Les cyberattaques, menace silencieuse

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L'expert en sécurité Richard Fadden souligne qu'il est possible de se défendre contre des cyberattaques. Mais cela coûte cher et il faut constamment réévaluer la sécurité des réseaux informatiques.

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(Ottawa) Richard Fadden est catégorique: les cyberattaques représentent aujourd'hui une menace tout aussi inquiétante pour le Canada que peut l'être le terrorisme. Or, cette menace est souvent passée sous silence, même si les conséquences néfastes potentielles sont considérables.

Si le secteur financier comme les banques ou le secteur nucléaire ont redoublé d'ardeur pour assurer la sécurité de leurs réseaux informatiques, des sociétés comme Hydro-Québec ou Hydro One, en Ontario, qui font pourtant partie des infrastructures essentielles du pays, ont encore du travail à faire pour se protéger adéquatement des pirates informatiques, a affirmé M. Fadden dans une entrevue accordée à La Presse à l'occasion de sa récente retraite.

M. Fadden a dirigé le SCRS de juin 2009 à mai 2013 et a agi comme conseiller à la sécurité nationale auprès des premiers ministres Jean Chrétien, Stephen Harper et Justin Trudeau, avant de prendre sa retraite le 31 mars, après une carrière de 39 ans dans la fonction publique. Il souligne que les coûts des cyberattaques sont imposants: 12 milliards de dollars annuellement au Canada en vol de propriété intellectuelle et plus de 100 milliards aux États-Unis.

«Ça commence à être pas mal de sous. Ce qui m'inquiète dans ce domaine, c'est que les gens n'en parlent pas. On en parle, mais pas beaucoup, car c'est moins spectaculaire», affirme M. Fadden, qui est natif de Knowlton, en Estrie.

Craintes pour les infrastructures

L'expert en sécurité souligne qu'il est possible de se défendre contre des cyberattaques. Mais cela coûte cher et il faut constamment réévaluer la sécurité des réseaux informatiques. «C'est très dispendieux. Et cela devient de plus en plus sophistiqué. Au Canada, le secteur financier est en bon état. Les banques ont pris leurs précautions. Je dirais que le secteur nucléaire se porte bien aussi. Le secteur des télécommunications, peut-être un peu moins. Les infrastructures essentielles, par contre, ça varie pas mal. Est-ce qu'Hydro-Québec ou Ontario Hydro ont tout fait pour se protéger? Je dirais que probablement non, en dépit du fait qu'elles ont fait beaucoup de progrès. Mais c'est la même chose aux États-Unis.»

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Richard Fadden a dirigé le SCRS de 2009 à 2013.

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Qui est à l'origine de ces attaques? Des pays comme la Chine et la Russie y ont souvent recours. Mais ils ne sont pas les seuls pays, selon M. Fadden, qui refuse d'épiloguer sur la liste.

«Il faut donc redresser la barre. Cela dit, il faut quand même examiner d'où vient le risque. Il est fort peu probable qu'un pays donné va mener des cyberattaques et fermer le système d'électricité au Québec pour la région de l'Estrie, par exemple. Mais la capacité existe. Alors, c'est toujours un jugement sur le niveau du risque, d'où vient le risque et combien les gens veulent dépenser pour se protéger», dit-il.

En juin 2014, la société antivirus McAfee a soutenu que le groupe de pirates Dragonfly avait mené des cyberattaques contre les sociétés de distribution d'électricité en Amérique du Nord et en Europe. Mais Hydro-Québec n'avait pas été la cible de ces attaques. L'entreprise McAfee a précisé que l'arrivée de compteurs intelligents pouvait donner lieu à un nombre accru d'attaques. Aux États-Unis, d'ailleurs, 59 % des cyberattaques visaient l'industrie de l'énergie en 2013, selon des données du département américain de la Sécurité nationale.

« Ce n'est pas un défi juste pour le Canada. Les États-Unis ont aussi un défi à cet égard, de même que l'Europe. C'est un défi mondial. Et je dirais qu'on ne s'est pas vraiment ajusté aux risques que représentent les cyberattaques, alors que le terrorisme, ça fait quand même un petit bout de temps que l'on compose avec cela », a affirmé M. Fadden.

***

RICHARD FADDEN EN SIX DATES

Né en 1951 à Knowlton, en Estrie. Fait des études en droit à l'Université d'Ottawa et à l'Université de Montréal et des études en science politique à McGill.

2000-2002 : Greffier adjoint du Conseil privé et coordonnateur de la sécurité nationale de février 2001 à 2002.

2002-2005 : Président de l'Agence canadienne d'inspection des aliments.

2009 à 2013 : Directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

2013 à 2014 : Sous-ministre de la Défense nationale.

Octobre 2014 à mars 2016 : Conseiller à la sécurité nationale auprès des premiers ministres Stephen Harper et Justin Trudeau.

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