Un projet colossal échappe à SNC-Lavalin

Un des barrages déjà construits sur le fleuve... (PHOTO FLICKR, INTERNATIONAL RIVERS)

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Un des barrages déjà construits sur le fleuve Congo.

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Ce serait le plus gros complexe hydroélectrique du monde. Deux fois celui des Trois Gorges, en Chine, pourtant déjà colossal. À terme, le projet du Grand Inga, en République démocratique du Congo, devrait produire 39 000 mégawatts d'électricité. Une poignée de multinationales était sur les rangs pour obtenir le contrat de construction de la première phase, dont SNC-Lavalin, mais La Presse a appris que le projet lui a glissé entre les mains à cause des accusations de corruption à son endroit.

Le consortium formé par SNC-Lavalin et les coréennes Daewoo et Posco était l'un des trois qui avaient été préqualifiés pour soumettre des propositions. Des représentants de ce consortium ont même participé à une rencontre technique de trois jours à la fin de juillet à Kinshasa, la capitale congolaise.

Or, SNC a dû se désister depuis parce qu'elle figure sur la liste noire de la Banque mondiale, qui finance le projet. L'entreprise montréalaise a décliné notre demande d'entrevue et refusé de répondre aux questions de La Presse. «Étant donné que nous ne sommes plus impliqués dans ce projet, nous ne commenterons pas», a déclaré hier la porte-parole, Élaine Arsenault.

Il n'a pas été possible de savoir précisément quelle filiale de la multinationale faisait partie du consortium, ni les ressources et les investissements qui ont été consacrés en vain au développement du projet.

En avril 2013, la Banque mondiale avait radié pour 10 ans SNC-Lavalin inc., à la suite d'un scandale de corruption entourant la construction financée par l'organisation d'un pont au Bangladesh et d'une «faute professionnelle» relativement à un projet d'électrification rurale au Cambodge.

Le communiqué de la Banque mondiale précisait que les filiales de l'entreprise montréalaise faisaient «l'objet de mesures de non-exclusion conditionnelle», mais qu'elles s'exposaient «à une radiation si elles ne se [conformaient] pas aux clauses de l'accord».

Jointe par La Presse, la Banque mondiale n'a pas été en mesure de répondre à nos questions avant la mise sous presse.

Première pelletée de terre dans un an

La première phase du projet du Grand Inga, baptisée Inga III Basse Chute, «consiste à dériver une partie du fleuve Congo vers un de ses affluents, la rivière Bundi, et à construire un barrage dans la vallée de la Bundi, ainsi qu'une centrale hydroélectrique et des lignes de transport», peut-on lire sur le site internet de la Banque mondiale, qui finance le projet évalué à quelque 13,5 milliards de dollars.

La puissance installée de ce nouvel ouvrage, qui sera construit en partenariat public-privé à proximité des centrales Inga I et Inga II, devrait être de 4800 mégawatts, soit trois fois la puissance combinée des quatre centrales en construction et projetées sur la rivière Romaine.

Inga III devrait fournir un accès à l'électricité à 7 millions d'habitants de la région métropolitaine de Kinshasa, dans un pays où seulement une personne sur dix est branchée au réseau électrique. L'Afrique du Sud s'est par ailleurs engagée à acheter 2500 mégawatts, assurant ainsi la rentabilité du projet, dont le coût de production est estimé à 0,03$/kWh, en faisant l'une des sources d'énergie les moins coûteuses d'Afrique.

L'appel d'offres, lancé en septembre, donne six mois aux candidats pour soumettre leur proposition. Les autorités congolaises souhaitent que les travaux commencent dans un an, en octobre 2015, et que la production d'électricité commence en 2020.

Inga III est certes un barrage d'envergure, mais il ne constitue qu'une petite partie du pharaonique projet du Grand Inga. Les plans ne sont pas encore complètement définis, mais le chantier devrait s'étirer sur les 50 prochaines années.

Le plus gros barrage du monde : le Grand Inga

Le barrage du Grand Inga produirait à lui seul plus d'électricité que toutes les installations d'Hydro-Québec réunies. La soixantaine de centrales hydroélectriques et la vingtaine de centrales thermiques de la société d'État représentent une puissance installée de 36 000 MW, tandis que le potentiel du Grand Inga est évalué à 39 000 MW. Même le barrage chinois des Trois-Gorges, le plus important du monde avec ses 18 000 MW de puissance installée, serait déclassé.

Les plus grandes centrales du Québec

> 1- Robert-Bourassa 5616 MW

> 2- La Grande-4 2779 MW

> 3- La Grande-3 2417 MW

> 4- La Grande-2-A 2106 MW

> 5- Beauharnois 1853 MW

> 6- Manic-5 1596 MW

> 7- La Grande-1 1436 MW

> 8- René-Lévesque (Manic-3) 1285 MW

> 9- Jean-Lesage (Manic-2) 1187 MW

> 10- Bersimis-1 1178 MW

Source: Hydro-Québec

Un projet pharaonique

Le projet du Grand Inga ne date pas d'hier: le maréchal Mobutu en rêvait quand le pays s'appelait encore Zaïre. La vallée d'Inga présente un potentiel hydro-électrique immense. À cet endroit, le fleuve Congo, deuxième de la planète pour sa puissance après l'Amazone, connaît un dénivelé de 102 mètres sur une distance d'à peine 15 kilomètres. Au plus fort de la saison des pluies, en novembre, son débit atteint 55 000 mètres cubes par seconde. Le Grand Inga nécessiterait la déviation complète du fleuve et la construction d'un barrage haut de 205 mètres comportant 52 turbines. Certains sont sceptiques devant le projet, rappelant que les centrales Inga I et Inga II, mal entretenues et enlisées dans les sédiments, ne produisent qu'à une fraction de leur potentiel total de 1800 MW.




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