Révolution pour les jeunes en détresse

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À partir de l'an prochain, les intervenants de la ligne d'aide chez Jeunesse J'écoute pourront indiquer à certains jeunes où aller pour être évalués dans les 72 heures.

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Au bout du fil, les jeunes sont parfois en proie à la panique, le souffle court. D'autres, tourmentés, sanglotent. Leur défi: tenir le coup jusqu'à ce qu'ils se retrouvent enfin devant un médecin ou un psychologue.

Certains d'entre eux ont du mal à tenir entre leurs rendez-vous. Mais plusieurs autres attendent encore le tout premier. Parfois depuis déjà un mois, voire plus longtemps encore. «Entre-temps, on s'assure qu'ils sont en sécurité. On les aide à trouver ce qu'ils peuvent faire pour passer à travers la crise, pour passer à travers la nuit», rapporte Alain Johnson, directeur des services cliniques chez Jeunesse J'écoute.

À partir de l'an prochain, les intervenants de la ligne d'aide pourront faire un peu plus, en indiquant à certains jeunes où aller pour être évalués dans les 72 heures - soit environ 10 fois plus vite qu'actuellement.

En novembre prochain (ou au plus tard en 2016, un tirage au sort le déterminera bientôt), le CLSC de Dorval-Lachine-LaSalle, celui de Parc-Extension et une série d'autres endroits au Canada changeront leur façon de faire dans le cadre du projet Accès. Un énorme chambardement imaginé il y a trois ans, pour faire des jeunes Canadiens la grande priorité des services en santé mentale.

On y trouvera des cliniciens (psychologues, travailleurs sociaux, etc.), spécialement formés pour évaluer les jeunes en détresse et, au besoin, leur décrocher rapidement un rendez-vous avec un spécialiste. Sans les forcer à passer voir d'abord un généraliste.

«La question des délais est cruciale, sinon, leur état peut se dégrader. On veut donner le maximum de soins dès les premiers épisodes, surtout sévères», explique le Dr Ridha Joober, l'un des piliers de ce vaste projet de 25 millions de dollars, piloté à travers le Canada par l'Institut en santé mentale Douglas.

En parallèle, «les services de première ligne pourraient être réorganisés pour donner beaucoup plus de soutien psychologique, individuel ou de groupe», précise le chercheur, qui est aussi professeur au département de psychiatrie de l'Université McGill.

Plus d'aide en ligne

Autre innovation: offrir plus d'aide en ligne. «Le clavardage est un moyen de communication favorisé par plusieurs jeunes, constate M. Johnson. La demande est constante, mais pour l'instant, on ne peut répondre à tout le monde.»

Entre 2010 et 2013, Jeunesse J'écoute a vu doubler la demande de consultations téléphoniques, tandis que la demande de consultations électroniques augmentait de 29%. L'organisme répond au téléphone jour et nuit, sept jours sur sept, mais offre le clavardage seulement quatre soirs par semaine. Il espère en faire plus dès les prochains mois. «Multiplier les portes d'entrée est une composante importante du programme, et l'accès électronique en fait partie», indique le Dr Joober.

L'enjeu est de taille, puisque presque la moitié des clients de Jeunesse J'écoute affirme se confier pour la toute première fois. Lorsque c'est leur tête qui va mal, près de trois jeunes sur quatre souffrent en silence. Trop souvent, jusqu'à ce qu'ils s'enfoncent, abandonnent l'école, se retrouvent à la rue, commettent des délits ou une tentative de suicide.

Urgences traumatisantes

Dans les hôpitaux, le problème est palpable. D'après l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), les jeunes atteints de troubles mentaux étaient 45% plus susceptibles d'aboutir aux urgences psychiatriques en 2013-2014 qu'en 2006-2007 (dans bien des cas, à répétition). Et 37% plus susceptibles d'être hospitalisés en psychiatrie.

C'est peut-être le signe - encourageant - que les jeunes osent de plus en plus parler de leur problème et demander des soins, espèrent les experts.

Mais cela pourrait aussi trahir des «lacunes en matière de soins qu'il serait possible de combler dans la collectivité», conclut l'ICIS dans un rapport publié en mai. Le problème, c'est que les visites à l'hôpital peuvent traumatiser les jeunes, qui ont ensuite tendance à fuir, souligne le Dr Joober. «Il faut être plus engageant. Aujourd'hui, la mentalité peut être un peu froide, du genre: si tu ne viens pas à ton rendez-vous ou si tu ne prends pas tes médicaments, c'est ton problème. Il faut plutôt les relancer.»

Pour les mêmes raisons, le projet Accès vise tous les jeunes de moins de 25 ans. Aujourd'hui, ils vivent à 18 ans une coupure déroutante, en étant automatiquement éjectés des services pédiatriques sans se sentir encore adultes.

Six provinces

Au total, plus de 20 500 jeunes Québécois de milieux très différents bénéficieront de cette révolution, soit les 15 000 jeunes desservis par les CLSC de Dorval-Lachine-LaSalle et de Parc-Extension, 450 jeunes de la DPJ, 800 protégés de l'organisme Dans la rue, 1000 jeunes autochtones de la Baie-James et 3500 Inuits.

D'autres bureaux Accès seront établis dans cinq provinces anglophones et dans les Territoires du Nord-Ouest. Si l'expérience est concluante, leur nombre pourrait croître dans cinq ans.

***

25% > Proportion des jeunes atteints de problèmes de santé mentale qui réclament de l'aide

22% > Hausse du nombre de séances de consultation offertes par Jeunesse J'écoute aux jeunes ayant des pensées suicidaires (entre 2010 et 2013)

29% > Hausse du nombre de consultations offertes aux jeunes ayant des problèmes de santé mentale et émotive

Source : Rapport d'impact 2013-2014 de Jeunesse J'écoute et mémoire des chefs de département de psychiatrie

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