Séismes: les Québécois inconscients des risques qu'ils courent

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Une étude scientifique publiée en 2008 a désigné la ville de Rivière-du-Loup comme la plus susceptible de tout le Canada d'être frappée par un séisme qui provoquerait des dommages structuraux importants.

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Inconscients, mal préparés... et donc, vulnérables. Même si les trois quarts des Québécois vivent dans des zones à risque moyen ou élevé de tremblements de terre, la grande majorité d'entre eux sous-estiment la menace. Pire : les Québécois ignorent non seulement comment réagir en cas de séisme, mais ils ont en plus des réflexes carrément dangereux. Si vous croyez qu'il faut se réfugier au sous-sol ou fuir votre maison, par exemple, continuez votre lecture...

À RISQUE

Les tremblements de terre, ça arrive en Californie et au Japon, mais pas au Québec ? Détrompez-vous. En vérité, les trois quarts des Québécois, dont les Montréalais, vivent dans des zones considérées comme à risque « moyen ou élevé ». « C'est vrai qu'on ne parle pas de séismes de magnitude 8 au Québec comme on le fait à Vancouver ou en Californie, précise Maurice Lamontagne, séismologue* à Ressources naturelles Canada. Mais ça peut monter à des magnitudes de 6 ou 7. Si ça survenait près d'une grande ville comme Montréal, Québec ou Ottawa-Gatineau, il n'y a aucun doute que ce serait assez pour causer des problèmes et des dommages importants. »

CHARLEVOIX VULNÉRABLE

Une étude scientifique publiée en 2008 a désigné la ville de Rivière-du-Loup comme la plus susceptible de tout le Canada d'être frappée par un séisme qui provoquerait des dommages structuraux importants. Les scientifiques estiment que les probabilités que cela survienne d'ici 50 ans y sont de 24 %, contre 21 % à Victoria, en Colombie-Britannique. La probabilité est de 9 % à Montréal et de 11 % à Vancouver. Au Québec, la région de Charlevoix est considérée comme la plus à risque, suivie de l'ouest du Québec (une zone qui englobe Gatineau et Montréal) et du Bas-Saint-Laurent.

DES MILLIARDS DE PERTES

En 2013, le Bureau d'assurance du Canada a chargé la firme d'experts internationaux AIR Worldwide d'évaluer les conséquences d'un tremblement de terre de 7,1 qui surviendrait à 10 km sous le fleuve Saint-Laurent, entre Baie-Saint-Paul et Montmagny. Leur scénario prévoit notamment des dommages « modérés à considérables » au centre commercial Fleur de Lys, à Québec, et aux bâtiments historiques du Vieux-Québec. Plusieurs ponts seraient aussi endommagés, dont ceux de l'autoroute Dufferin-Montmorency et du boulevard Jean-Lesage, au-dessus de la rivière Saint-Charles. Selon l'analyse, les pertes totales frôleraient les 61 milliards de dollars. L'expert René Tinawi explique que les bâtiments construits selon les versions récentes du code du bâtiment résisteraient généralement bien aux séismes, mais que les plus anciens, particulièrement ceux en briques, sont vulnérables.

INCONSCIENTS

Ces risques, les Québécois n'en sont pas conscients. En 2014 et 2015, un sondage mené par le Bureau d'assurance du Canada a montré que même si 75 % des Québécois habitent des zones à risque, seulement 12 % d'entre eux estiment que leur maison pourrait subir des dommages à cause d'un tremblement de terre. Le séismologue Maurice Lamontagne et le professeur de psychiatrie américain Brian Flynn ont rédigé un article scientifique à la suite de ces résultats, qui sera bientôt publié dans Seismologic Research Letters. Ils y parlent d'une « sonnette d'alarme ». « L'ignorance des Québécois les rend vulnérables », a dit M. Lamontagne à La Presse. « Les gens sont beaucoup plus sensibilisés sur la côte Ouest », commente aussi René Tinawi, expert en dommages sismiques et professeur à la retraite de Polytechnique Montréal. Une initiative de sensibilisation, appelée « La grande secousse », a néanmoins été lancée par le ministère de la Sécurité publique du Québec avec différents partenaires.

MAUVAIS RÉFLEXES

Le Bureau d'assurance du Canada a aussi demandé aux Québécois comment ils réagiraient en cas de séisme. Les résultats sont qualifiés de « troublants » par l'expert Maurice Lamontagne. La réponse la plus populaire des Québécois, soit se réfugier sous un cadre de porte, n'est généralement plus recommandée, car les cadres de porte ne sont pas plus solides que le reste du bâtiment dans les maisons modernes et que les portes peuvent bouger et frapper les occupants. La réponse qui suit en popularité, soit sortir de la maison, est carrément dangereuse, car elle augmente les chances d'être atteint par des débris ou de se blesser en fuyant. Vient ensuite la fuite au sous-sol, une réaction recommandée en cas... de tornade.

SE BAISSER ET S'ABRITER

Seulement 15 % des Québécois ont fourni une réponse qui s'approche de la bonne réaction, qui se décline en trois étapes. Un : baissez-vous vers le sol avant que les secousses ne s'en chargent. Deux : abritez-vous sous une table ou un meuble solide. Trois : agrippez-vous solidement jusqu'à ce que les secousses cessent. « Du point de vue de la préparation à une situation d'urgence, ces résultats sont troublants. Un séisme large ou modéré similaire à ceux qu'a connus le Québec dans le passé représenterait un réveil brutal et tardif pour plusieurs », écrivent les chercheurs Maurice Lamontagne et Brian Flynn dans leur article scientifique.

NON ASSURÉS

L'autre conséquence de la méconnaissance des risques liés aux tremblements de terre est que les Québécois ne sont généralement pas assurés contre eux. Lors du sondage mené par le Bureau d'assurance du Canada, 32 % des Québécois assurés ont dit croire que leur police couvrait les dommages causés par les tremblements de terre, alors que ce n'est généralement pas le cas. Dans les faits, le Bureau d'assurance du Canada observe que seulement 3 % des Québécois ont une protection contre les tremblements de terre. En comparaison, la proportion est de 45 % en Colombie-Britannique et atteint 70 % dans la ville de Victoria.

FAILLES

Le Québec n'est pas situé à la rencontre de deux plaques tectoniques, ce qui lui évite les immenses soubresauts comme ceux qui secouent la Californie ou le Japon. « Il reste qu'il y a des zones actives dues à des failles préexistantes, explique le séismologue Maurice Lamontagne. Lorsque des contraintes géologiques se font sentir, ces failles peuvent être réactivées, ce qui crée les secousses. »

- Avec la collaboration de William Leclerc

* M. Lamontagne préfère le terme « séismologue » à « sismologue », ce dernier étant, selon lui, surtout utilisé en Amérique pour les experts de la sismique du pétrole.

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