Femmes autochtones: deux enquêtes pourraient coexister, selon une commissaire

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La commissaire Michèle Audette

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
OTTAWA

Une enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées pourrait coexister avec une enquête distincte pour le Québec, estime la commissaire Michèle Audette.

La chose serait «envisageable» si deux enquêtes menées en parallèle poursuivaient des «objectifs différents», ce qui pourrait éviter aux victimes et à leurs proches d'avoir à partager leurs histoires deux fois plutôt qu'une, a-t-elle affirmé en entrevue avec La Presse canadienne, mercredi.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, réclame la tenue d'une enquête propre au Québec, une option qu'a écartée il y a deux semaines la ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée.

Afin de justifier ce refus, la ministre a plaidé que la tenue de deux commissions distinctes contraindrait les femmes et les victimes à témoigner de leurs douloureuses expériences à deux reprises.

«Si les deux enquêtes font le même travail, c'est coûteux, humainement parlant (témoigner deux fois), a convenu Michèle Audette, mercredi. Mais si ce sont des enquêtes avec des objectifs différents et bien précis, ce sont des choses qu'on va devoir discuter.»

Car, ultimement, les familles ont soif d'être entendues, estime l'ancienne présidente de l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC).

«Pour avoir longtemps côtoyé les familles, beaucoup de familles vont nous donner comme message: «Nous voulons raconter notre histoire, nous voulons éduquer par notre histoire (la population sur) un pan tragique qui est arrivé et qui arrive encore au Canada», a relaté Mme Audette.

«(Ainsi) si M. Picard revendique une commission ou une enquête parallèle et que Mme Vallée est sensible, il y a peut-être lieu, justement, de voir comment on pourrait travailler ensemble», a dit la commissaire nommée le 4 août dernier par le gouvernement fédéral.

Candidate libérale défaite aux élections d'octobre 2015, Michèle Audette assure que son allégeance va aux familles et non au gouvernement. Elle prie les gens de la croire là-dessus.

«J'espère que les gens vont comprendre que mon geste, je le fais pour ma nièce, qui a déjà été enlevée - qui est retournée à la maison, mais qui fait donc partie des survivantes - et pour toutes les familles au Canada», a-t-elle souligné à l'autre bout du fil.

«Mon objectif, c'est d'honorer ce mandat-là, honorer les familles qui ont perdu un être cher, et faire en sorte qu'on se dise ensemble: «Peu importe qui va être au pouvoir demain matin, on ne peut plus faire les choses de la même manière'», a-t-elle poursuivi.

Le gouvernement dépensera au moins 53,8 millions de dollars pour financer cette commission d'enquête publique indépendante, qui était réclamée depuis des années, et dont le rapport final est attendu avant la fin de 2018.

Certains ont grincé des dents lorsque le gouvernement a confirmé, le 4 août, que la commission n'aurait pas le pouvoir de contraindre les forces policières provinciales ou territoriales à rouvrir des enquêtes dont les conclusions sont contestées par les familles.

La successeure de Michèle Audette à la barre de l'AFAC, Dawn Lavell-Harvard, a dit regretter que les commissaires redirigent les familles des victimes «vers les services provinciaux pour les victimes» qui ne les ont «pas bien servies» une première fois.

La commission d'enquête n'a tout simplement pas cette autorité-là, a insisté la commissaire Audette. «On ne peut pas faire la job de la police. Par contre, on peut enquêter sur leur travail», a-t-elle fait valoir.

Et «si les autorités ne réagissent pas», les commissaires le souligneront à gros traits dans leurs recommandations, a-t-elle indiqué.

L'enquête, dont les travaux se mettent officiellement en branle jeudi, tâchera aussi probablement de faire la lumière sur le nombre de femmes et de filles autochtones qui, au fil des années, ont été assassinées ou ont disparu sans laisser de traces.

Dans un rapport publié en 2014, la GRC estimait qu'entre 1980 et 2012, 1017 femmes autochtones avaient été assassinées et que 164 autres étaient disparues. Une mise à jour de 2015 faisait état de 32 meurtres et 11 disparitions additionnels pour 2013 et 2014.

Ce chiffre a depuis été remis en question, notamment par l'AFAC, qui l'a plutôt situé à 4000. La ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, a aussi dit croire que l'ampleur de la tragédie était sous-estimée en février dernier.

Michèle Audette a la même impression.«D'après moi, oui, il y en a plus», a-t-elle offert, disant avoir trouvé «frappant», «à force d'avoir voyagé dans les provinces avec mes anciens mocassins de FAC», de constater que «plein de cas n'ont pas été répertoriés».

Ce sera l'un des nombreux aspects sur lesquels se pencheront les commissaires, qui sillonneront le pays au cours des prochains mois, étant très conscients du «très court échéancier» qu'ils ont pour livrer la marchandise à temps, a assuré Mme Audette.

La commission d'enquête est présidée par Marion Buller, la première femme membre des Premières Nations à être nommée juge en Colombie-Britannique, en 1994. Les autres commissaires sont Qajaq Robinson, Marilyn Poitras et Brian Eyolfson.

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