Aide à Bombardier: «Ottawa n'a jamais dit non»

Fin octobre, le PDG Alain Bellemare et le... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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Fin octobre, le PDG Alain Bellemare et le ministre Jacques Daoust annoncent un investissement de 1 milliard de Québec dans Bombardier. Québec s'attend maintenant à une contribution fédérale significative, les discussions ayant été interrompues pendant la campagne électorale.

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Au début de l'été, le dossier Bombardier était au centre des priorités du gouvernement Couillard. Assez pour que le premier ministre du Québec Philippe Couillard aborde le dossier Bombardier avec son homologue fédéral Stephen Harper lors d'une conversation téléphonique, selon les informations obtenues par La Presse auprès de plusieurs sources impliquées dans ce dossier.

À ce stade, Bombardier négociait de façon séparée avec le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec afin d'obtenir une aide en lien avec la C Series. Les premiers ministres Couillard et Harper n'ont pas discuté des détails des demandes respectives de Bombardier. Au cours de leur conversation, le premier ministre Couillard a plutôt réitéré l'importance de Bombardier et de l'industrie aéronautique au Québec.

Bombardier tentait au même moment de convaincre le gouvernement fédéral de lui octroyer une aide d'environ 350 millions de dollars. Plusieurs options ont été proposées au début de l'été à Ottawa, notamment un prêt remboursable sous forme de redevances (une formule utilisée avec succès pour les deux parties dans les années 90 pour les avions CRJ-100/200).

Autant à Bombardier qu'à Québec, le gouvernement Harper a donné la même réponse: il ne s'est pas engagé, mais n'a pas fermé la porte non plus, désirant prendre de un à deux mois pour étudier les demandes de Bombardier. L'un des problèmes rencontrés en pratique par le fédéral: les demandes de Bombardier n'entraient dans aucun programme d'aide actuellement en vigueur.

Le déclenchement des élections le 4 août a ensuite changé la donne. Le gouvernement du Canada ne prend généralement pas une décision aussi importante en matière d'aide à une entreprise durant une campagne électorale, à moins d'une urgence mettant en péril l'avenir de l'entreprise. Encore aujourd'hui à Québec, on scrute avec attention toutes les interventions d'Ottawa. «Ils n'ont jamais dit non», observe un acteur important dans ce sauvetage sous le couvert de l'anonymat (les cinq sources ayant mené à la publication de ce reportage ont témoigné sous le couvert de l'anonymat).

L'option Airbus

Sachant qu'une aide fédérale était improbable jusqu'au vote le 19 octobre, Bombardier a intensifié ses pourparlers avec Québec - ainsi que ceux avec le constructeur européen Airbus.

Le mardi 6 octobre, une douzaine d'employés de la direction d'Airbus sont dans les locaux de Bombardier, en visite à Montréal depuis plusieurs jours pour tenter de faire avancer les négociations. Celles-ci vont bon train même s'il reste plusieurs points litigieux avant d'en arriver à une entente de principe.

Tout s'écroule quand Bombardier et Airbus reçoivent un appel de l'agence de presse Reuters, qui leur demande de commenter les négociations tenues secrètes jusque-là. Durant les heures suivantes, Airbus informe Bombardier qu'elle mettra fin aux pourparlers si le dossier est rendu public dans les médias. Les gens chez Bombardier sont étonnés d'une telle réaction - ce genre de fuites n'est pas inhabituel dans le monde des affaires et met rarement fin à des discussions -, mais comprennent que leur projet d'entente tombera à l'eau.

Le 6 octobre en soirée, Reuters sort sa dépêche. Bombardier et Airbus confirment leurs négociations le soir même, mais ajoutent qu'elles sont terminées. Reuters révélera ensuite le lendemain qu'Airbus demandait à Bombardier une participation majoritaire dans la C Series. Selon nos informations, Airbus consentait au maintien des activités de la C Series au Québec. «Airbus est venu proche [d'embarquer], mais ils ont leurs problèmes avec leur A380. L'entrée avec la C Series était intéressante, mais ils ont décidé de ne pas ajouter de marrons au feu», indique une source proche du dossier.

Sans son interlocuteur privé numéro un (Airbus) et le gouvernement fédéral hors jeu le temps de la campagne électorale, Bombardier se voit ainsi réduit à court terme à deux intervenants: le gouvernement du Québec et la Caisse de dépôt et placement du Québec. Bombardier a toujours négocié avec ces deux partenaires potentiels de façon séparée. Le 29 octobre dernier, Québec et Bombardier ont annoncé leur entente: Québec investit 1 milliard US en retour de 49,5% de la C Series.

La Caisse et le retour du fédéral

De son côté, la Caisse de dépôt et placement du Québec discute toujours avec Bombardier, selon nos informations. Les deux parties ont toutefois la même pomme de discorde depuis des mois: les actions à droits de vote multiples détenues par la famille Beaudoin. L'hiver dernier, la Caisse a passé son tour dans une nouvelle émission d'actions de Bombardier pour cette raison. Selon le Globe and Mail, la Caisse demandait alors à Bombardier de faire passer le nombre de votes de dix à six pour les actions multivotantes de la famille Beaudoin. Cette question fait toujours l'objet d'un désaccord entre la Caisse et Bombardier. «L'affrontement entre les Beaudoin et M. Sabia sera intéressant», indique une source près du dossier.

La Caisse de dépôt et placement du Québec n'a pas voulu confirmer si elle a ou non des discussions avec Bombardier. «Nous ne commentons jamais les discussions que nous pourrions avoir ou pas, ni les transactions que nous pourrions considérer ou pas», dit Maxime Chagnon, porte-parole de la Caisse. Sur la question des actions multivotantes, «peu importe la structure de votes, c'est toujours la performance de l'entreprise qui compte dans le choix de nos investissements, dans l'intérêt de nos déposants», précise Maxime Chagnon.

Avec la fin de la campagne électorale et la formation d'un nouveau gouvernement à Ottawa, Bombardier a aussi réactivé - à la hausse - ses demandes à Ottawa. Les 350 millions demandés au départ sont aujourd'hui un strict minimum, voire une base de négociation. L'entreprise évoque maintenant plusieurs scénarios dont une aide pouvant aller jusqu'à 1 milliard, soit le montant investi par Québec.

Presque six mois après l'appel en privé de Philippe Couillard à Stephen Harper, le gouvernement Couillard presse maintenant Ottawa en public. La semaine dernière, le ministre québécois du Développement économique, Jacques Daoust, a indiqué publiquement espérer un coup de pouce «significatif» de la part du fédéral, faisant le parallèle avec l'intervention du fédéral pour l'industrie automobile en 2009. «L'industrie aéronautique, chez nous, est tout aussi importante, a-t-il dit en point de presse. Il serait normal qu'il y ait une contribution fédérale pour qu'on partage ensemble le risque.»




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