10+1 questions avec François Rebello

François Rebello... (Photo: Robert Skinner, La Presse)

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François Rebello

Photo: Robert Skinner, La Presse

Chaque semaine, Nathalie Collard rencontre une personnalité qui s'est retrouvée au premier plan médiatique et lui pose 10 questions en lien avec la couverture dont elle a été l'objet. La 11e question provient des lecteurs. Cette semaine, notre journaliste s'entretient avec François Rebello, député de La Prairie, qui a quitté le Parti québécois pour se joindre à la CAQ.

Q1 Dure semaine? On vous a pratiquement traité de Judas. Vous attendiez-vous à des réactions aussi agressives?

Oui. Je sais que des décisions comme celle-là provoquent un inconfort, mais j'ai quand même eu beaucoup d'échos positifs. Les gens souhaitent que les priorités soient replacées au bon endroit, car les échanges politiques actuels sont éloignés de leurs préoccupations. Mon geste est en lien avec ça.

Q2 Certains de vos amis et de vos collègues se sont sentis trahis par votre geste.

Les raisons de ma décision sont claires: on ne peut pas faire de référendum à court terme. La vraie question est donc: qui peut être le meilleur premier ministre avec le meilleur gouvernement? Je pense que c'est François Legault. Je n'ai jamais été idéologue. J'ai toujours pensé que la souveraineté est un moyen, pas une fin en soi. Mais il y en a pour qui c'est une religion - des curés de la souveraineté. Ils se complaisent là-dedans. Si j'avais pensé qu'on peut faire la souveraineté à brève échéance, j'aurais gardé un programme souverainiste.

Q3 Plusieurs se sont demandé pourquoi vous n'avez pas simplement dit «Legault est mon homme, je me joins à lui» plutôt que de parler d'environnement et de souveraineté pour justifier votre geste.

Ce n'est pas seulement parce que c'est mon homme, mais parce que je sais qu'il est capable de propulser des entreprises sur le plan international, ce qui, à mon avis, est une priorité pour que le Québec retrouve confiance. C'est une nuance assez importante. Il n'aurait pas été mon homme s'il n'avait pas eu ces qualités.

Q4 Comptez-vous mettre votre ferveur souverainiste en veilleuse pour un certain temps?

La ferveur, on ne met pas ça en veilleuse. Je l'ai dit à François et aux fédéralistes autour de lui: moi, j'ai la flamme et elle brûle encore. Mais il y a du chemin à faire pour augmenter notre confiance en nous. C'est pour cette raison que je préfère consacrer mes énergies à l'économie et à l'amélioration de la gestion de nos institutions. Je n'ai pas l'impression que le fait de me concentrer pour renforcer le Québec c'est mettre de côté la souveraineté.

Q5 Vous êtes un ancien leader étudiant. Quelles seront vos positions, désormais, sur la hausse des droits de scolarité?

C'est un des premiers sujets que j'ai abordés avec François Legault. Il m'a dit: «On va regarder ça.» La position de la CAQ n'est pas déterminée. François a déjà dit qu'il souhaitait une hausse des droits de scolarité et une bonification des prêts et bourses. Une fois qu'on a dit ça, il y a pas mal de modalités. Pour ma part, la lutte contre l'endettement est une priorité. On va discuter. Je pense que, une fois au gouvernement, on aura une position très responsable.

Q6 Avant Noël, vous avez déclaré être un homme de conviction. Quelques semaines plus tard, vous avez changé de parti. Comprenez-vous que les gens se sentent désillusionnés devant une telle situation?

Oui, je comprends, mais je veux que les gens comprennent deux choses. J'ai dit que j'étais un homme de conviction, et cette conviction, c'est la souveraineté du Québec, pas le Parti québécois. Je demeure donc un homme de conviction. Deuxièmement, dans des échanges avec des journalistes, j'ai déclaré que je voulais rester au Parti québécois. La vérité, c'est que, jusqu'à Noël, je n'avais pas décidé ce que j'allais faire, j'étais en réflexion. Si je l'avais dit, cela aurait causé une crise politique. Je ne pouvais pas en parler, même à mes amis. Les seuls qui étaient au courant étaient ma blonde, mon garçon et ma mère.

Q7 Comment entrevoyez-vous l'avenir aux côtés de députés de l'ADQ qui étaient vos adversaires politiques il y a quelques semaines à peine?

François Legault a fait un beau travail dans le cadre de l'entente avec l'ADQ; il a mis les bases qui vont nous permettre de travailler ensemble. Tous les sujets délicats ont été tranchés. Ce n'est pas tout ce que j'aurais souhaité, mais je suis capable de travailler là-dedans. Sur la question des cliniques privées, par exemple, je crois qu'il faut être réaliste, il y en a déjà. Il faut se demander comment les encadrer pour qu'il n'y ait pas d'injustice. Pour le reste, François Legault n'a pas fait de compromis sur les questions fondamentales. Je pense que les adéquistes, d'une façon générale, c'est le gros bon sens. Je m'entendais bien avec Mario Dumont, et Gérard Deltell est un adepte de Mario Dumont, alors je n'ai pas un grand malaise.

Q8 Que dites-vous aux électeurs de votre circonscription qui avaient voté pour un candidat péquiste? Comment peuvent-ils encore vous faire confiance?

Je comprends le malaise, mais si j'avais attendu trop longtemps, les gens auraient été davantage déstabilisés et le PQ se serait retrouvé sans candidat. Je trouvais plus «classe» de le faire maintenant.

Q9 Seriez-vous prêt à mettre votre siège en jeu dans une élection partielle?

En ce moment, ce serait absurde, car les élections s'en viennent et je gaspillerais l'argent des contribuables. Si j'avais pris ma décision en début de mandat, c'est une avenue que j'aurais sérieusement considérée.

Q10 Doit-on s'attendre à d'autres défections au Parti québécois?

Aucune idée. Je pense qu'il y en a d'autres comme moi qui sont tiraillés, qui admirent François Legault et qui sont placés devant un dilemme. Est-ce qu'ils vont faire le même choix que moi? Je ne sais pas.

Q10+1 de Richard Hétu (@richardhetu sur Twitter) Que pensez-vous de Mitt Romney, à qui vous avez serré la main dimanche dernier à l'issue d'un débat à Concord, au New Hampshire?

(Rires) J'ai un ami sénateur qui m'a invité et j'ai pu voir ça de près. Comme la salle n'était pas très grande, je suis allé voir Romney et je lui ai serré la main. Je lui ai dit: «Vous avez des amis au Québec...» Parmi tous les candidats républicains, j'ai trouvé que Romney avait des qualités évidentes. Il est pragmatique, il a un parcours d'affaires, et il a été le seul, durant le débat, à parler d'éducation, de santé, etc. C'est un peu le Legault des républicains.

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