Rétrospective Carol Rama au Musée d'art moderne de Paris

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Antoine Froidefond
Agence France-Presse
Paris

Provocatrice et méconnue, Carol Rama a, dès les années 40, représenté sans détours une sexualité dérangeante: le musée d'art moderne de la ville de Paris consacre une rétrospective à cette artiste italienne inclassable, aujourd'hui âgée de 96 ans.

Portant souvent une couronne de fleurs, des femmes tirent la langue, prennent des poses obscènes, semblent se masturber avec un serpent, symbole du péché, au côté d'hommes très féminins pourvus de sexes multiples: la première exposition de Carol Rama dans sa ville natale à Turin en 1945 est censurée par le gouvernement.

Plus désirants que désirables, les corps de ces premières oeuvres sont peints à l'aquarelle, genre longtemps considéré comme féminin, dont «les teintes très douces sont en tension avec le thème abordé», souligne Anne Dressen, commissaire de l'exposition (jusqu'au 12 juillet). «Elle déniaise l'aquarelle», dit-elle.

La maladie ou l'animalité sont aussi présentes - fauteuil roulant, lit métallique, fourrures -, ainsi que des objets avec lesquels Carol Rama a noué une relation fétichiste: des chaussures - l'une de ses passions -, des dentiers ou des prothèses en bois. Ils réapparaîtront plus tard dans son oeuvre.

«Je choisis ces choses parce qu'elles sont ce que j'aime le plus, elles sont victimes de ce qu'elles sont, elle n'ont aucune chance de changer», a dit Carole Rama.

Profondément turinoise, «elle détonait complètement dans l'Italie des années 30-40» et «elle a été exclue parce qu'elle était dans une forme de provocation», souligne Anne Dressen.

Pas une artiste maudite

Mais «ce n'est pas une artiste maudite», ajoute la commissaire. Plusieurs collectionneurs turinois l'ont soutenue et elle était très proche de l'architecte, designer et photographe Carlo Mollino qui était son voisin et lui offrait des chaussures.

À l'exception d'un bref passage par le Mouvement pour l'art concret dans les années 50, Carol Rama a toujours «refusé de souscrire à des courants établis, préférant garder son autonomie», note Anne Dressen. Mais elle a côtoyé de nombreux courants artistiques du 20e siècle, du surréalisme à l'art pauvre en passant par le Pop Art. La photographe américaine Cindy Sherman lui voue une grande admiration.

Elle fera partie de l'exposition organisée par Lea Vergine à Milan en 1980, intitulée L'autre moitié de l'avant-garde, en l'occurrence les femmes-artistes.

Quant aux féministes, elles l'ont longtemps ignorée et Carol Rama n'est pas davantage une militante.

Dans les années 60, Carol Rama utilise des «ready made» (yeux de verre, câbles, griffes...) qu'elle enfouit à moitié dans la couche de peinture. Des formules mathématiques liées à la bombe nucléaire apparaissent parfois sur la toile.

Enfin, elle va adopter un nouveau matériau, le caoutchouc, qu'elle découpe, étale sur la toile, couvre de rustines. Les chambres à air employées sur ces oeuvres rappellent fortement les serpents des aquarelles.

Un travail en résonance avec l'Arte povera italien (né en 1967) ou la «sculpture molle» de Richard Serra ou Robert Morris, mais inspiré aussi par l'histoire de sa famille, bourgeoise et catholique: son père, Amabile, s'est suicidé après la faillite de son usine de chambres à air pour vélos.

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