Rémi Racine: l'industrie des jeux vidéo n'est pas une menace

Rémi Racine, PDG de Behaviour... (Photo Patrick Sanfaçon, La Presse)

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Rémi Racine, PDG de Behaviour

Photo Patrick Sanfaçon, La Presse

Rémi Racine baigne dans l'industrie des jeux vidéo depuis plus de 25 ans maintenant. « Gamer » invétéré, l'entrepreneur a fait l'acquisition, en 1994, de Megatoon, le premier studio de jeux vidéo à être créé au Canada, en 1992, dans la ville de Québec. L'entreprise a été rebaptisée plusieurs fois depuis pour devenir en 2008 Behaviour, qui est aujourd'hui le plus grand studio indépendant de jeux vidéo au pays.

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Behaviour célèbre cette année ses 25 ans d'existence après avoir successivement opéré sous différents noms, dont Megatoon et A2M. Outre ses 360 employés montréalais, l'entreprise compte sur une quarantaine d'employés à Santiago, au Chili, dans le studio spécialisé dans les jeux pour mobiles qu'elle y possède.

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« On était là avant Ubisoft », rappelle Rémi Racine dans les nouveaux locaux qui couvrent 40 000 pieds carrés d'un étage d'un loft industriel de la rue Saint-Urbain, à Montréal, que va officiellement inaugurer Behaviour cette semaine.

« On était à l'étroit dans nos locaux du boulevard De Maisonneuve. On cherchait un endroit au centre-ville ou dans le quartier Mile-Ex. Ici, on est à proximité du lieu de vie de nos 360 employés, qui sont tous regroupés sur un même plancher, sans cloisons, mis à part certaines salles de réunion et des studios de son. »

Une partie de l'espace a été consacrée à l'aménagement d'une vaste cafétéria où un chef cuisinier prépare chaque midi des repas de qualité qui permettent à tout un chacun d'épargner sur les coûts des lunchs.

Behaviour célèbre cette année ses 25 ans d'existence après avoir successivement opéré sous différents noms, dont Megatoon et A2M. Outre ses 360 employés montréalais, l'entreprise compte sur une quarantaine d'employés à Santiago, au Chili, dans le studio spécialisé dans les jeux pour mobiles qu'elle y possède.

Rémi Racine veut évidemment discuter des projets qu'il caresse pour Behaviour, mais il peut difficilement ne pas intervenir dans la polémique entourant le programme des crédits d'impôt à l'industrie des jeux vidéo et la pertinence de le maintenir.

Depuis 1997, ce programme a permis à de grands acteurs étrangers comme Ubisoft de profiter de centaines de millions en subventions annuelles pour payer les salaires de leurs employés.

UN PROGRAMME PARMI D'AUTRES

Rémi Racine précise d'abord qu'il a été le premier à appuyer Ubisoft en 1996 lorsque l'entreprise française a proposé d'implanter un studio à Montréal et d'y embaucher 500 personnes, advenant l'implantation d'un programme de crédits d'impôt.

« J'étais content qu'un joueur comme Ubisoft choisisse Montréal, même si je ne croyais pas vraiment qu'ils arriveraient à créer 500 emplois. On était une dizaine chez nous. Mais ils sont rendus à 3500 personnes et le studio montréalais d'Ubisoft est l'essence même de toute l'entreprise », souligne Rémi Racine.

Le PDG de Behaviour admet d'emblée que cette croissance s'est faite à un coût fiscal important pour le Québec, mais il insiste sur le fait que ce coût a permis à Montréal de devenir un pôle mondial dans le domaine des jeux vidéo.

« Le secteur des technologies de l'information reçoit une aide de 2,5 milliards en crédits d'impôt pour la recherche et le développement, et personne ne pousse les hauts cris. » - Rémi Racine

« Les entreprises étrangères, Ubisoft, Warner, Eidos... totalisent la moitié des 11 000 emplois du secteur. Sans elles, les industries québécoises n'existeraient pas.

« Il y a aujourd'hui plus de 60 juridictions dans le monde qui offrent des programmes de crédits d'impôt comparables au nôtre. Celui de l'Ontario est même plus généreux. Ce n'est pas le temps d'y mettre fin », plaide Rémi Racine.

Enfin, au sujet de l'argument voulant que les subventions à l'emploi qu'obtient Ubisoft constituent une concurrence déloyale pour les entreprises qui cherchent à embaucher des talents du même secteur d'activité, Rémi Racine affirme qu'il ne tient tout simplement pas la route.

« L'industrie des jeux vidéo embauche 4000 programmeurs au Québec. CGI, à elle seule, en compte 4000. Un programmeur qui travaille dans l'industrie des jeux n'ira pas postuler chez Stingray. C'est deux mondes », évoque-t-il.

Enfin, Rémi Racine rappelle que l'industrie des jeux vidéo emploie quelque 5000 artistes - des créateurs de jeux, des graphistes, des scénaristes, des spécialistes des textures, d'ambiances, de sons -, ce qui est plus que dans n'importe quelle industrie au Canada, selon lui.

Les crédits d'impôt permettent aux créateurs et développeurs de jeux de tabler sur des projets de longue haleine qui nécessitent un long processus de développement qui ne produit pas de résultats financiers immédiats.

UN ÉCOSYSTÈME INDUSTRIEL

Behaviour tire ses revenus de quatre principaux secteurs d'activités. Le studio montréalais produit notamment des jeux pour certains clients, dont Ubisoft et Microsoft.

« On est un sous-traitant pour les producteurs de jeux AAA, ces gros jeux qui nécessitent des investissements de 50 millions et plus. C'est nous qui réalisons toute la version mobile du jeu Assassin's Creed d'Ubisoft », expose Rémi Racine.

Behaviour utilise également les technologies des jeux vidéo pour créer des applications à certains clients spécifiques, comme Bombardier, Cogeco, La Capitale, Air Canada et Desjardins.

« On vient de mettre en ligne l'application mobile de Cogeco. On l'a réalisée et on la gère. On a créé une application d'apprentissage pour les agents de bord d'Air Canada qui obtient un énorme succès », explique le PDG.

Behaviour est aussi éditeur de jeux pour PC et console. Son grand succès de l'an dernier, Dead by Daylight, lui a permis de rejoindre 3 millions de joueurs en ligne et de générer des revenus de près de 20 millions cette année.

Enfin, la quatrième division de Behaviour, les jeux sous licence pour mobile, est celle qui est appelée à prendre le plus d'expansion au cours des prochaines années. L'entreprise a édité trois de ces jeux dont la durée de vie est de trois à quatre ans.

« On a construit au Québec un pôle d'expertise incroyable, ce n'est pas le temps de le démanteler alors que le reste du monde nous copie », met en garde Rémi Racine.




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