Étude: la marijuana n'est pas si «inoffensive»

Les scientifiques estiment que «les débats et les... (Archives La Presse Canadienne)

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Les scientifiques estiment que «les débats et les politiques sur le cannabis n'ont pas accordé suffisamment d'importance aux impacts de cette drogue sur l'un des groupes les plus vulnérables de la population (...) ou n'ont pas tenu compte des connaissances scientifiques disponibles.»

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Montréal

L'image de «drogue inoffensive» associée à la marijuana est scientifiquement inexacte - et ceux qui élaborent des lois et des politiques devraient en tenir compte, selon une nouvelle étude.

Ce sont surtout les jeunes consommateurs de cannabis qui sont à risque de développer des dépendances ou des troubles psychotiques, et ce, en raison de la structure de leur cerveau, concluent deux chercheurs de l'Université de Montréal et de l'École de médecine Icahn du centre hospitalier Mount Sinai de New York.

Le cannabis agit sur les récepteurs chimiques situés dans les zones cérébrales associées à l'apprentissage, la recherche de récompenses, la motivation, la prise de décision, l'acquisition d'habitudes et les fonctions motrices.

Comme la structure du cerveau change rapidement pendant l'adolescence avant de se stabiliser à l'âge adulte, il se pourrait que la consommation de marijuana à cet âge influe grandement sur l'évolution de ces aspects de la personnalité.

Le Dr Didier Jutras-Aswad, professeur au Département de psychiatrie de l'Université de Montréal, et son collègue, Yasmin L. Hurd, ont passé en revue plus de 120 études sur différents aspects de la relation entre le cannabis et le cerveau des adolescents pour en arriver à ces conclusions.

Les résultats de leur étude, financée le National Institute on Drug Abuse des États-Unis, paraît dans la publication Neuropharmacology alors que le débat sur la légalisation de la marijuana refait surface au Canada.

Le chef libéral Justin Trudeau, qui a reconnu la semaine dernière avoir fumé du pot «cinq ou six fois» dans sa vie, fait campagne en faveur de la légalisation de la substance.

Et le Dr Jutras-Aswad espère bien que ses collègues et lui pourront contribuer à la discussion.

«Une des visées de cette étude-là, c'est de montrer que les scientifiques ont quelque chose à dire dans ce débat-là, qui est actuellement très polarisé», lance-t-il en entrevue avec La Presse Canadienne.

«Et si on va de l'avant avec la légalisation ou même la décriminalisation, poursuit-il, peut-être qu'il y a des messages de santé publique, de prévention et d'intervention qu'on va pouvoir mettre de l'avant pour certaines populations plus vulnérables.»

Les adolescents d'aujourd'hui sont d'autant plus vulnérables que les joints roulés en 2013 sont bien loin de ressembler à ceux d'il y a quelques décennies.

Car les concentrations de THC (tétrahydrocannabinol) - principe actif du cannabis - détectés dans les échantillons saisis au Canada ont pratiquement triplé depuis les années 1970, plaide le Dr Jutras-Aswad.

«Avant, la plupart des échantillons avaient des taux de THC de cinq pour cent alors que dans les cinq à dix dernières années, ils dépassent 15 à 20 pour cent», souligne-t-il.

Il demeure néanmoins difficile de confirmer en toute certitude un lien de causalité entre la consommation de cannabis et des troubles psychiatriques ou addictifs ultérieurs.

Par contre, il existe des mécanismes de prévention.

Dans leur étude, les scientifiques avancent notamment l'idée de mettre à contribution des tests génétiques afin d'identifier les jeunes qui sont plus à risque de se laisser tenter par les effluves de marijuana et d'en payer le prix ultérieurement.

«On sait qu'il y a certains facteurs génétiques qui vont prédisposer quelqu'un à ressentir les effets négatifs du cannabis. On a identifié un certain nombre de gènes qui sont en cause», expose le scientifique, qui travaille auprès de jeunes adultes ayant une forte dépendance à la marijuana.

«On peut penser qu'éventuellement, un jour, si c'est fait de façon éthique et acceptable pour la population, que certains de ces tests-là pourraient nous aider à identifier les jeunes qui sont plus à risque», conclut-il.

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