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Résidences pour personnes âgées: une centaine de fermetures

Pratiquement du jour au lendemain, les exploitants de... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Pratiquement du jour au lendemain, les exploitants de résidences ont dû absorber des coûts importants pour répondre à de nouvelles exigences.

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

Le gouvernement du Québec a serré la vis aux résidences pour personnes âgées en vue d'assurer la sécurité des résidants. Deux fois plutôt qu'une en 2013. Devant la flambée des frais d'exploitation et les revenus qui peinent à suivre, une centaine de résidences privées ont fermé leurs portes au cours de la dernière année, a appris La Presse. Une tendance inquiétante quand on sait que le nombre de personnes âgées est à la veille d'exploser.

«Actuellement, 17,6% des personnes âgées de 75 ans et plus habitent en résidence au Québec, souligne Pierre Godin, propriétaire de Villa Ste-Rose, citant les chiffres de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). Si cette part de marché reste stable, il faut ouvrir 4000 places en résidence par an.»

Dans son rapport 2013 sur le marché des résidences pour personnes âgées, la SCHL écrit que la croissance de la population âgée de 75 à 84 ans recommencera à s'accélérer en 2016.

Réal Bouclin, président des résidences privées Réseau Sélection, avance pour sa part qu'au cours des 15 prochaines années, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus augmentera de 1,2 million de personnes au Québec.

6000 places de moins

Or, le nombre de résidences privées pour aînés a baissé de 96 dans la dernière année. On compte près de 6000 places de moins.

«Plusieurs exploitants ont transmis au ministère de la Santé et des Services sociaux [MSSS] des avis de cessation des activités, écrit dans un courriel Stéphanie Ménard, des relations avec les médias. Certains ont fait le choix de fermer la résidence et de relocaliser leur clientèle, alors que d'autres ont modifié la vocation de leur bâtiment pour du locatif uniquement.»

Mme Ménard prend la peine de préciser que la loi oblige l'exploitant qui cesse ses activités à en aviser l'agence de santé régionale au minimum six mois avant la fermeture. L'agence de santé et le centre de santé et de services sociaux (CSSS) du territoire doivent offrir un soutien et un accompagnement aux personnes âgées qui doivent déménager.

Le MSSS explique la baisse du nombre de résidences par l'entrée en vigueur, le 13 mars 2013, du nouveau règlement sur la certification des résidences, plus exigeant que le précédent, de même que par l'entrée en vigueur, le 18 mars 2013, du nouveau chapitre Bâtiment du Code de sécurité de la Régie du bâtiment.

Pratiquement du jour au lendemain, les exploitants de résidences ont dû absorber des coûts importants pour répondre à de nouvelles exigences concernant la formation obligatoire des préposés, les systèmes d'appel à l'aide, l'embauche de personnel supplémentaire pour assurer un seuil minimal en tout temps, la vérification des antécédents judiciaires du personnel et l'installation de mitigeurs d'eau chaude et autres dépenses prévues pour la mise en application du chapitre Bâtiment du Code de sécurité.

Les mitigeurs contrôlent la température de l'eau du bain à un maximum de 43 degrés Celsius. Il en coûte environ 400$ par baignoire. «C'est rendu que la clientèle autonome fait bouillir son eau parce que le bain n'est pas assez chaud autrement», dit Pierre Godin.

Le problème, c'est que les loyers n'augmentent pas à la même vitesse que les coûts parce que ceux-ci sont soumis au contrôle de la Régie du logement, soutient le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA). Le règlement sur la fixation des loyers, qui a été adopté avant l'apparition des résidences comme on les connaît aujourd'hui, n'est pas adapté au contexte des bas taux d'intérêt. «Le délai de recouvrement des dépenses en capital dans un logement atteint maintenant 33 ans», déplore Yves Desjardins, son PDG.

«Un déséquilibre»

«Les revenus en résidence sont les loyers, poursuit-il. Si on augmente les coûts et qu'on ne peut pas faire suivre les loyers, ça crée forcément un déséquilibre.»

Même une réforme, pour le moment improbable, de la grille de fixation des loyers ne réglerait pas tout. La capacité de payer des aînés est limitée. «Une personne sur deux qui est placée en résidence à Laval a une capacité de payer de 1500$ ou moins par mois», dit Pierre Godin, ancien représentant lavallois du RQRA.




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