Un Québécois fait renaître le Musée des Confluences de Lyon

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Paris) Après sept ans de travaux, le nouveau Musée des Confluences ouvre en grand demain dans le quartier émergent du même nom, à Lyon. C'est Michel Côté, le respecté directeur général du Musée de la civilisation de Québec, qui a mené le projet scientifique et la transition de l'institution autrefois appelée Musée d'histoire naturelle. Notre journaliste Émilie Côté l'a rencontré à Paris deux semaines après avoir visité le musée en fin de travaux, à Lyon.

C'est avec le sentiment du devoir accompli que Michel Côté, directeur général du Musée de la civilisation du Québec, assistera ce week-end à Lyon à l'inauguration du nouveau Musée des Confluences, dont il en a été le chef d'orchestre.

Les Lyonnais attendent depuis longtemps la renaissance du Musée d'histoire naturelle - Guimet, un établissement vénérable qui a présenté sa première exposition en 1772.

«Le musée a connu son heure de gloire à l'époque de Guimet [industriel et collectionneur lyonnais mort en 1918]», raconte Michel Côté, qui a été appelé en renfort par le Conseil général du Rhône en 1999 pour «sauver» l'institution.

«Mon mot est peut-être un peu sévère, mais le musée était en décrépitude. Le bâtiment était endommagé et la fréquentation baissait beaucoup», raconte celui qui était à l'époque directeur général du Musée de la civilisation de Québec (il est de retour en poste aujourd'hui).

En faisant appel à Michel Côté, le président du Conseil général du Rhône, Michel Mercier, lui a lancé: «Nous avons beaucoup d'objets dans notre collection, mais pas de visiteurs. Au Québec, vous n'avez pas de collection, mais beaucoup de visiteurs!»

Agrandissement? Rénovation? Nouveau projet? On a choisi la troisième option. Engagé d'abord comme consultant, Michel Côté a parcouru la collection du musée et en a vu tout le potentiel. Il a ensuite remporté le concours pour redéfinir le projet culturel et scientifique de l'institution phare de Lyon. «On a décidé de faire un musée de sciences et de société.

«Lyon voulait faire un pas en avant en culture, notamment par rapport à sa rivale, Marseille, comme deuxième ville de France», explique-t-il.

Le coût du projet lui a valu des critiques, tout comme son emplacement, son mandat audacieux et la durée des travaux. L'architecture du bâtiment ne fait pas non plus l'unanimité. De quoi rappeler le feuilleton du Centre Georges-Pompidou, dans les années 70, à Paris, et celui, plus récent, du musée Picasso. «Mais chaque étape a fait l'objet d'un vote consensuel.» Un exploit pour 54 députés d'affinités politiques différentes, souligne celui qui n'incarne ni la gauche ni la droite à Lyon.

Le projet du cabinet autrichien Coop Himmelb(l)au, de l'école du déconstructivisme (le style d'un certain Frank Gehry), a été retenu. «C'est un musée qui a beaucoup d'expositions temporaires, donc il fallait beaucoup d'ateliers et une circulation du public plus complexe», explique Michel Côté.

Le présent par l'histoire

Le défi et la réussite du Musée des Confluences: modeler un musée de science selon une «approche multidisciplinaire», en tenant compte notamment des différentes cultures ethnologiques. Michel Côté a eu recours à ses précieux contacts pour obtenir des collections amazoniennes, latines, africaines, inuites et aborigènes d'Australie. Il a également renoué avec les descendants de Guimet.

Michel Côté a fait en sorte que le Musée des Confluences explique notre époque par l'histoire.

«On souhaite montrer le changement de vision qu'on a de la nature et de l'environnement. Raconter quelque chose avec les collections. Les objets ne sont pas neutres; on leur fait dire quelque chose avec une intention.

«C'est probablement le plus grand choc culturel Amérique-Europe sur la vision du musée, poursuit-il. L'important n'est pas la collection en soi, mais le discours de ce qu'on raconte.»

Question de créer des dynamiques narratives différentes, Michel Côté a engagé trois muséographes pour configurer la disposition des objets dans les quatre salles d'expositions permanentes du musée. Il a également réuni un jésuite et un géologue dans un même comité scientifique. «Inclure la religion dans un musée de science, oui!» a-t-il fait valoir.

Une salle fait réfléchir le visiteur à son propre rapport avec la mort en présentant les rites funèbres de différents peuples. Baptisée «Origines, les récits du monde», une autre remonte dans le temps, de l'homme contemporain aux dinosaures et aux premières formes de vie les bactéries. Une troisième revient aux origines du monde et de l'univers avec une collection de météorites.

«J'ai toujours dit qu'un musée est fondamentalement trois choses: un lieu d'émerveillement, un lieu de connaissances, mais aussi un lieu de réflexion. Éveiller la conscience, là est l'enjeu», dit Michel Côté.

Passer le flambeau

Demain, Michel Côté verra les premiers visiteurs franchir le seuil du somptueux hall d'entrée vitré du musée qu'il a conçu, imaginé et élaboré.

En 2010, Michel Côté a repris la direction du Musée de la civilisation de Québec après avoir laissé le projet (complété sur papier) du nouveau Musée des Confluences entre les mains d'Hélène Lafont-Couturier.

L'homme pourrait parler pendant des heures des différentes expositions qu'il a orchestrées au Musée de la civilisation de Québec. Heureux dans la Vieille Capitale, l'officier de l'Ordre des Arts et des Lettres de la République française continue de rayonner à l'étranger. Mardi dernier, il a siégé comme membre du jury, à Paris, pour le poste du futur directeur de la culture scientifique et technique du Musée des arts et métiers.

Michel Côté vante l'impact des musées. Il cite le cas du cinéaste Hugo Latulippe, réalisateur de Ce qu'il reste de nous, qui lui a dit: «C'est une expérience muséale qui a déclenché ma carrière.»

«Au musée, tu t'ouvres à d'autres réalités que ta réalité quotidienne.»

Situé à quelques pas d'une station de tramway... (Photo: AFP) - image 2.0

Agrandir

Situé à quelques pas d'une station de tramway flambant neuve, le nouveau Musée des Confluences change le paysage architectural de Lyon. Sur la photo, des ouvriers nettoient les nombreuses parois vitrées.

Photo: AFP

Un lieu spectaculaire

Situé à quelques pas d'une station de tramway flambant neuve, le nouveau Musée des Confluences change le paysage architectural de Lyon. De l'école déconstructiviste, une sorte de vaisseau spatial vitré semble sur le point d'atterrir au confluent du Rhône et de la Saône, les racines de Lyon.

À l'image du Centre Georges-Pompidou à Paris il y a 30 ans, le Musée des Confluences donne une image jeune et moderne de Lyon. On assiste rarement à des ouvertures de musées de cette envergure en Europe, dans un lieu où 500 000 visiteurs sont attendus chaque année (à titre comparatif, le Musée des beaux-arts de Lyon en accueille 300 000).

Le musée, situé sur la pointe sud de la presqu'île de Lyon, offre non seulement une vue spectaculaire, mais aussi une perspective inédite sur la ville.

Le Musée des Confluences constitue l'un des éléments phares d'un nouveau quartier du même nom. «Nous sommes dans un quartier en pleine restructuration. C'est l'un des plus grands chantiers de réaménagement urbain en Europe», souligne avec enthousiasme le jeune Nicolas Dupont.

Il y a deux semaines, le responsable des expositions et des collections du musée a fait visiter les lieux à des journalistes. Des dizaines d'ouvriers s'activaient sur le chantier, notamment dans le hall d'entrée vitré, baptisé «Cristal», où se dresse une imposante structure en forme d'entonnoir.

Au total sont exposés en permanence 3000 des 2 millions de pièces de la riche collection du musée, «qui ne doit pas être éclipsée par le projet architectural ambitieux», souligne Nicolas Dupont.

Faire dialoguer les objets

Décrites comme des «boîtes noires», les quatre salles d'expositions permanentes transportent les visiteurs dans quatre univers complètement différents.

Baptisée «Origines, les récits du monde», une salle remonte dans le temps, de l'homme contemporain aux dinosaures et aux premières formes primitives de vie, les bactéries. «On a mis en parallèle la façon dont différentes sociétés ont pu imaginer l'apparition de la vie. Ici, on a des oeuvres inuites», illustre-t-il.

Mais ce sont deux fossiles de dinosaures acquis récemment, «les grandes vedettes de la salle», qui attirent surtout le regard. Un mosasaure (un reptile marin) se trouve à côté d'un camarasaurus, un herbivore d'une longueur de 14 mètres.

De retour à la demande générale: le célèbre mammouth de l'ancien musée Guimet. «Les Lyonnais y sont attachés.»

Le Musée des Confluences montre l'homme comme une espèce parmi tant d'autres souffrant des changements climatiques. Il revient également aux origines du monde et de l'univers avec une collection de météorites, dont une de 630 kilos que le public peut toucher.

«Un musée, c'est aussi un moment de rêve. Toucher une météorite, un fémur de dinosaure et un bout de Lune, c'est un peu magique, dit Nicolas Dupont. Je veux provoquer le vertige du visiteur dans le temps.»

Le Musée des Confluences vise à faire ressortir ce qui est propre à l'homme et à son impact sur l'environnement, poursuit le responsable des collections.

«L'homme est une espèce colonisatrice. Il a conquis la mer, le ciel et la terre.»

Une autre «boîte noire», appelée «Éternité», fait réfléchir le visiteur à son rapport avec la mort en présentant les rites funèbres de différents peuples, notamment avec des momies pharaoniques et péruviennes. «La mort est notre moteur. Sinon, on prendrait notre temps», lance Nicolas Dupont, en soulignant le caractère philosophique du Musée des Confluences.

Les deux premières expositions temporaires porteront sur l'origine du musée avec Les trésors d'Émile Guimet, alors que l'autre se veut un cabinet de curiosité baptisé Dans la chambre des merveilles.

Nicolas Dupont veut que la mauvaise presse associée au coût du projet se transforme en enthousiasme et en grandes retombées pour Lyon.

Après une prévisite du Musée des Confluences, on atteste que sa collection fait ressortir «l'Indiana Jones» en nous. 

L'histoire du musée

1772 : Naissance du Muséum d'histoire naturelle de Lyon dans l'hôtel de ville; il déménagera au Palais des Arts.

1879 : Le musée Guimet est inauguré le 30 septembre 1879 par Jules Ferry. Il réunit les collections d'art asiatique du collectionneur et industriel Émilie Guimet avant leur transfert dans le musée Guimet, à Paris, 10 ans plus tard.

1889 : Émile Guimet vend le bâtiment, qui est transformé en un palais de glace voué à la faillite. 

1909 : La Ville de Lyon rachète le bâtiment pour y déménager les collections du Muséum d'histoire naturelle, trop à l'étroit dans le Palais des Arts. Déplorant que le patrimoine d'Émile Guimet quitte Lyon pour Paris, on le convainc de faire alterner ses pièces d'une ville à l'autre.

1913 : Lyon confie à Émile Guimet la direction du musée, qui rouvre en 1913 sous le nom du Musée d'histoire naturelle-Guimet.

19 mars 1999 : Le Conseil général du Rhône confie à Michel Côté la mission de transformer l'institution en un musée des sciences et des sociétés. 

2 juillet 2007 : Le musée ferme ses portes.

De 2007 à 2014 : Le cabinet autrichien Coop Himmelb(l)au signe l'architecture du bâtiment. Le coût des travaux bondira de 60 millions d'euros, en 2001, à plus de 300 millions d'euros (427 millions de dollars), selon les derniers chiffres.

De 2008 à 2010 : L'entreprise Bec Frères ne peut mener les travaux, qui sont suspendus avant d'être confiés à l'entreprise Vinci en janvier 2010.

Mai 2010 : Michel Côté revient au Québec comme directeur général du Musée de la civilisation. Hélène Lafont-Couturier prend le relais à la direction.

20 décembre 2014 : Grande réouverture de ce qu'on appellera désormais le Musée des Confluences.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer