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Bras de fer entre Barrette et le gouvernement

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE)

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Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a demandé une augmentation de 5,2% de son budget pour l'année prochaine. Mais le Conseil du trésor semble vouloir limiter la hausse à 4%.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

(Québec) Le gouvernement Couillard a un mois pour régler un différend important entre le Conseil du trésor et le ministre de la Santé, Gaétan Barrette. L'enjeu du bras de fer? Plus de 500 millions que réclame le titulaire de la Santé pour la croissance des dépenses de 2018-2019, dont le règlement de la crise avec les infirmières.

Mécontent devant le règlement du litige avec les médecins spécialistes, le ministre Barrette, semble-t-il, craint qu'on ait considérablement réduit sa marge de manoeuvre pour l'an prochain, et compromis ses engagements à l'endroit des infirmières. Or il avait demandé une augmentation de 5,2% de son budget pour l'an prochain. Mais le Conseil du trésor compte limiter le mégabudget de la Santé - 38 milliards - à une augmentation de 4%, a appris La Presse.

Le Conseil des ministres est actuellement mobilisé par ces arbitrages qui doivent être prêts pour le dépôt du budget, durant la troisième semaine de mars, le 20 ou le 22, selon le plan. Les décisions pressent puisqu'il faut tenir compte des semaines de relâche parlementaire - et de l'absence de Philippe Couillard, en mission à Paris - début mars. Exceptionnellement, le Conseil des ministres se réunira ce soir plutôt que mercredi pour devancer des décisions.

Au coeur des inquiétudes de Gaétan Barrette : son intention de donner le feu vert à l'embauche de 3000 nouvelles infirmières - une facture annuelle à terme de 240 millions environ. Mais de toute façon, il ne se trouverait pas 3000 personnes pour occuper ces postes à court terme.

Les partisans de la ligne dure soulignent aussi que cette facture n'est pas un surplus net - il faudrait soustraire les heures supplémentaires, à taux et demi, qui seraient économisées. Même chez les infirmières, l'éradication des heures supplémentaires ne fait pas l'unanimité. Une dirigeante syndicale a déjà été mise de côté pour avoir proposé de transformer toutes les heures supplémentaires en postes supplémentaires, rappelle-t-on.

À l'interne, le ministre Barrette rappelle qu'il est à la source de la seule économie tangible réalisée dans son secteur - une entente avec l'industrie du médicament générique a fait épargner 320 millions par année à Québec.

Hausse du budget et des coûts

À la dernière revue des finances publiques, en novembre dernier, Québec annonçait que la Santé verrait son budget augmenter de 4,2% en 2017-2018. Pour l'année qui commence, la croissance devait être de 3,8%. En proportion, le budget de l'Éducation avait augmenté davantage, à 5,4%, et ce devrait être encore le cas cette année - 4% prévus l'automne dernier, ce sera plutôt 4,2%. L'an dernier, l'argent avait été aiguillé surtout vers le primaire-secondaire. Cette année, l'enseignement supérieur devrait être privilégié, indique-t-on.

La croissance du budget de la Santé sera un peu plus haute que les 3,8% prévus, convient-on, on s'attend à 4% comme ordre de grandeur. Les enveloppes ne sont pas fermées, mais il n'est pas question de se rendre aux 5,2% attendus par la Santé. Philippe Couillard a déjà rappelé récemment qu'en santé, «les besoins seront toujours illimités». Avec tout le budget du ministère des Relations internationales, «on fait un avant-midi dans le réseau de la santé», illustre-t-on.

La hausse des coûts du système de santé est autour de 3,7% dont 2,7% passent à la rémunération des médecins et des syndiqués. Pour les syndiqués, il faut ajouter la montée dans les échelons. Ce qui laisserait moins de 1% seulement pour le développement de nouveaux services.

Québec doit tenir compte du verdict que rendra avant les élections le Vérificateur général sur les engagements des ministères par rapport aux dépenses prévues.

Le gouvernement n'a pas demandé d'avis juridique formel pour décider d'éviter un recours juridique des médecins. Les textes étaient limpides, ne faisaient pas référence à un lien avec la rémunération des médecins ontariens, «il y avait des ententes de 2011, de 2014, [leur] cause était pas forte», et le verdict du tribunal ne faisait pas de doute, résume-t-on.

Mais surtout, des considérations politiques ont prévalu : «Est-ce que cela nous tente d'avoir des médecins furieux durant six mois avant l'élection?», laisse tomber un membre du gouvernement. D'autres sources indiquent que la Fédération des médecins spécialistes était prête à lancer une campagne de communication percutante pour forcer la main au gouvernement.

Québec a donné le feu vert aux augmentations qu'il avait accordées aux médecins - le versement est étalé dans le temps. Pourtant, il n'a jamais demandé que l'on réévalue le «code d'actes», les gestes dont la valeur a été déterminée il y a des années.

Par exemple, certains gestes posés par les radiologistes qui prenaient près d'une heure dans le passé prennent 10 minutes actuellement. Résultat? Un radiologiste peut voir plus de vingt patients par jour, les six premiers permettent d'éponger tous ses coûts, les suivants sont du profit pour le médecin. Autre exemple, les ophtalmologistes pouvaient traiter trois patients par jour pour des cataractes il y a quelques années. Prélever le cristallin était une opération délicate qui durait deux heures. Avec le recours aux ultrasons, le même «acte» prend 10 minutes, mais continue d'être payé comme avant.




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