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Davie et Irving: traitement à deux vitesses à Ottawa

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Faute de contrats, Davie a mis à pied 800 de ses 1200 travailleurs au cours des derniers mois, ce qui a provoqué une levée de boucliers dans la région de Québec.

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(OTTAWA) Les chantiers maritimes Davie et Irving ne semblent pas avoir droit au même traitement lorsqu'ils envoient une invitation à la ministre responsable des contrats fédéraux. Une sous-ministre a déconseillé à la ministre Carla Qualtrough de visiter le chantier de Lévis, l'automne dernier, mais lui a « recommandé » de se rendre au chantier d'Halifax, révèlent des notes internes consultées par La Presse.

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Le chantier Davie s'attendait à recevoir un contrat de la marine canadienne pour construire un deuxième navire ravitailleur, après en avoir livré un premier - l'Asterix - en décembre dernier. Ottawa n'a finalement pas commandé de deuxième bateau.

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Carla Qualtrough, ministre des Services publics et de l'Approvisionnement

Photo Chris Wattie, archives Reuters

Ces documents de breffage, obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, ont été préparés peu après la nomination de Mme Qualtrough comme ministre des Services publics et de l'Approvisionnement. La sous-ministre Marie Lemay y énonce des lignes directrices sur la réponse à fournir à la suite d'invitations lancées séparément par Davie et Irving, à la fin de l'été dernier.

Ces deux entreprises rivalisent depuis des années dans l'espoir de décrocher des contrats maritimes avec le gouvernement du Canada. Irving a récolté plus de 60 milliards de dollars en contrats, tandis que Davie a été exclue de presque tout le processus d'approvisionnement fédéral.

SENTIMENT D'EXCLUSION

Le chantier Davie, qui a connu nombre de difficultés financières et de changements d'actionnaires au cours des dernières décennies, s'est retrouvé au coeur d'une tempête politique l'automne dernier. L'entreprise s'attendait à recevoir un contrat de la marine canadienne pour construire un deuxième navire ravitailleur, après en avoir livré un premier - l'Asterix - en décembre dernier. Ottawa n'a finalement pas commandé de deuxième bateau.

Faute de contrats, Davie a mis à pied 800 de ses 1200 travailleurs au cours des derniers mois, ce qui a provoqué une levée de boucliers dans la région de Québec. Plusieurs politiciens - dont le premier ministre Philippe Couillard - ont dénoncé une discrimination systématique envers Davie, alors qu'Irving et le chantier Seaspan de Vancouver ont récolté l'essentiel des contrats fédéraux ces dernières années.

« OBSTRUCTION SYSTÉMATIQUE »

Les notes de breffage obtenues par La Presse s'inscrivent dans cette même logique, avance une source bien informée de l'industrie navale, qui a requis l'anonymat par crainte de représailles du gouvernement fédéral. « Cette recommandation de la sous-ministre n'est qu'une preuve supplémentaire de l'obstruction systématique des fonctionnaires fédéraux à l'égard du chantier maritime québécois, qui est tout de même le plus grand au pays. »

Dans les documents internes sur la Davie, la sous-ministre recommande à Carla Qualtrough d'accepter de rencontrer le grand patron Alex Vicefield, mais lui suggère de refuser d'assister à l'inauguration de l'Asterix, puisque le lieu et la date n'avaient pas encore été fixés à ce moment-là.

Dans le dossier d'Irving, la sous-ministre conseille d'accepter à la fois une rencontre avec le grand patron, James Irving, et une visite des lieux.

« Le raisonnement est qu'il serait avantageux de connaître l'étendue de votre portefeuille et de continuer à encourager une relation stratégique avec Irving. »

- La sous-ministre Marie Lemay

La lettre rédigée au nom de la ministre indique qu'elle sera heureuse de visiter le chantier d'Halifax « aussitôt que [son] horaire le [lui] permettra ». Mme Qualtrough s'est rendue dans les installations d'Irving le 19 décembre dernier, à l'occasion d'une cérémonie protocolaire.

UNE VINGTAINE DE VISITES

Selon un calcul sommaire, des ministres du gouvernement Trudeau ont visité les chantiers Irving et Seaspan à une vingtaine de reprises au cours des deux dernières années. Davie a pour sa part reçu deux visites de Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, pendant cette même période.

Devant la pression grandissante dans la région de Québec, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé, le mois dernier, le lancement de négociations entre Ottawa et Davie pour la location de quatre brise-glaces. Ce contrat, s'il se matérialise, pourrait permettre de rappeler environ 300 travailleurs pendant une période de deux ans.

« Nous sommes fiers que Chantier Davie Canada ait été sélectionné par le gouvernement Trudeau pour livrer quatre brise-glaces à la Garde côtière canadienne », a indiqué hier Frédérik Boisvert, porte-parole de l'entreprise.

« PROCESSUS CONCURRENTIEL »

Dans un courriel à La Presse, une porte-parole de Services publics et Approvisionnement Canada a souligné que les contrats à Irving et Seaspan ont été attribués « à la suite d'un processus concurrentiel ouvert, juste et transparent ». Elle rappelle que Davie « a le droit de soumissionner les projets de construction de petits navires, ainsi que les travaux de réparation, de radoub et d'entretien de navire ».

Cette porte-parole ajoute que la ministre Qualtrough a refusé de visiter le chantier de Davie à l'occasion de l'inauguration de l'Asterix « puisque le lieu du lancement n'avait pas encore été déterminé ».

Les contrats attribués aux chantiers Irving et Seaspan dans le cadre de la Stratégie nationale de construction navale canadienne totalisent plus de 75 milliards de dollars. Davie, qui a été exclue de ce programme, a de son côté reçu environ 650 millions en contrats fédéraux ces dernières années.

Au cabinet de Carla Qualtrough, un porte-parole a tenu à souligner que la ministre et son personnel « ont rencontré la direction et les syndicats des chantiers Davie, Seaspan et Irving à plusieurs reprises depuis l'entrée en poste de la ministre ».

« Notre gouvernement reconnaît l'excellent travail accompli par les employés de Davie, et nous avons entamé des discussions avec les dirigeants du chantier sur les options permettant de répondre aux besoins de la Garde côtière canadienne en matière de brise-glace provisoire, a-t-il ajouté. Étant donné que Davie est présentement en discussion avec notre gouvernement, nous explorerons la possibilité d'une visite lorsque les discussions seront terminées. »

- Avec William Leclerc, La Presse




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