MHD: épidémie afro-trap

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Ses clips cumulent près de 140 millions de visionnements. Âgé d'à peine 21 ans, MHD a un seul album en poche et tape dans le mille. Lancé en avril, son album homonyme connaît un énorme succès dans l'Hexagone et en Afrique de l'Ouest. La traînée de poudre part dans tous les sens, la voilà au Québec sans cet inutile décalage auquel l'industrie française de la musique nous a habitués.

Depuis son émergence en 2015, Mohamed Sylla (de son vrai nom) est devenu un immense phénomène viral de la francophonie européenne, africaine ou antillaise. Étiqueté afro-trap, son concentré français de rap, trap (hip-hop sudiste popularisé à Atlanta) et beats africains dernier cri produit un engouement insoupçonné dans l'environnement numérique. Une génération entière de fans de hip-hop francophone et formes connexes pourrait être contaminée par ce succès viral. Pourquoi donc une telle épidémie? Phénomène de masse annoncé également en Amérique? On aura tôt fait de l'observer.

Avant que la glace ne soit cassée avec le public des Francos montréalaises, causons un tantinet avec MHD, joint cette semaine en région parisienne où il a grandi, soit peu après sa naissance en Vendée - de père guinéen et de mère sénégalaise. Plus précisément, Mohamed Sylla a vécu dans différents quartiers de Paris - 18e, 20e et 19arrondissements, selon ses dires. Issu d'une modeste famille d'immigrants qui compte cinq enfants, notre interviewé a fait des études en restauration, sans grande motivation.

«J'aimais pas trop, mais j'ai attendu d'avoir mon diplôme pour bouger vers la musique que je pratique depuis un bon moment ; d'abord je me cachais un peu pour faire ma musique. Un jour, ma mère est tombée dessus et ça lui a plu, mes parents m'ont appuyé et me suivent depuis mes débuts professionnels», raconte-t-il d'entrée.

Encore récemment, il était livreur de pizza... et sa vie a basculé, pour employer un euphémisme. Le jeune homme n'a pas l'air de s'enfler la tête pour autant. Réponses brèves et succinctes, ce ton sec des gens timides qui se décrispe au fil de la conversation.

Humble, il ne croit pas que sa recette soit le résultat d'une haute alchimie. 

«Pour moi, le mélange a été facile à réaliser, il repose sur le rap que je faisais depuis un bon moment déjà avec mon collectif.»

«Par ailleurs, poursuit-il, je consomme beaucoup de rap et de musiques afros qui viennent du Nigeria, du Ghana, mais aussi des pays dont mes parents sont originaires. Dans l'album, on peut facilement en identifier les tendances: azonto du Ghana et du Nigeria, trap d'Atlanta, hip-hop français, musiques électroniques, instruments traditionnels ou acoustiques comme le balafon, la kora ou le piano... Tout ça donne envie de danser.»

Musique universelle

Comme c'est le cas pour toutes les musiques de la grande famille hip-hop, les sons MHD ont été réalisés par des beatmakers de talent - DSK on the Beat, Rob White, Dany Synthé, etc. 

Sauf l'afro-trap dont il est le précurseur, notre interviewé refuse de s'inclure dans une catégorie précise. «Ma musique, martèle-t-il, peut être écoutée par tout le monde, pas spécialement par les fans de rap ou de musique afro, c'est tout le monde qui peut aimer.»

On ne s'étonne pas que des vedettes africaines aient accepté de prêter leur voix sur ce premier album de MHD, notamment la superstar congolaise Fally Ipupa et la célébrissime chanteuse béninoise Angélique Kidjo.

MHD semble parfaitement conscient que tout bouge très vite, que son ascension fulgurante pourrait se transformer rapidement en descente. Il souhaite ainsi rester aux aguets.

«Plusieurs nouvelles tendances arrivent dans le hip-hop; moi, j'arrive avec l'afro-trap. Les fans de trap, qui a bien pris en France, cherchaient une transition. Personnellement, j'écoute encore du trap, Young Thug, par exemple. De France, j'écoute de tout. Générationnel? Oui et non... j'aime la musique des artistes de mon âge, mais j'écoute également ceux des générations qui m'ont précédé. Ainsi, je fais le mélange de ce que j'aime écouter et de ce que je sais faire.»

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Ce soir à 21 h et demain à 23 h, sur la scène La Presse+.

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