Inondations: la «petite maison blanche du Saguenay», version Rigaud

La maison bleue de Daniel Levac et de... (PHOTO YVES TREMBLAY, COLLABORATION SPÉCIALE)

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La maison bleue de Daniel Levac et de Johanne Bélanger est située rue Céline Nord, à Rigaud, dans un secteur inondé à la suite de la récente montée des eaux de la rivière des Outaouais.

PHOTO YVES TREMBLAY, COLLABORATION SPÉCIALE

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(Rigaud) Sur la photo prise du haut des airs lundi dernier, la maison bleue de Daniel Levac et de Johanne Bélanger rappelle la « petite maison blanche du déluge du Saguenay ».

Telle une survivante aux assauts de la nature, la maison bleue trône debout, isolée par l'eau qui l'entoure de toutes parts.

Bien qu'elle semble émerger de nulle part, la maison protégée par une impressionnante digue de sacs de sable est en fait située rue Céline Nord, à Rigaud, dans un secteur inondé à la suite de la récente montée des eaux de la rivière des Outaouais.

Les propriétaires de la « rescapée » ont raconté leur histoire à La Presse, hier, pour rendre hommage aux nombreux bénévoles et à leur famille sans qui la résidence n'aurait jamais pu être sauvée.

« On n'a pas eu une goutte d'eau dans la maison », raconte fièrement Johanne Bélanger, debout sur sa terrasse alors que le soleil se pointe enfin le bout du nez.

Son conjoint Daniel Levac ne se souvient pas de la dernière fois qu'il a dormi plus de trois heures d'affilée. « Jeudi ou vendredi derniers, peut-être », dit l'homme de 56 ans, souriant, mais épuisé par les derniers jours passés à se battre contre la puissance de Dame Nature.

Depuis samedi, M. Levac veille jour et nuit sur sa « digue », comme il l'appelle. Preuve de son manque de sommeil : « Aujourd'hui, nous sommes mardi ou mercredi ? », demande-t-il aux représentants de La Presse venus l'interviewer.

À Rigaud, l'état d'urgence est décrété depuis le 20 avril. En date d'hier, 230 familles avaient été évacuées et les évacuations n'étaient pas terminées.

PRÊTS AU PIRE GRÂCE À LEURS PROCHES

Le couple Bélanger-Levac a été prévoyant. Le 2 mai, il a installé ses premiers sacs de sable pour sécuriser les fenêtres du sous-sol. Il ne se doutait toutefois pas que le niveau des eaux de la rivière des Outaouais allait monter aussi haut et aussi vite quelques jours plus tard.

« On est assez loin de la rivière des Outaouais, dit Mme Bélanger. On vit ici depuis 1990 et on a eu de l'eau une seule fois jusqu'à l'entrée de notre cour. C'était durant le verglas. »

Vendredi dernier, donc, lorsque leur fille Stéphanie téléphone à la maison pour savoir si ses parents sont prêts au pire en raison des précipitations annoncées pour le week-end, Daniel Levac lui répond de ne pas s'en faire puisqu'il a installé « quelques sacs de sable ».

Tout de même inquiète, Stéphanie décide alors de lancer un appel à la solidarité sur Facebook, invitant ses amis à venir « sauver » la maison de ses parents.

Le lendemain matin - samedi -, ils sont une douzaine de bons Samaritains, dont des cousins, à venir installer des dizaines et des dizaines de sacs de sable supplémentaires tout autour de la maison, érigeant une véritable forteresse.

« On n'aurait jamais eu l'énergie de faire ça tout seul. Une chance que ma fille m'a poussé dans le cul », lance M. Levac, reconnaissant.

Mme Bélanger, qui souffre d'arthrite, opine de la tête : « Moi, je me suis occupée des petits-enfants [sa fille Stéphanie a cinq garçons âgés de 5 mois à 12 ans] pendant que tout ce beau monde travaillait comme des fourmis. »

SOLIDARITÉ

Dans la rue voisine, d'autres bénévoles venus notamment de Valleyfield et de Coteau-du-Lac remplissent au même moment des sacs de sable sous une tente installée par la municipalité.

« Ces gens-là, dont on ne connaît même pas le nom, nous ont livré des sacs toute la journée. Ils nous ont sauvés », raconte Mme Bélanger, impressionnée par tant de solidarité.

D'heure en heure samedi, alors que les bénévoles empilent les sacs de sable autour du bungalow, l'eau monte. « Samedi matin, on avait de l'eau aux semelles. En fin de journée, on en avait aux genoux, indique M. Levac. Dimanche, oh boy, c'était pire encore ! »

Dimanche soir, Mme Bélanger quitte la maison, laissant son mari derrière pour surveiller les lieux. Elle craint, si elle reste, de ne pas réussir à sortir de chez elle le lundi matin pour se rendre au boulot.

La quinquagénaire travaille comme préposée aux chambres au Collège de l'Agence des services frontaliers du Canada - établissement de formation des futurs agents de douane -, transformé en refuge pour sinistrés depuis que l'état d'urgence a été décrété.

« Je devais absolument aller travailler, mais en même temps, j'étais tellement inquiète de laisser Daniel seul à la maison », raconte-t-elle. Son conjoint la regarde alors tendrement : « Elle m'a appelé aux heures toute la journée et toute la nuit. »

VOISINS ÉVACUÉS

Lundi, les autorités locales forcent les résidants de la rue Céline Nord à évacuer leurs demeures. M. Levac, lui, résiste. « Moi, je leur ai dit : je ne sors pas d'ici. Va falloir me passer les menottes, dit-il. Si je sortais, je savais que c'était fini, que l'eau allait réussir à rentrer. »

Les autorités inspectent alors sa maison et décrètent qu'il peut rester puisque sa digue est solide.

Les autres voisins du couple ont moins de chance. Ils sont tous forcés de partir. L'un d'eux, Stéphane Caron, crie haut et fort sa haine du maire Hans Gruenwald Jr. depuis.

Hier, M. Caron était garé sur la portion asséchée de la rue Céline Nord lorsque La Presse l'a croisé. Assis dans son camion, la vitre baissée, il « écoutait » le bruit de ses puissantes pompes qui fonctionnaient à plein régime pour vider l'eau de son sous-sol.

Les autorités lui interdisent de regagner sa maison pour des raisons de sécurité.

« J'étais au chaud et au sec, chez moi. Je ne coûtais rien. Là, je dors à l'hôtel aux frais de l'État, puis je suis peut-être en train de perdre ma maison », dit-il à ses voisins Johanne Bélanger et Daniel Levac, venus à sa rencontre pour prendre de ses nouvelles.

Puis, le colosse - les yeux rivés sur sa maison - ajoute : « Mon moral est au plancher. J'ai juste le goût de pleurer. »

« J'ai tellement de peine pour toi, Stéphane, lui répond Mme Bélanger. Il faut que tu consultes. Tu ne peux pas rester pris avec toute cette colère. »

Le couple Bélanger-Levac est conscient de sa chance.

Cet été, quand le pire sera sans aucun doute derrière les résidants de la rue Céline Nord, Mme Bélanger et M. Levac promettent d'organiser un gros barbecue pour remercier tous ceux qui les ont aidés à sauver leur maison.

« On a aussi promis aux voisins qu'on allait les aider à rénover leurs maisons endommagées », ajoute Mme Bélanger, à la fois gênée d'avoir reçu autant d'aide et motivée à donner au suivant.




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