Centre d'injection supervisée près d'une école: des parents inquiets

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L'organisme Spectre de rue aménage actuellement un local, dans la rue Ontario, où les toxicomanes pourront s'injecter des drogues dans un environnement sécuritaire. Il est situé à 300 mètres de l'école Marguerite-Bourgeoys.

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Seringues dans les ruelles, vendeurs de drogue, prostitution... Les familles qui s'installent dans le secteur Centre-Sud, près du centre-ville de Montréal, savent que ces éléments font partie du paysage de leur quartier. Mais des parents s'opposent à l'ouverture prochaine d'un centre d'injection supervisée à quelques coins de rue de l'école primaire fréquentée par leurs enfants.

L'organisme Spectre de rue aménage actuellement un local, dans la rue Ontario, où les toxicomanes pourront s'injecter des drogues dans un environnement sécuritaire. Il est situé à trois coins de rue (300 mètres) de l'école Marguerite-Bourgeoys.

C'est trop proche, selon des parents, qui craignent pour la sécurité des élèves s'ils sont en contact avec des toxicomanes.

«Nous ne sommes pas contre l'implantation de centres d'injection, mais on demande que les populations vulnérables, comme les enfants, soient prises en compte dans le processus», dit Christelle Perrine, qui a deux enfants fréquentant l'école Marguerite-Bourgeoys.

Les parents dénoncent notamment le fait que le futur centre d'injection est situé sur le trajet emprunté par les élèves pour se rendre à l'école.

Les autorités de santé publique et même la police affirment pourtant que ces centres d'injection rendront les lieux plus sécuritaires. Mais cela ne semble pas réussir à apaiser les craintes des parents.

Hier, le député Jean-François Roberge, de la Coalition avenir Québec (CAQ), a organisé un point de presse devant l'école pour manifester son soutien aux parents.

«Des toxicomanes peuvent entrer dans ces centres-là en état de manque et en ressortir peut-être dans un état second, a-t-il avancé. C'est une fausse bonne idée d'implanter un site d'injection supervisée si près d'une école et sur le corridor scolaire emprunté chaque jour par des centaines d'élèves, alors qu'il y a énormément d'efforts pour sortir la drogue des écoles.»

Sécurité améliorée

Les autorités de santé publique, la police et les organismes d'aide aux toxicomanes soutiennent que le secteur sera au contraire plus sécuritaire grâce au centre d'injection de Spectre de rue.

L'organisme est installé dans la rue Ontario depuis plus de 20 ans. Les utilisateurs de drogues injectables le fréquentent déjà pour se procurer des seringues propres et recevoir d'autres services, rappelle la Dre Carole Morissette, chef médicale du CIUSSS du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal.

«Actuellement, les usagers arrivent avec leur drogue dans les poches, prennent leur seringue et ressortent pour s'injecter dans les parcs et les ruelles autour», souligne-t-elle.

«Avec le nouveau service, [les toxicomanes] vont s'injecter hors du regard des enfants et il n'y aura pas de seringues qui vont traîner. Et une infirmière sera sur place pour donner des soins de santé de base.»

La direction de Spectre de rue dit comprendre les craintes des parents, mais estime qu'elles sont infondées. «Le site d'injection n'attirera pas une nouvelle clientèle, il va seulement mieux encadrer la clientèle actuelle», fait remarquer l'avocate Catherine Ouimet, présidente du conseil d'administration de l'organisme. «Les usagers habitent dans le quartier à 82%. Ils cherchent des services à proximité.»

Les parents d'élèves de Marguerite-Bourgeoys étaient invités à une rencontre d'information sur le projet, hier soir. Une vingtaine d'entre eux se sont déplacés.

En plus de représentants de Spectre de rue et du CIUSSS, le commandant du poste de quartier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Simon Durocher, était sur place pour répondre aux questions. «Actuellement, on n'a pas de problèmes avec la clientèle de Spectre de rue. Le nouveau service ne fera qu'améliorer la situation. Ça ne m'inquiète pas du tout.»

Le projet de centre d'injection supervisée, autorisé par Santé Canada, prévoit une analyse de la criminalité dans le secteur après six mois d'activité, pour s'assurer qu'il n'y a pas d'augmentation.

Aux parents qui craignent que les trafiquants de drogue envahissent le secteur, attirés par la présence de leur clientèle, le commandant Durocher répond que la police ne sera pas plus tolérante à leur endroit qu'elle ne l'est actuellement.

Jour 1 de l'injection supervisée

Le local d'injection de Spectre de rue ouvrira en septembre prochain. Mais deux autres services du genre, ceux de Cactus et de Dopamine, ont commencé leurs activités lundi.

Chez Cactus, installé dans de nouveaux locaux dans la rue Berger, près de Sainte-Catherine, les 10 cubicules ont été utilisés par 42 personnes au cours de la première soirée.

«Ce sont essentiellement des personnes qui utilisaient déjà nos services», précise la directrice, Sandhia Vadlamudy.

Là aussi, certains voisins s'inquiètent de savoir que des toxicomanes se rendront sur place pour s'injecter de la drogue. Cactus compte sur les discussions au sein de son comité de bon voisinage pour tenter de calmer ces inquiétudes.

«On ne jette pas de poudre aux yeux : on vit avec la faune urbaine du centre-ville, dit Mme Vadlamudy. Mais nous avons une solide expérience avec ces personnes. On est capables de les convaincre de rester un peu sur les lieux si elles sont fortement intoxiquées, parce qu'elles savent qu'on est là pour en prendre soin.»




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