quatre fois et le groupe a grandi avec Osheaga.»

Dan Glick

Son parcours

L'histoire de Dan Glick est un conte de fées. Il a son boulot de rêve, du moins celui qu'il a choisi pour sa «journée carrière» en cinquième secondaire! «J'avais 17 ans», dit-il encore incrédule.

Il a fait un court stage chez Donald K. Donald (racheté par Gillett, puis par evenko). Il a alors rencontré la relationniste Leisa Lee et Nick Farkas, et on lui a offert un boulot d'homme à tout faire. «Je classais des CD, je faisais des relations de presse... je faisais n'importe quoi! Puis je suis passé au département des contrats», raconte-t-il.

Avec son diplôme de Concordia en poche, il a fait le saut dans l'équipe de programmation. «Pour moi, c'était un rêve juste d'avoir des billets de spectacles gratuits, mais aussi des affiches et des disques.»

Son premier gros coup: conclure lui-même une entente pour un spectacle de Muse, au Cabaret, en 2004. «Les billets se vendaient bien. On a dû déplacer le show au Spectrum.»

Aujourd'hui, Dan Glick est le bras droit de son mentor Nick Farkas, avec qui il va dans des conférences comme South by Southwest (SXSW), Pollstar et Billboard Touring Conference. «C'est un métier qui s'apprend. C'est de la négociation et des relations à entretenir.»

«J'essaie aussi d'aller dans un ou deux festivals différents chaque année. L'an dernier, je suis allé à Life Is Beautiful à Las Vegas. C'est là que j'ai vu Milky Chance.»

Ses meilleurs coups

Patrick Watson, qui a pris part à la première année d'Osheaga, et Of Monsters and Men en 2012. «Patrick Watson est en ascension depuis 10 ans et il se produira cette année sur la scène principale [samedi à 19h20].» Dans le cas d'Of Monsters and Men, Daniel Glick savait que le groupe avait un avenir brillant devant lui quand il l'a vu à la Sala Rossa, mais jamais au point d'attirer 10 000 personnes des mois plus tard à Osheaga. Cette année, la formation folk-pop islandaise fait partie des six têtes d'affiche principales.

Sa suggestion pour cette année

The War on Drugs, dimanche, 17h20, scène de la Rivière. «Il fallait les avoir, mais ç'a été un défi. J'y travaille depuis l'an dernier. Le groupe voyage beaucoup. Ça a failli ne pas se passer, mais on l'a eu! J'ai fait valoir au groupe qu'il n'avait pas fait de spectacle à Montréal et que j'avais un bon spot pour lui.»

Joelle Bertrand

Son parcours

Elle a commencé à se passionner pour la musique à l'école secondaire, dans un cours de sonorisation. Elle s'est mise à assister à de nombreux spectacles en se disant: «C'est ce que je veux faire.» Mais comment s'y prendre?

Joelle Bertrand a étudié à l'École du show-business avant de déménager à Toronto pour y faire un stage dans la réputée boîte de tournée The Agency Group (qui représente City and Colour et Lauryn Hill). Elle a aussi travaillé pour MuchMusic, en plus de bosser dans un bar.

Sa ville natale lui a manqué, et son patron à The Agency Group connaissait bien Nick Farkas, qui travaillait alors pour le Groupe Gillett. La jeune femme y a obtenu un boulot en 2008 et a gravi les échelons jusqu'à décrocher un poste de programmatrice.

Ses spécialités: la pop, l'indie rock et le hip-hop, mais «nous avons tous une bonne connaissance de la musique en général», explique-t-elle.

«Nous nous envoyons beaucoup de musique. Je me souviens d'avoir envoyé The Weeknd à tout le monde. La réaction était incertaine au début, mais je disais: «Je vous dis que c'est bon!»»

Chaque programmateur d'evenko entretient des relations privilégiées avec des agents. «Ils nous pitchent de la musique.»

Ses meilleurs coups

Ellie Goulding sur la scène Verte en 2013 et Macklemore & Ryan Lewis sur la scène de la Montagne en 2013. «J'adore les artistes pop britanniques et j'ai tendance à les connaître avant tout le monde. Sam Smith, Ed Sheeran... Je suis contente d'avoir eu Ellie Goulding sur la scène principale avant son grand succès. Il y a aussi le spectacle de Macklemore & Ryan Lewis. L'agent m'avait fait parvenir la musique. Plus le festival approchait, plus on changeait l'horaire et la scène car cela devenait gros.»

Sa suggestion pour cette année

Banks, dimanche, 20h45, scène de la Vallée. «C'est l'album que j'ai le plus écouté en 2014. Je l'ai manquée au Corona [en octobre dernier], car j'étais en vacances, donc je vais m'assurer d'aller la voir.»

Évelyne Côté

Son parcours

Comme Véronique Cloutier, Patrice Roy et Anne-Marie Withenshaw, Évelyne Côté s'est initiée aux médias derrière le micro de CISM, la radio de l'Université de Montréal. «Mon amour pour la musique et les communications s'est transmis à travers la radio», raconte-t-elle.

Évelyne Côté est devenue chef de pupitre de la section culture du magazine Nightlife avant de faire le saut au défunt ICI. «Je chapeautais la section musique et ç'a été déterminant.»

Après la fermeture de l'hebdomadaire, la jeune mélomane a multiplié les contrats, notamment chez Spectra. Elle songeait à sauter la clôture, comme on dit dans le milieu journalistique.

«J'ai finalement décroché un emploi chez evenko, raconte-t-elle. J'ai fait valoir que vendre une page couverture et choisir le contenu d'un hebdomadaire, c'est un peu la même chose que de préparer un festival. Il faut avoir un sens critique et le doigt sur la touche.»

«Il a fallu que je développe mon flair commercial, souligne-t-elle. Voir ce qui va marcher, et pas nécessairement ce qui est qualitativement bon.»

Au sein d'evenko, Évelyne Côté a développé le créneau électro et EDM (electronic dance music). Elle consacre beaucoup d'efforts au nouveau festival ÎleSoniq.

Son meilleur coup

Kaytranada en 2012. Le producteur hip-hop longueuillois est sous contrat avec la prestigieuse étiquette indépendante britannique XL Recordings. «Beaucoup de promoteurs à Montréal peuvent se vanter de l'avoir fait jouer, mais on l'a eu en 2011 quand son nom était encore Kaytranadus.»

Sa suggestion cette année

ZHU, dimanche, 21h55, scène Piknic Électronik. «Je crois que ce sera son seul spectacle au Canada. C'est un Américain mystérieux qui fait un R&B électronique. Je suis contente que ce soit une exclusivité. Je suis aussi contente du DJ set de Daphni, en plus de son spectacle avec Caribou, car il y a eu de longues tractations et c'est exclusif.»

Jean-François Michaud

Son parcours

À 17 ans, Jean-François Michaud courait les shows punk rock à Montréal dans des salles comme le Rainbow (situé à l'époque rue Stanley). «Je finissais le secondaire, je me demandais quoi faire dans la vie.»

Le monde du spectacle l'intéressait beaucoup, si bien qu'il a abordé, lors d'un concert, les promoteurs Paget Williams et Nancy Ross pour faire un stage chez Greenland. Qui ne risque rien n'a rien.

Greenland a accepté sa proposition. «J'ai développé des relations, travaillé ensuite au Spectrum, au Métropolis, chez Universal...»

Il s'est également associé à Extensive Enterprise, qui programmait des formations hardcore, punk rock et métal. À l'occasion, il faisait des coproductions avec evenko.

«Un jour, je suis allé voir Nick Farkas et je lui ai demandé s'il y avait de la place dans son équipe. Deux semaines plus tard, j'étais dans son bureau.»

Jean-François Michaud bosse pour evenko depuis 2011. Son expertise sert beaucoup le festival Heavy Montréal. «Mais à 1300 spectacles par année, on travaille toujours en gang.»

Son meilleur coup

Twisted Sister, l'an dernier, à Heavy Montréal. Si Metallica lui a permis de faire mieux connaître Heavy Montréal à l'étranger et même de voir des agents cogner à sa porte, Jean-François Michaud est fier d'avoir réussi le pari de programmer Twisted Sister l'an dernier. Le groupe ne s'était pas produit à Montréal depuis 1989. Ce fut un succès auprès de la foule d'Heavy Montréal, plus sévère et «de niche» que celle d'Osheaga.

Ses suggestions cette année

Neurosis et Faith No More, à Heavy Montréal. «Cette année, on fait découvrir des groupes cultes à notre public. On tentait d'avoir Neurosis depuis des années, un groupe métal sombre qui est ensemble depuis plus de 20 ans et qui fait peu de spectacles et de festivals. Faith No More est un autre bel exemple. Son dernier spectacle à Montréal remonte au Stade olympique avant Metallica et Guns N'Roses [oui, les fameuses émeutes de 1992].»

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