Ganesh contre le Troisième Reich: Objet culturel non identifié

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Ganesh contre le Troisième reich

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Louis-Bernard Robitaille
La Presse

(Paris) Attention, objet culturel non identifié! Ganesh contre le Troisième Reich est l'une des pièces de théâtre les plus étranges qu'on ait vues ces dernières années dans le circuit du théâtre contemporain.

Étrange par le sujet qu'elle traite, par sa distribution, par son système d'écriture et par la personnalité même du Back to Back Theatre, venu d'une ville industrielle de la lointaine Australie. Une pièce qui se lit à plusieurs niveaux - à chaque spectateur de se débrouiller pour se faire son idée.

Ganesh est le dieu indien de la sagesse et de l'intelligence. Fils de la déesse Pârvatî et du seigneur Shiva, il est représenté avec un corps de gros enfant, pourvu de quatre bras et d'une tête d'éléphant. Dans la pièce, Ganesh décide d'aller reprendre aux nazis le symbole qu'ils ont volé à la tradition sanscrite: le svastika.

Le canevas est déjà étonnant. Il se complique du fait qu'il se mêle à un autre script, où l'on voit quatre acteurs s'interroger à propos de la pièce qu'ils sont en train d'élaborer, et agresser leur metteur en scène, accusé d'être lui-même à sa manière un dictateur. Si le personnage de ce dernier est incarné par un acteur «normal», les quatre autres sont des acteurs professionnels, mais souffrant de déficience mentale: trisomie, autisme, problèmes génétiques.

S'agit-il d'une réflexion sur la Shoah ou sur le pouvoir en général? Est-ce une performance qui nous parle de la normalité des handicapés mentaux ou qui prétend, au contraire, explorer leur langage dans ce qu'il a de spécifique?

Collage

La pièce est donc l'histoire d'une pièce en gestation, un collage de tableaux fragmentaires où un homme grand et corpulent se pare d'une tête d'éléphant, tandis qu'un petit maigre joue à incarner un Juif déporté en pyjama rayé puis Adolf Hitler. La scène est un plateau de répétition presque nu, avec quelques meubles épars, des rideaux de plastique transparent que l'on déplace et fait glisser pour changer la configuration du plateau.

Il y a des scènes plutôt drôles, avec le metteur en scène qui prend la posture des divinités hindoues, un acteur qui doit recevoir une balle dans la nuque mais ne meurt jamais au moment opportun. Par instants, le son est particulièrement travaillé: les micros dans lesquels parlent les acteurs amplifient ou transforment les voix avec effet de réverbération. Certaines images sont à couper le souffle, par exemple lorsque Ganesh et deux autres acteurs apparaissent de profil à la fenêtre de mystérieux trains.

«Il faut parfois infiniment de complexité pour arriver à donner une impression de simplicité et de dénuement», m'explique, dans un coin de la Grande Halle de la Villette où la pièce doit commencer une heure et demie plus tard, le metteur en scène Bruce Gladwin, qui dirige le Back to Back Theatre depuis 1999.

La troupe a été fondée en 1987 à Geelong, une ville portuaire de 160 000 habitants. S'agissait-il au départ d'expérimenter une forme de thérapie par le théâtre pour handicapés? Toujours est-il que c'est devenu une sorte de théâtre nouveau et que l'entreprise a pris des dimensions insoupçonnées.

«Au cours des premières années, on jouait les pièces dans des salles de quartier, dit Gladwin. Et puis le cercle s'est élargi. Les comédiens amateurs des débuts - tous déficients - ont vite constitué une troupe permanente. Certains sont restés pendant plusieurs années et ont joué dans plusieurs pièces. Ce sont eux qui choisissent et nomment le directeur - moi en l'occurrence. Ce sont eux également qui écrivent l'essentiel des textes: Ganesh est le résultat de trois années d'improvisations diverses, de confrontations, enregistrées sur vidéo, puis de découpage et de montage.»

Ganesh

Si le Back to Back en est arrivé à ce Ganesh contre le Troisième Reich, c'est que l'un des acteurs permanents a eu cette idée au départ: «Il s'intéressait à Ganesh, dit Bruce Gladwin, il en est venu au svastika, puis au nazisme...» Comment l'élaboration suit-elle précisément son cours? Ces acteurs un peu particuliers sont-ils véritablement les auteurs des pièces? Un certain mystère persiste sur les secrets de fabrication. Mais le résultat, s'il est inégal, est dans l'ensemble saisissant.

Depuis plusieurs années en tout cas, la troupe consacre une quinzaine de semaines par année aux tournées. Elle a sillonné l'Australie d'est en ouest et du nord au sud. Elle a désormais ses habitudes en Europe, de la Grande-Bretagne aux Pays-Bas, en passant par l'Autriche et maintenant la France. Les trois dernières productions ont atteint les États-Unis et, entre autres, séduit New York.

Juste avant de s'envoler pour l'Amérique du Nord (Musée d'art contemporain de Chicago, puis Calgary, puis le FTA), la troupe de Gladwin s'est produite à Strasbourg puis au théâtre de la Villette à Paris pour quatre soirs. Ces brèves apparitions ont suffi à provoquer des critiques enthousiastes des Inrockuptibles, du Monde ou de Libération. Quelques mois plus tôt, le New York Times et le Guardian de Londres avaient encensé «cette compagnie dont la petite histoire rejoint la grande histoire du monde» (Libération).

On a du mal à cerner avec précision cet art hybride au cheminement énigmatique, mais indéniablement, ce Back to Back Theatre intrigue et séduit les grandes capitales internationales de théâtre.

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