The Sugarhill Gang: délices des rappers originels

Les membres de Sugarhill Gang, Michael « Wonder » Mike,... (PHOTO FOURNIE PAR SPECTRA)

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Les membres de Sugarhill Gang, Michael « Wonder » Mike, Guy « Master Gee » O'Brien et Henry « Hen Dogg » Williams, en compagnie de DJ T Dynasty.

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Nos articles sur le Festival de jazz de Montréal. »

Fin des années 70, des ados allumés des quartiers chauds de New York et de ses cités avoisinantes au New Jersey inventaient une nouvelle expression : le rap. Les puristes débattent encore afin de déterminer lequel fut le premier enregistrement du genre, mais il ne fait aucun doute que Rapper's Delight en fut le tube fondateur.

D'où l'immense respect voué à ses concepteurs réunis sous la bannière The Sugarhill Gang, venus à Montréal pour nous le réitérer. Auparavant, ils nous ont fait la grâce de nous accorder une conférence téléphonique. La conversation s'amorce sur les premières tournées de ce groupe mythique et de possibles escales québécoises : « Je me rappelle un spectacle à Montréal en 1980, mais dans un contexte underground », indique Michael « Wonder Mike » Wright, ce que s'empresse de confirmer son collègue Guy « Master Gee » O'Brien.

Considérés comme des pionniers, nos interviewés ne prétendent pas avoir inventé le rap. C'est du moins ce que laisse entendre Henry « Hen Dogg » Williams, lui qui n'était pas de la formation, à l'époque, mais qui fut un praticien de la première heure.

« Nos influences musicales étaient alors Earth Wind & Fire, Chic, Funkadelic, Cameo, Marvin Gaye. Il n'y avait aucune référence directe à ce que nous faisions. D'aucuns soutenaient alors que l'élocution de Muhammad Ali avait été une influence majeure pour les premiers rappeurs. »

- Henry « Hen Dogg » Williams

Avant le rap, en fait, il y avait The Last Poets, Gil Scott-Heron et tous ces écrivains afro-américains qui déclamaient leurs textes accompagnés par des musiciens de jazz ou de R & B. Et... bien avant eux, les prêches dans les églises afro-américaines avaient préfiguré ce discours syncopé, habité, échafaudé sur le beat noir. Tout ça est à l'origine du rap dont la première vague, dite old school, a déferlé avec le succès de Rapper's Delight.

« Au début de cette aventure, souligne Hen Dogg, les rappeurs n'étaient pas respectés. On les traitait comme des bêtes de cirque, les invitant à faire les premières parties des spectacles R & B. Certains artistes ou spectateurs n'appréciaient pas que nous rappions au lieu de chanter. Les plus méprisants essayaient carrément de saboter nos prestations. »

Wonder Mike bossait alors dans une manufacture de bonbons lorsque son cousin lui fit entendre la cassette d'un flow de rimes mixé à une musique funky disco. C'était « la nouvelle affaire » !

« Je m'étais mis à faire des rimes et j'avais rapidement joint un collectif de DJ. Nous avions donné des spectacles dans le New Jersey, surtout à Englewood. J'ai connu ensuite le rappeur Big Bank Hank à la pizzeria où il travaillait, puis nous avons croisé Master Gee lors des combats de rap. »

LES DÉBUTS

Un jour, les trois adolescents eurent vent d'une productrice new-yorkaise du nom de Sylvia Robinson, qui cherchait à développer ce nouveau style. Ils s'étaient rendus chez elle afin d'y vendre chacun leur salade. Elle avait finalement ficelé leurs trois interventions improvisées et enregistré Rapper's Delight à partir de ce qu'elle avait entendu. Lorsqu'elle a proposé la pièce aux maisons de disques, on lui a ri au nez. Sylvia Robinson la produisit elle-même et la lança sur son label, Sugar Hill Records. 

On connaît la suite : fin 1979, Rapper's Delight devint un tube américain, puis mondial. Jusqu'en 1985, The Sugarhill Gang vendit 8 millions de ses quatre albums : un premier homonyme (1980), 8th Wonder (1982), Rappin' Down Town (1983) et Livin' In The Fast Lane (1984).

« Nous n'avions pas le sentiment d'écrire une page d'histoire alors que nous débutions professionnellement, souligne Wonder Mike. Nous étions de notre temps, tout simplement. Le rap émergeait, nous avions trouvé cette forme musicale très cool et avions entrepris de la pratiquer. Nous étions tout simplement des kids éveillés et créatifs, comme on en trouve dans chaque génération. »

En 1985, le vent tourna. Avec le soutien de la famille Robinson, Big Bank Hank se produisit avec d'autres rappeurs ayant remplacé Wonder Mike et Master Gee. Selon plusieurs médias, des détails contractuels empêchaient désormais ces derniers de se produire au sein de la Sugarhill Gang avec ou sans leurs pseudonymes, dont ils étaient les membres originels.

Ils avaient été floués, abandonnés avec une part ridicule de l'immense cagnotte amassée grâce à leur impact de masse. Le conflit juridique dura des années, un film documentaire de Roger Paradiso en retrace les épisodes marquants : I Want My Name Back.

« Nous étions heureux de récolter tout cet amour des fans, nous étions enivrés par notre succès, mais... nous étions littéralement des adolescents, côté business », résume Master Gee.

The Sugarhill Gang a finalement été reconstitué et a repris la route, et Henry « Big Bank Hank » Jackson a succombé à un cancer il y a deux ans. Hen Dogg fait désormais équipe avec les authentiques Wonder Mike et Master Gee, auxquels se joint DJ T Dynasty pour la tournée qui amène ce groupe légendaire au Festival de jazz.

De nouveau, ces rappeurs de la première ligne peuvent faire leurs délices de leur art.

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Au Club Soda, samedi 22 h

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