Menacée d'expulsion en Mauritanie avec son fils né au Canada

Lalla Mohammed Ahmed et son garçon de bientôt... (photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Lalla Mohammed Ahmed et son garçon de bientôt 3 ans pourraient être renvoyés dès demain en Mauritanie.

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L'histoire de Lalla Mohammed Ahmed et de son mari Alpha Cheikh Ould Choumad, c'est un peu l'histoire de Roméo et Juliette, à la sauce mauritanienne. Dont un acte potentiellement tragique est en train de se jouer... à Montréal.

Lalla appartient à la tribu Oulad Bessba, au sommet de la hiérarchie des castes qui régit les relations sociales en Mauritanie. C'est la tribu des dirigeants actuels du pays.

Alpha, lui, est un descendant d'esclaves issu d'une tribu logée tout au bas de l'échelle.

Ils se sont aimés même si le code social du pays ne le permet pas. Ils se sont mariés en secret, soulevant les foudres de la famille de Lalla. Estimant avoir subi un déshonneur, celle-ci a séquestré et maltraité la jeune femme.

Lalla et Alpha ont fini par fuir la Mauritanie. Il a atterri aux États-Unis. Elle a débarqué à Montréal, où vivent ses trois soeurs. Militant reconnu pour les droits des esclaves mauritaniens, Alpha a réussi à obtenir son statut de réfugié aux États-Unis. Et il a déjà déposé sa demande de parrainage pour sa femme et son fils, le petit Choumad Cheikh, né au Canada en mai 2014.

Sauf que ces plans risquent de voler en éclats dès demain, alors que Lalla et son gamin pourraient être renvoyés en Mauritanie. Et ce, même si le petit Choumad Cheikh détient bel et bien la citoyenneté canadienne.

Selon les avocats de Lalla Mohammed Ahmed, qui ont demandé hier à la Cour fédérale de surseoir à ce renvoi, le cas échéant, la jeune mère et son garçon risquent de se retrouver au ban de la société mauritanienne.

La Mauritanie ne reconnaît pas la double citoyenneté. Le petit Choumad Cheikh y serait donc considéré comme un étranger, sans accès à l'éducation ou aux services de santé.

Quant à sa mère, reniée par sa famille, elle se retrouverait ultra-vulnérable, sans ressources et sans protection face à d'éventuelles représailles familiales.

« Nous sommes convaincus qu'en retournant en Mauritanie, Lalla risque sa vie », dit Me Myriam Roy L'Écuyer, qui représente la jeune femme

ULTIME RECOURS

Il s'agit d'un ultime recours pour la Mauritanienne dans la jeune trentaine dont la demande d'asile au Canada a été rejetée en 2014. Tout comme sa demande de résidence permanente pour motifs humanitaires, et la demande de révision qui a suivi.

L'Agence des services frontaliers a finalement fixé sa date de renvoi au 30 mars 2017. Soit demain.

Pourtant, deux représentants de la communauté mauritanienne au Canada confirment que Lalla et son fils feraient face à un avenir sombre dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

« Si un proche de cette jeune mère considérait que cette dernière a atteint l'honneur familial, il se donnerait le droit sans réserve de la corriger pour rétablir l'honneur familial bafoué. Ladite correction pourrait aller jusqu'à lui enlever la vie.  » - Extrait d'une lettre d'Ahmed Khouad, président de la Communauté mauritanienne au Canada, produite hier par les avocats de Lalla Mohammed Ahmed

Ni l'enfant, considéré comme un bâtard, ni sa mère, considérée comme une prostituée, ne seraient les bienvenus en Mauritanie, explique la lettre.

Pour le président de la Fondation mauritanienne pour la démocratie, Moustapha Ould Ibn Mogdad, la jeune femme serait certainement « persécutée par les autorités pour la honte qu'elle a apportée à sa famille et à la tribu au pouvoir en Mauritanie ».

AVENIR DE L'ENFANT

Mais pour la partie gouvernementale, les choses ne sont pas aussi dramatiques. La Commission de l'immigration et du statut de réfugié a jugé que la demande d'asile de Lalla Mohammed Ahmed n'était pas crédible. Une analyse qui s'est répercutée à toutes les étapes ultérieures de son dossier. Nouvelles preuves au dossier, les avis des deux représentants de la communauté mauritanienne ne font pas le poids face à cette tendance lourde, a fait valoir l'avocate Caroline Doyon.

Myriam Roy L'Écuyer et son collègue Stewart Istvanffy estiment que leur cliente est victime d'une série de décisions fondées sur des erreurs et n'accordant « aucun poids à l'intérêt de l'enfant et à la discrimination contre un enfant canadien qui risque d'être déporté en Afrique ». Ils souhaitent présenter une nouvelle demande de révision basée sur des motifs humanitaires - et réclament que le renvoi soit suspendu d'ici là.

Lalla Mohammed Ahmed a suivi avec émotion l'audience d'hier, entourée d'un groupe de proches. Établie à Montréal depuis quatre ans, la jeune femme s'exprime bien en français et gagne sa vie comme serveuse dans un casse-croûte du centre-ville.

À deux jours de son éventuel départ forcé, elle se disait trop ébranlée pour discuter de sa situation. Mais une des amies qui l'accompagnaient hier ne se faisait pas prier pour dire ce qu'elle pensait. Pour Fatima Milt Sabar, il ne fait pas de doute qu'un renvoi serait catastrophique pour Lalla et son gamin.

« Si elle retourne là-bas, elle ramènera un bâtard, quelque chose de mauvais. C'est sûr qu'un oncle ou un cousin va la tuer. Je suis choquée qu'on veuille la déporter. Elle demande juste à vivre en paix avec son enfant. »




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