Ottawa montré du doigt par Québec et les médecins

Réjean Hébert... (Photo Patrick Woodbury, Le droit)

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Réjean Hébert

Photo Patrick Woodbury, Le droit

Les professionnels de la santé ne sont pas les seuls à s'inquiéter pour la santé des patients. Le gouvernement du Québec a interpellé le fédéral récemment pour qu'il agisse afin de prévenir d'autres pénuries de médicaments.

La situation est urgente, a écrit le ministre de la Santé, Réjean Hébert, dans une lettre envoyée à son homologue fédérale, Rona Ambrose, juste avant les Fêtes.

«Cette situation ne peut plus perdurer longtemps», écrit le ministre dans cette lettre que La Presse a obtenue. «La santé des Québécoises et des Québécois ne peut être tributaire de telles situations.»

Les quelques mesures mises en place au fil des ans sont insuffisantes, souligne le ministre en rappelant que ce dossier est la responsabilité d'Ottawa.

«Il est impératif que votre gouvernement mette en place, de façon urgente, des mesures concrètes accompagnées d'actions structurantes visant, notamment, les fabricants de médicaments.»

Le gouvernement n'est pas le seul à faire pression sur le fédéral. Le mois dernier, le président et directeur général du Collège des médecins, le Dr Charles Bernard, a lui aussi écrit à la ministre Ambrose.

«Le Collège des médecins du Québec reçoit de plus en plus de signalements de la part de ses membres de situations inacceptables de pénuries de médicaments, a-t-il écrit. Il nous apparaît que Santé Canada doit exercer un leadership qui manque cruellement actuellement.»

Les solutions existent, affirme la présidente de l'Ordre des pharmaciens du Québec, Diane Lamarre.

Déclaration obligatoire

Le Canada pourrait déterminer une liste de médicaments essentiels pour lesquels l'industrie devrait constituer un stock de sécurité de six mois. Le gouvernement pourrait aussi exiger une déclaration obligatoire lorsqu'une entreprise prévoit manquer de médicaments.

Un projet de loi privé présenté par le Nouveau Parti démocratique allait en ce sens. Il proposait d'obliger les fournisseurs de médicaments à aviser le gouvernement lorsqu'ils prévoient qu'un médicament ne sera plus sur le marché. Le ministre de la Santé serait pour sa part obligé de mettre en place un plan d'intervention pour remédier aux pénuries. Le projet de loi a toutefois été battu la semaine dernière, avant la 2e lecture.

L'idée d'une déclaration obligatoire ne plaît d'ailleurs pas à l'industrie. «Pour l'instant, nous nous opposons à cette obligation, mais nos membres sont toujours ouverts à la discussion si ça apparaît incontournable», indique Frederic Albero, directeur Québec chez RX&D, qui représente les fabricants de médicaments novateurs au Canada.

La déclaration obligatoire n'est pas nécessaire puisque les membres «déclarent très rapidement lorsqu'il y a une pénurie», ajoute-t-il en faisant référence à un site internet accessible au public qui répertorie les pénuries (www.drugshortages.ca).

Même son de cloche du côté de l'Association canadienne des médicaments génériques. «Une personne ressource a été identifiée et elle doit donner de l'information toutes les semaines», indique le directeur Québec, Daniel Chagnon.

Des mesures ont été mises en place au cours des dernières années, explique-t-on aussi à Santé Canada. Un comité réunissant plusieurs acteurs du milieu a permis de préciser le rôle de chacun et de mieux coordonner la divulgation de l'information lors d'une pénurie. Quant au site internet, il permet de suivre l'évolution des pénuries.

Transparence et responsabilisation

«Le site internet sur les pénuries de médicaments est une étape importante vers une plus grande transparence, une responsabilisation et une résilience du système d'approvisionnement en médicaments du Canada», a indiqué Santé Canada par courriel, refusant une entrevue à La Presse.

Les professionnels de la santé estiment qu'il n'y a aucune garantie tant qu'il n'y a pas de déclaration obligatoire. Diane Lamarre cite la pénurie récente de flecaïnide, un médicament contre l'arythmie. La Régie de l'assurance maladie du Québec a informé les professionnels de la pénurie le 8 janvier, mais il a fallu attendre jusqu'au 29 janvier pour que l'entreprise le déclare sur le site internet.

> 550 pénuries actuelles ou prévues ont fait l'objet d'un signalement sur le site internet www.drugshortages.ca en 2013, selon Santé Canada




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