Salaire minimum à 15 $: au tour des employeurs de fourbir leurs armes

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Lia Lévesque
La Presse Canadienne

Voyant la campagne en faveur du salaire minimum à 15 $ prendre de l'ampleur au Québec, des représentants d'employeurs fourbissent leurs armes, de crainte que le gouvernement soit tenté de céder aux pressions.

La Presse canadienne a appris que la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante a lancé une pétition sur la question et une campagne de lettres adressées à la ministre du Travail, Dominique Vien.

Au cours d'une entrevue mardi, sa vice-présidente principale, Martine Hébert, a insisté sur le fait que même étalée sur plusieurs années, une majoration du salaire minimum de 10,75 $ à 15 $ l'heure reste «une hausse de 40 %». Et une telle augmentation, même sur quelques années, «ne sera pas sans conséquence» sur les emplois ou le nombre d'heures de travail, a-t-elle prévenu.

«Ce que je trouve dommage, c'est que pour essayer d'aider des travailleurs à faible revenu - ce avec quoi on est d'accord - on va nuire aux plus petites entreprises qui, on sait, sont très majoritaires» dans l'économie du Québec, a plaidé Mme Hébert.

«Les propriétaires de PME sont en accord avec le fait de dire: on préférerait que le gouvernement explore d'autres solutions pour mieux soutenir les travailleurs à faible revenu que d'augmenter le salaire minimum. Et ce qu'ils préconisent, ce sont des mesures fiscales: abaisser le taux d'imposition, augmenter les crédits d'impôt, augmenter l'exemption personnelle de base ou accroître la formation des travailleurs à faible revenu», a rapporté Mme Hébert.

De son côté, le Conseil du patronat a mandaté une firme pour faire une «recherche exhaustive» sur la question, a indiqué au cours d'une entrevue Yves-Thomas Dorval, son président-directeur général.

Il affirme que jusqu'ici, le gouvernement Couillard lui avait semblé imperméable aux pressions allant dans le sens d'une telle augmentation du salaire minimum. Mais il ne tient rien pour acquis.

«C'est toujours un risque. Jusqu'ici, j'ai senti que la direction du gouvernement, avec les commentaires du premier ministre (Philippe) Couillard, n'était pas d'obtempérer dans ce sens-là. Mais, vous savez, la politique est ainsi faite que lorsqu'on crée énormément de pression, ça oblige les gouvernements à tenir compte, quand même, des pressions qui ont cours. Alors oui, il y a un risque et ça nous inquiète», a admis M. Dorval.

Le Conseil du patronat a donc mandaté une firme qui fait présentement une recherche sur la question. «Plutôt que d'en faire un débat idéologique (...) on va chercher le plus possible de données probantes, afin de mesurer les impacts réels pour les différents secteurs concernés», a expliqué le PDG du Conseil du patronat.

Et le CPQ, qui représente directement et indirectement 70 000 membres, a aussi entrepris une consultation auprès des employeurs du Québec.

«Ce n'est pas vrai qu'un employeur ne procédera pas à des décisions si le coût de sa main-d'oeuvre augmente. Il va avoir plusieurs choix: celui de dire «je ne suis plus rentable et je ferme mes portes», celui de dire «je ne suis plus rentable ici; je vais m'établir ailleurs», ou «si mon coût de main-d'oeuvre augmente, peut-être que l'investissement en technologie, en automatisation ou en robotisation va devenir plus rentable pour moi et je vais investir en technologie plutôt que dans des emplois» ou «je vais réduire mon volume de travail ou autre»», a suggéré M. Dorval.

Vendredi dernier, les membres de la campagne 5-10-15 ont lancé 10 journées d'action, dans toutes les régions du Québec, dans le but d'accroître la pression pour obtenir ce salaire minimum à 15 $ le plus rapidement possible.

Cette coalition revendique également le droit d'obtenir son horaire de travail au moins cinq jours à l'avance, ainsi que le droit à 10 jours de congé payé par année pour cause de maladie ou pour s'occuper de responsabilités familiales.

Une grande manifestation est également prévue samedi prochain à Montréal.

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