Dr Cannabis arrive en ville

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Le Dr Michael Dworkind, directeur de la clinique Santé cannabis, compte 27 ans d'expérience en soins palliatifs et a vu au fil des ans des dizaines de patients soulagés par le cannabis thérapeutique.

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Katia Gagnon
La Presse

Une première clinique de cannabis médical ouvre ses portes aujourd'hui à Montréal, malgré l'opposition non équivoque du Collège des médecins, qui juge cette ouverture «prématurée». Médicament miracle ou porte ouverte à toutes les dérives? Le débat sur le cannabis thérapeutique est relancé.

Il y a des meubles design en bois, un présentoir où l'on montre les inhalateurs qui permettent de consommer la chose en toute discrétion. Sur le mur de l'entrée, une immense gravure d'un plant de cannabis montre ses différents usages. Une cuisine ultramoderne à l'arrière permettra aux usagers d'apprendre à transformer la plante en caramels ou en brownies ultra-moelleux. Bienvenue à Santé cannabis, la première clinique de pot thérapeutique au Québec.

Moyennant 250$ par an, et si votre état de santé le justifie, les cinq médecins qui seront bientôt à l'oeuvre à la clinique - deux y travaillent déjà - vous prescriront du cannabis thérapeutique. Et par la suite, un consultant en la matière vous orientera vers la variété qui vous convient et vous éclairera également sur les dosages.

«Les patients vont se faire référer ici par leur médecin, puisque les médecins sont en général assez réticents par rapport à la prescription de cannabis», explique Adam Greenblatt, militant pro-cannabis bien connu et directeur de la clinique. «Ici, ce qu'on veut, c'est rendre service à la fois au patient et à son médecin, qui ne se sent pas à l'aise de prescrire», ajoute le docteur Michael Dworkind, le directeur médical de la clinique.

1000 patients en vue

Depuis les changements au règlement de Santé Canada, en avril dernier, on demande désormais aux médecins canadiens de prescrire eux-mêmes le cannabis à leurs patients. Or, le Collège des médecins du Québec a de grandes réticences face à ces changements. L'ouverture de la clinique, rue Amherst, a d'ailleurs pris le Collège de court.

La clinique a déjà 100 patients, qui étaient déjà dans le circuit du cannabis médical. D'ici quelques mois, on compte en avoir 10 fois plus. Les installations ne sont pas financées par les producteurs de marijuana thérapeutique, assure Adam Greenblatt. Les médecins sont payés par la Régie de l'assurance maladie et les patients versent une cotisation annuelle.

Combien a coûté la location et l'aménagement des locaux? «Cher, se borne-t-il à répondre. Je cherche des gens désireux d'investir.» Les premiers intéressés ne seront-ils pas les producteurs de pot? «Il y a des producteurs qui sont venus m'offrir d'acheter ma clinique. Je ne veux pas de ça. Ce serait un conflit d'intérêts patent.»

«Le cannabis aide les patients»

Le Dr Dworkind compte 27 ans d'expérience en soins palliatifs. Au fil des ans, il a vu plusieurs dizaines de patients être soulagés avec le cannabis thérapeutique. «Certaines douleurs sont très difficiles à traiter, même avec des opioïdes. Le cannabis a un impact très important sur ce type de douleurs. Au fil des ans, ça m'est apparu évident: le cannabis aide les patients.»

Concrètement, le Dr Dworkind et ses collègues s'assureront que les patients ont bel et bien besoin de cannabis. Pourra-t-on se faire prescrire du pot pour un mal de dos? «Pas du tout, rétorque Adam Greenblatt. Il va nous falloir des preuves, des examens de résonance magnétique, par exemple.» La douleur devra être présente depuis plus de quatre mois et persister malgré les médicaments.

Martin Jodoin - qui nous a demandé de changer son nom - est un patient de la clinique depuis hier. L'homme, devenu tétraplégique à la suite d'un accident de voiture, consomme du pot thérapeutique depuis un an et demi pour calmer les douleurs causées par des spasmes musculaires. Il utilise un inhalateur. «Le cannabis calme mes douleurs. C'est très efficace», dit-il. Lorsqu'ils étaient en fonction, M. Jodoin s'approvisionnait dans les Clubs Compassion. Mais depuis leur fermeture, il a eu recours au cannabis vendu dans la rue.

C'est le cas de nombreux patients, déplore Adam Greenblatt. «L'urgence d'ouvrir cette clinique, c'est que le Québec a l'un des plus faibles taux de prescription de cannabis au Canada. Les médecins ne veulent pas prescrire. Alors, que font les patients? Ils vont à Berri-UQAM.»

Que répond-il aux inquiétudes du Collège des médecins, qui aurait voulu que la clinique ouvre seulement après la mise en place d'un protocole de recherche précis? «Ils avaient d'abord dit que le protocole serait prêt en septembre. Nous sommes en novembre. Maintenant, ils parlent de janvier. Nous demandons à l'avance le consentement de nos patients pour participer à leur recherche, dit-il. Le Collège a toujours été contre le cannabis thérapeutique. Ils sont même allés en cour pour en empêcher la prescription!»

Les modifications au règlement de Santé Canada

Avant le 1er avril 2014

Les patients souffrant de diverses affections pouvaient faire une demande de cannabis thérapeutique à Santé Canada. Le médecin certifiait que le patient souffrait bel et bien de l'une des affections reconnues par Santé Canada comme susceptibles d'être soulagées par le cannabis thérapeutique. Une fois son autorisation acceptée, le patient recevait sa commande de cannabis par la poste.

Après le 1er avril 2014

Santé Canada continue de sélectionner et de délivrer un permis aux producteurs de cannabis. À l'heure actuelle, 22 producteurs ont été homologués à l'échelle du Canada. Les médecins doivent prescrire eux-mêmes du «cannabis séché», la seule forme admise du produit, au patient qui le réclamerait. Puisque les médecins ne savent pas quel dosage exact prescrire, le patient doit ensuite discuter avec le producteur pour déterminer la quantité précise du produit qu'il recevra.

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