L'affaire Sklavounos ravive de douloureux souvenirs chez une députée fédérale

Le député Massimo Pacetti, qui siégeait alors comme... (PHOTO FRED CHARTRAND, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Le député Massimo Pacetti, qui siégeait alors comme indépendant, intervient durant la période des questions à la Chambre des communes.

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Sophie Allard
La Presse

Alors qu'elle siégeait au Parlement d'Ottawa en 2014, une députée du NPD* aurait été agressée sexuellement par un élu libéral. Deux ans plus tard, l'affaire Sklavounos ravive chez elle de douloureux souvenirs. Trop souvent, déplore-t-elle, le milieu ferme les yeux sur les inconduites de certains politiciens.

« Je pense que, en politique, on ne se pose pas trop de questions, jusqu'à ce que ce soit trop gros et qu'on soit obligé d'agir. On ferme les yeux un peu volontairement », a-t-elle indiqué hier, en entrevue téléphonique. « Comme on le constate aujourd'hui, de possibles agresseurs ont des comportements problématiques depuis des années. C'est su, c'est connu. Je trouve dommage cette tolérance. »

Au printemps 2014, la députée du NPD aurait été violée dans une chambre d'hôtel par Massimo Pacetti, alors député libéral de la circonscription de Saint-Léonard-Saint-Michel. Inscrits dans une même ligue sportive regroupant des députés, ils sont allés prendre un verre dans un bar avec leurs coéquipiers. Elle a ensuite accepté d'accompagner Pacetti à sa chambre d'hôtel, un pied-à-terre à Ottawa. « Il était un coéquipier, un ami. J'ai accepté comme l'aurait fait un homme, sans autre intention que de discuter. »

Dans la chambre d'hôtel, la dynamique a rapidement changé. « J'étais assise sur une chaise dans le fond de la pièce. Lui, sur le lit. Il m'a invitée à m'asseoir à ses côtés, en tapant sur la couverture. J'ai refusé. » Elle s'est enfermée dans la salle de bains, le temps de réfléchir à la meilleure façon de se sortir de cette fâcheuse situation. « J'ai dit que je retournais chez moi. Quand j'ai voulu récupérer mes effets personnels, il m'a agrippée et m'a embrassée. J'ai figé. »

Elle raconte la suite, encore troublée. « Je ne savais pas quoi faire, je venais de bloquer un rapprochement, mais il continuait. J'ai tenté d'être froide, peu réceptive, pour qu'il cesse. » 

« À plusieurs moments, je lui ai fait comprendre que je voulais que ça arrête. Mais je voulais trouver le moyen de m'en sortir sans faire d'éclats. »

Il n'y a pas eu d'éclats, elle a fait comme si rien ne s'était passé. Pendant trois jours, elle a souffert en silence dès qu'elle s'asseyait, rappels d'un rapport sexuel douloureux. Elle a quitté la ligue sportive, elle a évité son agresseur comme elle a pu. Elle n'a pas voulu alerter la police, préférant plutôt aviser le chef libéral Justin Trudeau de ce qu'elle avait vécu. Une collègue était harcelée par le député libéral Scott Andrews. Il fallait que ça cesse.

Au terme d'une enquête indépendante qu'il avait commandée, le chef libéral a exclu les deux hommes du caucus libéral. Ceux-ci ont toujours nié avoir commis une faute. Ils ont siégé comme indépendants jusqu'à la fin de leur mandat. Aucune accusation criminelle n'a été portée contre eux. « Je ne voulais pas porter plainte, j'anticipais quels seraient les résultats d'un procès. On travaillait au même endroit, on se côtoyait au quotidien. Je préférais essayer de guérir et passer à autre chose. »

« Ç'A ÉTÉ TRÈS PÉNIBLE »

À l'époque, la députée n'avait d'ailleurs aucunement l'intention d'ébruiter l'affaire dans les médias. Une fuite a changé les plans. « Ç'a a été très pénible, j'ai vu des commentaires plus que méchants envers moi. La victime subit déjà une perte de contrôle lors de l'agression, mais elle perd ensuite le contrôle de sa vie. Tout le pays se mêlait de mon intimité. On veut connaître les détails scabreux, mais jamais on ne s'intéresse aux intentions des agresseurs. Ont-ils le souhait de changer ? »

« On ne devrait pas attendre que soient déposées des accusations criminelles pour intervenir. Si les comportements sont douteux, on devrait se poser des questions bien avant, plaide-t-elle. Un élu ne devrait pas s'écarter de normes de conduite acceptables. Il représente la population, il est un exemple. » Au-delà de l'exclusion du caucus en cas d'inconduite - « l'élu qui reste en poste comme indépendant continue de sévir » -, elle croit que « des formations et des thérapies comportementales seraient plus efficaces ».

Elle appuie néanmoins les démarches d'Alice Paquet, qui aurait été agressée par le député Sklavounos et qui souhaite porter sa cause devant les tribunaux. « Elle entreprend un long processus qui ne sera pas évident. Elle doit être forte et penser à elle avant tout, conseille-t-elle. Malgré tout ce qu'on racontera, elle ne doit jamais oublier que c'est elle qui connaît la vérité. C'est elle qui était dans cette chambre d'hôtel. »

* Elle a demandé l'anonymat.

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