Des livres en otages dans un conflit commercial

«Renaud-Bray a une réputation un peu rugueuse du côté... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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«Renaud-Bray a une réputation un peu rugueuse du côté des relations, a indiqué Pascal Assathiany, président-directeur général de Diffusion Dimédia. Il a eu des problèmes syndicaux dans le passé et a mis à la porte un certain nombre de disquaires. »

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Un conflit commercial entre deux entrepreneurs pourrait avoir des conséquences pour les lecteurs québécois.

Diffusion Dimédia a interrompu la livraison des livres d'une centaine d'éditeurs québécois et étrangers aux succursales Renaud-Bray parce que le libraire a modifié unilatéralement le mode de remboursement des invendus.

Au lieu d'attendre un crédit, comme c'est la norme dans l'industrie du livre québécois, Renaud-Bray s'est remboursé en déduisant la somme en cause de ce qu'il devait pour les livres commandés et reçus.

«C'est une question de trésorerie mais, surtout, c'est une ligne rouge qui a été franchie dans les relations commerciales, a déploré le président-directeur général de Diffusion Dimédia, Pascal Assathiany, dans une entrevue avec La Presse Affaires. C'est la position d'une grande entreprise qui sait qu'elle a une puissance commerciale forte et qui dicte ses lois aux fournisseurs.»

Il reconnaît que le mode de remboursement décrété par Renaud-Bray n'est pas inhabituel - de grands détaillants comme Walmart et Target l'utilisent -, mais il affirme que cela cause des problèmes de trésorerie aux distributeurs.

«Soit cela fragilise le distributeur, soit celui-ci se tourne vers l'éditeur et le fragilise à son tour.»

Le président de Renaud-Bray, Blaise Renaud, n'a pas voulu commenter directement le conflit. Il s'en est toutefois pris au rôle que les distributeurs se sont donné depuis l'adoption de la Loi sur le développement des entreprises québécoises dans le domaine du livre, en 1979.

Cette loi oblige les librairies agréées à se procurer les livres auprès de distributeurs exclusifs. M. Renaud a affirmé qu'il ne reste plus que quatre distributeurs d'importance au Québec.

«Aujourd'hui, on se trouve dans une situation où ce sont les distributeurs exclusifs qui imposent unilatéralement les conditions commerciales, les termes de paiement, les conditions de traitement de retour, a-t-il soutenu en entrevue téléphonique. Ils gèrent littéralement la quantité de livres qui entrent sur le territoire au Québec, ils ne laissent aucune place décisionnelle aux libraires là-dessus. Ils gèrent les prix des livres, ils imposent la marge de profit aux libraires. Il n'y a pas de place pour la négociation, ils font la loi.»

M. Renaud a décidé d'utiliser la position de force de Renaud-Bray pour essayer de changer quelque chose.

«C'est une grande entreprise qui a les moyens d'affronter les distributeurs exclusifs, et ces moyens-là, malheureusement, les libraires indépendants ne les ont pas, a-t-il déclaré. Dans leur cas, c'est le combat de David contre Goliath.»

Pascal Assathiany soutient qu'il a essayé de joindre indirectement M. Renaud pour discuter de la situation, sans succès.

«Renaud-Bray a une réputation un peu rugueuse du côté des relations, a-t-il indiqué. Il a eu des problèmes syndicaux dans le passé et a mis à la porte un certain nombre de disquaires.»

M. Assathiany croit que Diffusion Dimédia n'avait plus qu'un moyen de pression, la suspension des livraisons de livres. Dimédia distribue les livres d'éditeurs comme Boréal et les Éditions du Seuil.

«Je suis conscient que c'est un peu au détriment des lecteurs et de certains éditeurs, a-t-il déclaré. Au lieu de pousser tous dans le même sens pour favoriser la vente de livres, on se retrouve à la compliquer.»




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