Chris Cran, le maître de la fausse piste

Autoportrait, accepter un chèque pour la commande de... (Photo M.N. Hutchinson, fournie par le MBAC)

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Autoportrait, accepter un chèque pour la commande de cette peinture, 1988, de Chris Cran, huile sur toile, 184,8 cm x 245,1 cm, collection d'art de l'Université de Lethbridge, don de Peter D. Boyd, 1995

Photo M.N. Hutchinson, fournie par le MBAC

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Le Musée des beaux-arts du Canada rend un hommage appuyé à Chris Cran avec une exposition d'une centaine de ses tableaux et dessins créés depuis 40 ans. Une expo qui permet de découvrir l'artiste albertain explorateur et imaginatif qui a défriché les vastes étendues de l'art pour produire un oeuvre d'une grande singularité.

Mon visage dans votre foyer, 1986, de Chris... (Photo fournie par par le MBAC) - image 1.0

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Mon visage dans votre foyer, 1986, de Chris Cran, huile et peinture-émail sur contreplaqué, 97 cm x 249 cm, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

Photo fournie par par le MBAC

Elmer va chercher du maïs soufflé, 1999, de... (Photo M.N. Hutchinson, fournie par le MBAC) - image 1.1

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Elmer va chercher du maïs soufflé, 1999, de Chris Cran, huile et acrylique sur carton, 122 cm x 188 cm, collection du Glenbow Museum, Calgary.

Photo M.N. Hutchinson, fournie par le MBAC

Quatre grandes salles du Musée des beaux-arts du Canada sont consacrées à la plus importante rétrospective qu'ait eue Chris Cran, aujourd'hui dans la soixantaine. Une vue d'ensemble largement méritée et d'une grande richesse si l'on en juge par la variété des oeuvres exposées. 

Il faut dire qu'en plus, Chris Cran a touché à tout. Aux portraits, aux natures mortes, aux paysages et à l'abstraction, greffant ces genres aux mouvements du pop art, de l'op art ou du photoréalisme. Et puisant souvent son inspiration dans des pubs de magazines des années 50 et 60 pour créer des oeuvres humoristiques ou déroutantes.

L'HUMOUR D'ABORD

On retrouve son humour dans l'huile et acrylique sur toile Autoportrait à seulement deux Mao d'un gars portant un fichu couvre-théière sur sa tête (tout un titre !), de 1985, ou encore avec ses nez, bouches et yeux fixés au mur par du ruban adhésif dans Inventaire, une huile sur toile de la même année où l'artiste est peint de dos.

Peintre décontracté dans la vie comme avec son art, Cran excelle dans le photoréalisme. Son huile La famille de sa Série autoportraits en est une illustration. Le père et ses trois enfants portent un élastique de nez de clown... sans le nez ! 

L'humour est encore à son comble avec Autoportrait, accepter un chèque pour la commande de cette peinture, de 1988, dans laquelle Chris Cran serre la main du collectionneur Peter D. Boyd, qui lui donne le chèque de 6000 $ qui lui permet d'acheter cette peinture ! 

LE TROMPE-L'OEIL

Mais il n'y a pas que l'humour chez Chris Cran. Il y a aussi le trompe-l'oeil avec ses Peintures avec rayures, notamment Le fumeur (1989) ou Grande femme en vert (1991), où l'on ne perçoit les traits de la femme que lorsqu'on observe le tableau de biais.

L'exposition propose quelques-unes de ses Peintures abstraites, ses séries Monochromes, Peintures argentées, Peintures transparentes et Peintures sur écran. Avec par exemple Peinture noire n1 (1993), dans laquelle Chris Cran a joué sur la circularité des formes et les chatoiements de l'huile pour donner l'illusion d'une allure différente quand on change l'angle du regard par rapport à l'oeuvre. Un effet qu'il a accentué dans Écran vert n2 (1996), où se surimpose son système de rayures.

EXPÉRIENCES

Quelques-uns de ses dessins à l'encre et acrylique font aussi énormément penser à des photographies. Ils émanent d'expériences qu'il a faites de 2009 à 2011 en photographiant et en agrandissant de vieux polaroïds endommagés lors d'une inondation. Tout en s'inspirant de techniques développées par les surréalistes en 1920-1930 et par les automatistes des années 40-50. 

Avec ses Peintures de dispositifs d'encadrement, comme Une jolie image (1998), on est à la fois dans l'abstraction et le pop art avec son cadre stylisé et ses reflets mystérieux. Un procédé qu'il a repris en le transformant en 2010, par exemple avec son dessin à l'encre et acrylique sur carton-mousse Manifeste.

Ce circuit muséal au coeur de l'univers de Chris Cran s'achève avec sa série Chorale. Dispersées dans l'espace, des oeuvres ovales ou rondes montrent des visages masculins et féminins cadrés serré, sans menton ni chevelure, qui proviennent de photos de magazines ou de revues du siècle dernier.

La disposition de ces oeuvres aux murs fait penser aux techniques de la bande dessinée et à ses phylactères. Dans Partisans (1994), deux personnages souriants regardent avec adoration les quatre visages des Beatles. On pense qu'il s'agit d'une affiche. Eh non ! Il s'agit d'une autre peinture trompe-l'oeil. Une autre occasion pour le visiteur de se questionner sur l'art de regarder. 

Comme l'exprime Ryan Doherty, l'un des commissaires de cette exposition, Chris Cran est un véritable maître de la fausse piste...

Chris Cran, sincèrement vôtre, au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, jusqu'au 5 septembre.

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