Hélène David dénonce les «bébés bonus» promis par la CAQ

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Jocelyne Richer
La Presse Canadienne
Québec

L'élection d'un gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), avec sa politique nataliste axée sur les «bébés bonus», entraînerait à coup sûr un recul pour les femmes, selon la ministre Hélène David.

Elle met donc en garde les électrices contre la tentation de voter pour le parti dirigé par François Legault, les femmes ayant beaucoup à perdre s'il prend le pouvoir le 1er octobre, aux yeux de la ministre de la Condition féminine, qui a accordé une entrevue de plus d'une heure à La Presse canadienne, dans un café de Québec, pour faire le point sur ses dossiers en prévision de la Journée internationale des femmes, le 8 mars.

Inquiète quant à l'impact général sur la vie des femmes en cas d'élection d'un gouvernement de la CAQ, elle n'hésite pas à appliquer une grille d'analyse féministe pour dénoncer plus particulièrement les «bébés bonus» promis par ce parti aux femmes prêtes à faire plusieurs enfants.

Au 21e siècle, ce n'est pas à l'État à dire aux femmes combien d'enfants elles devraient avoir, «jamais! jamais!», peste Mme David, «et surtout pas dans une planète surpeuplée».

Il s'agit donc là d'un engagement d'une autre époque, rétrograde, calqué sur les politiques natalistes «assez classiques de droite conservatrice», fait valoir avec aplomb cette féministe bon teint depuis des décennies.

La porte-parole de la CAQ en matière de famille et députée de Louis-Hébert, Geneviève Guilbault, a dénoncé cette attaque en accusant les libéraux d'être «totalement déconnectés» de la réalité que vivent les familles du Québec.

«Après 15 ans de hausse de tarifs sous le gouvernement libéral, les parents qui veulent des enfants méritent amplement un coup de pouce financier. Si quelque chose est rétrograde, c'est bien la campagne de peur menée par les libéraux», a déclaré Mme Guilbault, par voie de communiqué.

La sortie virulente de la ministre de la Condition féminine contre la CAQ survient au moment où ce parti occupe la première place dans les sondages, à quelques mois d'une campagne électorale, qui fera sans doute une large place à la famille.

Avant la politique, à l'Université de Montréal, Mme David, qui a une formation de psychologue, a acquis une notoriété certaine pour ses travaux de recherche autour des thèmes de la féminité, la maternité et les familles recomposées, notamment.

Pas question, donc, de voir le ventre des femmes servir d'enjeu électoral. «On n'est plus là!», tranche la ministre David, prompte à pourfendre la politique de la CAQ, qui aurait pour effet de «culpabiliser les femmes» ayant renoncé à la maternité ou ayant choisi de n'avoir qu'un seul enfant. Elle rappelle que la procréation doit demeurer un choix personnel et un choix de couple. Point.

L'élan des femmes

Ce type de politique nataliste peut, selon elle, avoir un effet pernicieux, entraîner un retour en arrière, mettre en péril les acquis. Or, «il faut absolument faire en sorte de ne pas freiner l'élan des femmes. Ça, c'est clair et, d'après moi, la question du "bébé bonus" peut freiner l'élan des femmes», est persuadée la ministre, en charge de la Condition féminine depuis octobre dernier.

À Sherbrooke, lors de son dernier conseil général, en novembre, la CAQ s'est dotée d'une politique ouvertement nataliste. Pour stimuler l'économie, diminuer le nombre d'immigrants et préserver le poids du Québec au sein de la fédération canadienne, la CAQ compte sur les femmes pour repeupler le Québec. Une fois installée au pouvoir, elle offrirait donc un montant d'argent ou un crédit d'impôt aux mères de famille nombreuse.

«Personne n'a le goût de revenir en arrière. Ça n'a pas de bon sens!», ajoute celle qui rappelle qu'en matière de condition féminine les acquis sont fragiles, certains gouvernements plus conservateurs pouvant être tentés de ramener les femmes à la maison.

Pour mieux soutenir les parents, fait-elle valoir, les gouvernements doivent plutôt créer un environnement favorable à la famille, notamment en offrant un bon réseau de services de garde à prix abordable, un plus grand nombre de jours de congés et de nouvelles normes du travail.

«Ce qu'il faut faire pour aider les femmes qui ont des enfants, c'est pas de leur dire: restez à la maison, on va vous donner plus d'argent!», dit la ministre, mère de deux enfants, revendiquant pour les femmes le droit de «tout faire».

Elle insiste pour dire qu'il faut leur envoyer un message clair: «Tu as le droit à la fois d'avoir des enfants, et tu peux aussi t'épanouir sur le marché du travail», sans pour autant endosser les habits de «l'imposteur».

Dans le passé, au Québec et ailleurs, des recherches ont conclu que les politiques natalistes donnent peu de résultats durables en termes d'augmentation du taux de fécondité. Le gouvernement Bourassa avait pris cette avenue en 1988, sans grand succès.

En 2016, le taux de fécondité au Québec était de 1,6 enfant par femme, en hausse par rapport à 2004 (1,5) et 1985 (sous la barre de 1,4), un creux historique.




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