Eau potable: Santé Canada imposera des normes de gestion plus serrées

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D'ici deux à trois mois, Santé Canada a l'intention de resserrer certaines de ses recommandations sur la gestion de l'eau potable afin d'éviter la contamination massive de son réseau.

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Renaud Manuguerra-Gagné
La Presse

Santé Canada prépare le dépôt de nouvelles recommandations sur la gestion de l'eau potable, a appris La Presse. Pendant ce temps, la ville de Flint, au Michigan, est toujours en état d'urgence à la suite de la contamination massive de son réseau d'eau. Une pareille crise sanitaire pourrait-elle se produire au Canada?

La situation au Canada

Santé Canada a confirmé qu'il resserrait certaines de ses recommandations sur l'eau d'ici deux à trois mois, sans toutefois révéler la nature de ces changements. Bien que ce resserrement ne soit pas directement lié au scandale de Flint, ces mesures pourraient permettre d'éviter qu'une telle situation ne se reproduise ici. Au pays, Santé Canada propose des normes, mais chaque province est responsable de la qualité de son eau et instaure sa propre réglementation. Selon Michèle Prévost, chercheuse à Polytechnique Montréal et titulaire de la Chaire industrielle CRSNG en traitement des eaux potables, « au Canada, on est en avance sur certains points, mais en retard sur d'autres. On a accepté certains risques, et les données récentes montrent qu'il est temps de réviser nos normes ».

Malgré tout, l'eau distribuée au Québec reste parfaitement sûre. « Je ne dirai à personne d'aller acheter des caisses d'eau embouteillée et d'éviter le robinet, tempère Michèle Prévost. Toutefois, nos relevés sont effectués après avoir laissé couler l'eau pendant plusieurs minutes. Le plomb s'accumule dans l'eau lentement et les gens n'attendent pas une minute avant de boire leur eau. »

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Depuis près d’un mois, la ville de Flint, au Michigan, est en état d’urgence à la suite de la contamination massive de son réseau d’eau.

Photo Rebecca Cook, Archives Reuters

Flint n'est pas le seul

Le scandale de Flint combine des contaminants comme le plomb, des agents chlorés et des bactéries, en plus d'une absence de réponse politique et d'allégations de camouflage. Mais les toxines impliquées causent des torts ailleurs. En janvier, l'Agence de protection de l'environnement de l'Ohio a annoncé aux résidants de Sebring que le taux de plomb de nombreuses maisons et d'une école dépasse largement les normes sécuritaires. Là encore, il y aurait eu camouflage de données, cette fois par des employés de l'usine locale de traitement des eaux. De plus, les Centers for Disease Control ont révélé en 2014 que dans 9 comtés des États-Unis, plus de 10 % des tests d'empoisonnement au plomb étaient positifs. À Flint, ces taux variaient entre 4 et 10,6 % selon les quartiers.

« Certaines maisons de Flint auraient des niveaux de plomb assez élevés pour créer des intoxications aiguës, dit Michèle Prévost. Si la moyenne se trouvait entre 10 et 50 µg/L, ce serait assez pour causer un empoisonnement chronique, surtout si ça dure des années. Ces niveaux, on les retrouve aussi dans certaines maisons au Québec. » Selon la chercheuse, le Québec serait parmi les provinces les moins sévères du Canada pour la qualité de l'eau. « Il y a plusieurs endroits où l'eau contient des taux élevés de l'autre contaminant majeur de Flint, les trihalométhanes (THM), des dérivés du chlore. »

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Selon le Réseau canadien de l’eau, au Canada, les communautés construites avant 1950 sont celles où les aqueducs municipaux sont les plus à risque de contenir du plomb.

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La faute des infrastructures vieillissantes

Avec le temps, les tuyaux des réseaux d'eau corrodent et se remplissent de dépôts combinant fer, calcaire et biofilms. Souvent, ces dépôts sont minimes, mais dans les plus vieilles installations, il ne reste que 10 % d'espace pour le passage de l'eau. Ces dépôts sont instables et se détachent au moindre changement. À Flint, l'arrivée d'eau plus acide a favorisé ces détachements, mais cela peut arriver pour de multiples raisons.

Ces plaques entraînent avec elles des résidus métalliques et des bactéries. Ces débris consomment une grande partie du chlore, forçant les autorités sanitaires à en ajouter pour éviter les risques de gastroentérites ou d'autres maladies. À Flint, les autorités ont ajouté 10 fois plus de chlore que la limite prévue, ce qui a causé des réactions graves dans la population. Les conduites à vif favorisent aussi la relâche de plomb, retrouvé principalement dans les tuyaux de vieilles maisons et de petites municipalités. Selon le RCE, au Canada, les communautés construites avant 1950 sont celles où les aqueducs municipaux sont les plus à risque de contenir du plomb.

L'empoisonnement au plomb

Le plomb est hautement toxique. Il peut prendre la place de métaux utiles pour le corps et bloquer plusieurs réactions biologiques essentielles. Le système nerveux est l'élément le plus sensible au plomb, surtout chez l'enfant. Il s'attaque à la croissance et à la connexion des neurones entre elles et peut entraîner la mort de ces cellules. À long terme, cela cause des retards mentaux et des comportements antisociaux. Les reins et le coeur peuvent être endommagés, causant hypertension et arythmies. Le plomb s'accumule aussi dans les os, où il reste piégé et continue d'empoisonner le corps pendant des décennies. Michèle Prévost souligne que, malgré les normes canadiennes actuelles, « il n'y a pas de niveau seuil pour la toxicité du plomb. Moins on s'expose, moins il y a de risques ».

Les mêmes problèmes de l'autre côté de la planète

Pendant que l'Amérique découvre le drame de Flint, une autre crise majeure se dessine en Chine. Hong Kong vit son plus grand scandale de contamination de l'eau de l'histoire récente. En 2015, l'eau de nombreuses habitations, des écoles et même des hôpitaux a atteint des taux de plomb entre 20 et 40 µg/L. Une commission d'enquête a été mise sur pied pour comprendre les causes de cet empoisonnement.

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