Les villes fantômes chinoises

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(PÉKIN) «If you build it, they will come.» Bâtissez et les gens viendront. Après des années de construction effrénée, la recette appliquée par les autorités chinoises commence à montrer ses limites, comme en témoigne la multiplication des villes flambant neuves - et presque inhabitées - un peu partout au pays.

Si le cas d'Ordos, en Mongolie-Intérieure, a fait la manchette, on retrouve une panoplie de villes du même genre dispersées un peu partout en province. Des cités comme Zhengdong, Xinyang, YingKou, Dantu, Shiyan ou ChengGong, pour la plupart inconnues en Occident.

«En 2008, quand le secteur des exportations s'est effondré, l'attention du gouvernement central a changé et s'est portée vers le développement aléatoire de l'intérieur du pays, explique en entrevue John Minnich, spécialiste des marchés du Sud-Est asiatique au cabinet d'analyse Stratfor Global Intelligence. Le gouvernement avait une seule priorité: donner du travail à tous les chômeurs qui n'étaient plus employés par les usines. Et la meilleure façon d'y parvenir était d'investir dans la construction d'un paquet de maisons qui ne seraient jamais habitées.»

En l'espace de quelques années, les promoteurs chinois ont ainsi bâti des dizaines de millions de nouveaux logements dans des régions qui n'avaient jamais connu une telle urbanisation. Dans bien des cas, ces nouvelles villes - et toutes les infrastructures qui viennent avec - ont été financées grâce à un système bancaire de l'ombre, dont les vannes du crédit sont grandes ouvertes.

200 nouvelles villes

Les statistiques officielles sur ces «villes fantômes» sont inexistantes. Certaines estimations font état de plus de 60 millions de logements inhabités à l'échelle du pays, une information impossible à vérifier. Au moins 200 nouvelles villes seraient planifiées dans 12 provinces, rapporte l'organisme chinadialogue.net.

Sur le terrain, notre reportage dans plusieurs provinces chinoises a permis de constater la présence massive de quartiers résidentiels flambant neufs... et vacants. Ils sont souvent érigés en périphérie éloignée d'une ville déjà existante ; dans d'autres cas, carrément plantés au milieu d'un champ, loin de tout.

Une autre grande tendance prisée des promoteurs chinois : la construction de répliques de villes célèbres. À Tianducheng, dans la province du Zhejiang, nous avons ainsi visité une reproduction de Paris, tour Eiffel et immeubles haussmanniens inclus (voir notre vidéo). Un exemple loin d'être unique.

«J'ai visité trois mini-Manhattan, une réplique de Londres, une autre de Florence qui ressemblait plutôt à Venise, un Niagara Falls construit sur une montagne, un petit Paris, un petit Dubaï, souligne Anne Stevenson-Yang, directrice de la recherche à la firme J-Capital, qui sillonne la Chine pour ses recherches. On dirait qu'ils veulent vivre partout sauf en Chine!»

Des optimistes

Tout n'est cependant pas perdu pour les «villes fantômes», soulignent plusieurs analystes. La demande pour des logements reste extrêmement forte dans les mégalopoles de premier plan comme Pékin et Shanghai, et la vague d'urbanisation est loin d'être finie ailleurs en Chine.

«Dans plusieurs villes, il y a eu trop de maisons, d'usines, de routes, et il n'y a pas assez de gens qui y déménagent, dit Wu Jiangang, chercheur attaché au CEIBS Lujiazui International Finance Research Center. Mais nous sommes en Chine, il y a seulement 50 % de la population qui habite en ville. Donc, ces villes vides ont de l'espoir de voir les gens s'y installer.»

Tom Miller, auteur du livre China's Urban Billion, rappelle de son côté l'exemple de Pudong, à Shanghai. Ce quartier des affaires était considéré par plusieurs comme un futur éléphant blanc lorsque sa construction a débuté, au milieu des années 90. Mais il bouillonne aujourd'hui d'activité et abrite des millions de résidants et de travailleurs, note-t-il dans un éditorial publié sur chinadialogue.net.

Il reste que les villes plantées loin de tout, comme Ordos, au fin fond de la Mongolie-Intérieure, ont peu de chances de connaître un tel sort, souligne-t-il.

Voyez notre dossier complet sur La Presse+ (édition du 13 avril)




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