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Aide aux entreprises: Daoust remet en question les secteurs chouchous

Jacques Daoust, nouveau ministre de l'Économie, est conscient... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Jacques Daoust, nouveau ministre de l'Économie, est conscient qu'apporter des changements aux politiques d'aide aux entreprises pourrait créer des remous.

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Sylvain Larocque
La Presse

Le nouveau ministre de l'Économie, Jacques Daoust, se demande si le temps n'est pas venu pour l'État québécois de cesser de privilégier certains secteurs d'activité en matière de développement économique.

Depuis des années, le gouvernement consacre d'importants efforts pour convaincre des entreprises des secteurs de l'aéronautique, des sciences de la vie, des technologies de l'information et du jeu vidéo, entre autres, de s'installer au Québec. De généreux crédits d'impôt, programmes de subventions et offres de prêt sans intérêt ont notamment été mis en place à cette fin.

«Si on faisait en sorte de créer un environnement fiscal attrayant pour toutes les entreprises, est-ce qu'on n'en attirerait pas plus qu'en choisissant nous-mêmes les secteurs à privilégier?», a demandé M. Daoust au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse Affaires, vendredi.

«C'est comme si on essayait de tirer sur les fleurs pour essayer de les faire pousser, a ironisé le ministre. Malheureusement, le Québec n'obtient pas vraiment de meilleurs résultats que les autres juridictions.»

Dans un palmarès publié le mois dernier par La Presse Affaires, le Québec s'est classé au 14e rang sur 15 juridictions nord-américaines en ce qui a trait aux investissements étrangers, derrière des États et des provinces aussi variés que l'Indiana, la Caroline-du-Sud, l'Alberta, l'Ontario, la Colombie-Britannique, l'État de New York, le Massachusetts, la Californie et l'Illinois.

En 2013, Québec a déboursé 3,2 milliards en crédits d'impôt destinés aux entreprises. À cela, il faut ajouter les centaines de millions de dollars d'aide gouvernementale consentie sous forme de subventions et de prêts avantageux.

Plus d'interventionnisme

Il reste à voir jusqu'où le gouvernement Couillard pourrait aller dans une éventuelle réforme, étant donné le contexte nord-américain. Le Québec a la réputation d'être l'État le plus interventionniste au Canada et aux États-Unis, mais d'autres juridictions ont intensifié leurs programmes d'aide depuis la récession de 2008. Par exemple, le Tennessee a allongé plus de 100 millions US en 2010 pour obtenir la relocalisation de l'usine d'électroménagers d'Electrolux de L'Assomption, dans Lanaudière, qui fermera ses portes la semaine prochaine.

Au Canada, plusieurs provinces ont mis en place des crédits d'impôt à l'intention des industries du cinéma, du jeu vidéo et des sciences de la vie, ce qui a accru la concurrence pour attirer des investissements créateurs d'emplois de qualité.

Jacques Daoust connaît bien le domaine: après avoir travaillé à la Banque Nationale et à la Banque Laurentienne, il a dirigé pendant sept ans la société d'État Investissement Québec, responsable du démarchage auprès des entreprises étrangères.

«Parfois, des entreprises ont des projets intéressants, mais il est difficile de les attirer parce qu'elles sont dans des secteurs que l'État n'a pas identifiés», a noté M. Daoust.

Le ministre prévoit terminer sa réflexion cet automne, ce qui lui permettrait de présenter des recommandations au cabinet en vue du prochain budget, qui sera déposé au cours de l'hiver. Il assure que l'exercice n'est pas directement lié aux travaux de la Commission d'examen sur la fiscalité québécoise, présidée par Luc Godbout, professeur à l'Université de Sherbrooke. Celle-ci doit notamment trouver des façons de réduire les dépenses du gouvernement.

M. Daoust est conscient qu'apporter des changements aux politiques d'aide aux entreprises pourrait créer des remous. La décision de réduire de 20 % tous les crédits d'impôt pour les entreprises, annoncée dans le premier budget de Carlos Leitao, a d'ailleurs fait beaucoup réagir dans les milieux technologiques.

«Mon ancien patron à la Banque Nationale, André Bérard, avait l'habitude de dire qu'il est plus facile de ne pas donner que de dé-donner», a lancé le ministre.




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