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Démantèlement en France d'un trafic de bitcoins

La monnaie virtuelle bitcoin a une réputation sulfureuse... (PHOTO JIM URQUHART, ARCHIVES REUTERS)

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La monnaie virtuelle bitcoin a une réputation sulfureuse qui suscite une vive inquiétude au sein des autorités financières.

PHOTO JIM URQUHART, ARCHIVES REUTERS

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Agence France-Presse
FOIX

Les gendarmes ont mis fin la semaine dernière dans le sud de la France à un trafic présumé de bitcoins, une première en Europe pour cette monnaie virtuelle dont la réputation sulfureuse suscite une vive inquiétude au sein des autorités financières.

Comme toute monnaie virtuelle, ont souligné les enquêteurs lundi, à Foix, les bitcoins présentent «un risque élevé de dérives criminelles» compte tenu de «l'opacité» qui entoure leur fonctionnement et de «l'absence complète de régulation par les acteurs du marché monétaire».

Les gendarmes de la section de recherches de Midi-Pyrénées ont frappé les 2 et 3 juillet, interpellant trois personnes et procédant à des perquisitions à Cannes, Nice, Toulouse et Bruxelles, où l'un des suspects possède une maison.

Ils agissaient sur commission rogatoire d'une juge d'instruction de Foix, Catherine Ostengo, chargée depuis avril d'une enquête pour «exercice illégal d'opérations de banque» notamment.

Leur coup de filet a permis de mettre un terme à l'activité d'une plate-forme internet «illicite» d'échange de bitcoins, ont-ils expliqué lors d'une conférence de presse à Foix.

Poursuites pour blanchiment

L'animateur du site, un Tunisien de 27 ans déjà condamné pour escroquerie en bande organisée, est poursuivi pour «travail dissimulé, exercice illégal de la profession de banquier, blanchiment à titre habituel et offre illégale de jeux en ligne».

Son complice présumé, un Français de 36 ans présenté comme le «fournisseur» des bitcoins, est mis en examen pour «exercice illégal de la profession de banquier» notamment. La compagne de l'animateur du site, également interpellée, n'a pas été poursuivie.

L'enquête a permis de déterminer que le site utilisé pour les échanges «ne bénéficiait d'aucun agrément de l'Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), organe de supervision français de la banque et de l'assurance».

«Il s'agit là du premier démantèlement au niveau européen d'une telle plate-forme illicite d'échange de bitcoins», a assuré la gendarmerie.

En perquisition, les enquêteurs ont saisi des «portefeuilles contenant 388 bitcoins», correspondant à une valeur de près de 200 000 euros. Ils ont également mis la main sur «près de 9000 euros en numéraire, ainsi que de multiples cartes bancaires et matériels informatiques qui restent à exploiter».

Les gendarmes ont fait procéder à la fermeture du site, mettant fin par la même occasion à un projet de casino en ligne «entièrement dédié aux crypto-monnaies».

Généreuses commissions

Ce coup filet est concomitant d'une nouvelle mise en garde du régulateur boursier français, l'Autorité des marchés financiers, qui dénonçait vendredi les risques liés à cette monnaie et appelait les banques à ne pas y toucher en l'état.

Créé en 2009, le bitcoin s'est attiré les foudres de nombreux régulateurs dans le monde car, ne passant pas par le système bancaire, il permet de réaliser des paiements de manière anonyme. L'absence de cadre juridique l'entourant et la volatilité de son cours ont aussi été pointés du doigt par ses détracteurs.

«Les deux mis en examen reconnaissent la matérialité des faits, mais contestent avoir commis des infractions», a relevé Patrice Reveillac, membre du groupe cybercriminalité de la section de recherches de Toulouse.

En substance, ils ont expliqué aux enquêteurs qu'aucun texte n'interdisait leur activité et que s'ils prélevaient des taux de commission très élevés (de 35% à 50%) pour changer un bitcoin contre des euros, c'était en raison précisément de la volatilité du taux de change de la monnaie virtuelle.

Entre novembre 2013 et juillet 2014, 2750 transactions ont été enregistrées sur leur site, soit des échanges d'une valeur de plus d'un million d'euros dégageant de confortables bénéfices. Ces transactions ne concernaient que des opérations de change.

Les enquêteurs doivent à présent déterminer l'origine de ces bitcoins et notamment s'ils n'ont pas servi à blanchir de l'argent généré par des trafics.

Le bitcoin, qui s'échange actuellement contre 460 euros environ, est plus en plus utilisé pour acheter des biens et services, en particulier auprès de certains commerces en ligne.

Ce coup de filet doit son origine à la vigilance d'un Ariégeois, passionné des questions de sécurité informatique: c'est lui qui a alerté les gendarmes après avoir testé le site suspect et réalisé qu'on pouvait y acquérir des bitcoins de façon anonyme.




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