Le Québec, parent pauvre de la médecine familiale

En raison des heures de pratique  obligatoires... (Photo: Martin Tremblay, archives La Presse)

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En raison des heures de pratique obligatoires en établissement et possiblement de la féminisation de la profession, les médecins de famille québécois consacrent en moyenne 34,9 heures par semaine en cabinet, comparativement à plus de  50 heures dans certains pays.

Photo: Martin Tremblay, archives La Presse

Les médecins de famille du Québec ont beau adorer leur profession, une majorité écrasante d'entre eux estime que des changements fondamentaux s'imposent dans le réseau de la santé. Et quand on leur parle de leur cadre de pratique, ils ont une vision plus négative que les omnipraticiens du reste du Canada et de neuf autres pays, révèle une enquête internationale du Commonwealth Fund, dont les résultats pancanadiens ont été publiés aujourd'hui lundi.

Pendant qu'environ un médecin sur quatre, soit 27%, estime que le système de santé fonctionne «assez bien» au Québec, cette proportion grimpe à 48% dans la province voisine de l'Ontario, donc près d'un médecin sur deux. Ailleurs, notamment en Norvège et aux Pays-Bas, le taux de satisfaction dépasse 50%.

En outre, plus de la moitié (57%) des répondants québécois estiment que la qualité des soins s'est détériorée depuis trois ans et un sur trois (36%) croit que les patients ne reçoivent pas assez de soins. Encore là, ce pourcentage est le plus élevé au Canada.

Pour parvenir à ce constat, le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec, Robert Salois, a participé pour la deuxième fois à cette vaste enquête sur les perceptions et les expériences des médecins de famille. Le Commonwealth Fund a interrogé 8500 médecins dans 10 pays, du 19 mars au 9 juillet 2012. Au Canada, 2124 médecins ont participé à l'enquête, dont 387 omnipraticiens du Québec, répartis proportionnellement selon l'âge, le sexe, le genre de pratique, etc.

Le Commissaire à la santé et au bien-être explique qu'il a d'abord été à même de confirmer que la pratique de première ligne compte plus de femmes et de cliniques de cinq médecins et plus ici qu'ailleurs au pays. Les données confirment aussi que, en raison des heures de pratique obligatoires en établissement et possiblement de la féminisation de la profession, nos médecins consacrent en moyenne 34,9 heures par semaine aux consultations en cabinet, comparativement à 49 heures dans les autres provinces et à plus de 50 heures dans certains pays, comme aux États-Unis, en Suisse et en France.

Accès aux spécialistes

Les données du Québec, qui sont dévoilées en même temps que celles des autres provinces et pays, confirment également que ça ne va guère mieux quand il est question de soins spécialisés.

Près de 85% des médecins ont dit que leurs patients attendent trop longtemps avant de pouvoir consulter un spécialiste. Et l'enquête révèle que 61% des médecins québécois ont de la difficulté à obtenir des examens diagnostiques spécialisés pour leurs patients.

Faute de temps ou de ressources, à peine 55% des médecins famille du Québec réservent une période de leur journée aux patients qui ont besoin d'une consultation le jour même. Ailleurs au pays, 76% des médecins disent qu'ils sont en mesure de le faire, comparativement à des taux de plus de 90% aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Informatisation du réseau

Le retard qu'accuse le gouvernement du Québec dans l'informatisation du réseau a un impact chez les médecins, a aussi constaté le Commonwealth Fund. Encore là, le Québec fait piètre figure comparativement aux autres provinces et à plusieurs pays, dont l'Australie, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas et la Norvège. À peine un peu plus d'un médecin sur trois (35%) se sert de dossiers médicaux électroniques. C'est le résultat le plus faible de tous les pays participants. Au Canada, ce pourcentage grimpe à 57%, et il est de plus de 90% dans plusieurs pays (Australie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Norvège).

À cause de cette lacune informatique, les médecins du Québec disent qu'ils ont bien du mal à colliger des données sur leurs patients et à assurer un bon suivi. Par exemple, moins d'un omnipraticien sur quatre (22%) envoie systématiquement des rappels pour un suivi ou des soins préventifs.

Sur une note un peu plus encourageante, le faible taux d'informatisation des dossiers au Québec est tout de même une amélioration par rapport à 2009, alors qu'il n'était que de 20%.

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Pour arriver à ces conclusions, le Commonwealth Fund a interrogé 8500 médecins dans 10 pays: Australie, Canada, France, Allemagne, Pays-Bas, Nouvelle-Zélande, Norvège, Suisse, Royaume-Uni, États-Unis.

Lien vers l'étude du Québec : www.csbe.gouv.qc.ca

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Quelques données intéressantes

Quand on se compare : Les médecins du Québec ne sont pas les seuls à estimer que des changements fondamentaux s'imposent dans le réseau de la santé. Aux États-Unis, où la réforme de la santé proposée par Barack Obama ne cesse de diviser la population, à peine 15% des médecins de première ligne ont dit que le système fonctionne assez bien.

Prise en charge : Les médecins du Québec ont beau abattre moins d'heures en clinique par semaine que dans bien des provinces, ils sont 58% à accepter de nouveaux patients, contre 38% en Ontario. Les primes prévues dans la dernière entente avec le gouvernement du Québec pour les patients vulnérables ne sont certainement pas étrangères au phénomène.

Attente : Au Québec, près d'un médecin sur quatre (23%), comme dans le reste du Canada, indique que ses patients doivent attendre trop longtemps avant d'être traités à la suite d'un diagnostic. La Suisse se démarque largement: 84% des médecins ont dit que les patients attendent rarement, ou jamais.




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