L'art de la gestion à distance

«Certains gestionnaires m'expliquent qu'ils se sentent parfois plus... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

Agrandir

«Certains gestionnaires m'expliquent qu'ils se sentent parfois plus proches d'un employé de Paris que d'un autre dans le même édifice», explique Éric Brunelle, professeur agréé à HEC Montréal.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Nathalie Côté

Collaboration spéciale

La Presse

La gestion des télétravailleurs, Gilbert Scantland est tombé dedans à l'époque des disquettes et des modems bruyants pour accéder à l'internet!

Le directeur général de la Conférence régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine compte aujourd'hui une trentaine d'employés, dont la majorité travaille de la maison. «Nous avons opté pour le télétravail dans un souci de recruter les meilleures ressources, explique M. Scantland. Je souhaitais aussi avoir des employés à la grandeur de notre territoire afin que nous soyons visibles partout.» Cela représente certains défis, mais jamais il ne retournerait en arrière.

De bons outils

Pour travailler efficacement, il a opté pour différents outils informatiques comme une plateforme de téléconférence et un bureau virtuel. Tout le monde peut accéder aux dossiers, peu importe où ils se trouvent. «Le courriel suscite parfois des incompréhensions, note Diane-Gabrielle Tremblay, professeure spécialisée en gestion des ressources humaines à la TELUQ. Les outils de vidéoconférence améliorent les communications.» Pour elle, il vaut la peine d'investir dans un équipement de qualité. L'expérience peut être désagréable si on éprouve continuellement des problèmes de son et d'image.

Des règles claires

Ensuite, il est aussi important d'établir des règles claires et de s'assurer qu'elles soient comprises. «Le diable est dans les détails, note Éric Brunelle, professeur agrégé au département du management de HEC Montréal. Si vous avez un pépin technologique, qui appelez-vous? Qui fait quoi? Si vous vous blessez à la maison, êtes-vous couvert par la CSST?» Ce genre de choses peut faire la différence entre le succès et l'échec de l'expérience.

Faire confiance

Les gestionnaires doivent aussi apprendre à faire confiance à leurs employés. «Ils doivent s'habituer à gérer par objectifs et résultats, explique Mme Tremblay. C'est souvent le gros problème, ils veulent contrôler presque au jour le jour.» Quand c'est possible, attendre de six mois à un an ou même plus avant de permettre le télétravail facilite d'ailleurs les choses. L'employé connaît davantage l'organisation et ses attentes alors que le gestionnaire connaît son employé.

Réduire la distance psychologique

Le gestionnaire doit rester près de ses employés, malgré la distance. «On dit souvent loin des yeux, loin du coeur et c'est un peu vrai, convient M. Brunelle. Mais certains gestionnaires m'expliquent qu'ils se sentent parfois plus proches d'un employé de Paris que d'un autre dans le même édifice. C'est avant tout une perception, il faut en être conscient.» Rencontrer les gens face à face, prendre le temps de les reconnaître, parler des possibilités d'avancement et promouvoir l'esprit d'équipe sont autant de moyens de réduire la distance psychologique. Bien connaître ses travailleurs permet également de détecter des indices que le gestionnaire aurait auparavant perçus dans le non-verbal. «C'est important de développer une relation personnelle, confirme M. Scantland. Je m'informe beaucoup des gens avant de leur parler de travail.»

Bien doser les communications

Communiquer à distance est un art pour lequel il existe cependant bien peu de règles, car cela dépend beaucoup du contexte. «Il faut envoyer des courriels, mais pas trop sinon on noie le poisson, note Éric Brunelle. Il faut aussi réaliser que ce n'est pas parce que c'est écrit que c'est compris.» Même chose pour les réunions. Si elles sont trop rares, une distance psychologique s'installe. Si elles sont trop fréquentes, les participants ont l'impression de perdre leur temps et cela crée de la frustration.

Bien faire le recrutement

Le télétravail convient mieux aux personnes autonomes, disciplinées et organisées. Des employés de M. Scantland ont d'ailleurs dû quitter leur poste parce qu'ils étaient incapables de bien fonctionner à distance. «Ce n'est pas fait pour tout le monde, certains sont malheureux ainsi, note-t-il. Il faut recruter en conséquence.»

Choisir les tâches

Certains postes ou certaines tâches se prêtent mieux au télétravail que d'autres. Le traducteur, par exemple, appréciera le calme de son domicile pour travailler. Dans d'autres contextes, la proximité des collègues est parfois essentielle. «Des entreprises ont essayé de faire des remue-méninges à distance et les résultats sont nettement inférieurs», note M. Brunelle.




Les plus populaires : Affaires

Tous les plus populaires de la section Affaires
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer