Contrôle biométrique pour les voyageurs de 122 pays supplémentaires

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Ottawa avait commencé en 2013 à implanter des contrôles biométriques pour les visiteurs de 29 pays qui arrivent au pays, mais en vertu de l'annonce de jeudi, ce nombre passera à 151.

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Mélanie Marquis
La Presse Canadienne
Ottawa

Une bonne partie des voyageurs étrangers qui débarqueront dans un aéroport canadien avec un visa de visiteur devront fournir leurs empreintes et se faire photographier.

Le premier ministre Stephen Harper a annoncé jeudi que le Canada élargirait son recours au contrôle biométrique à quelque 122 pays additionnels pour des raisons de sécurité.

«Notre gouvernement n'acceptera pas que l'on abuse de nos frontières et de notre système d'immigration», a-t-il plaidé en conférence de presse à Toronto.

«Les frontières ne doivent pas devenir des barrières, mais elles doivent servir de filtres, de filtres efficaces», a ajouté M. Harper.

Le gouvernement estime que la biométrie est essentielle pour protéger la sécurité des Canadiens et aider à prévenir l'entrée au pays de personnes non admissibles.

Ottawa avait commencé en 2013 à implanter des contrôles biométriques pour les visiteurs de 29 pays qui arrivent au pays, mais en vertu de l'annonce de jeudi, ce nombre passera à 151.

La mesure ne s'applique pas aux visiteurs des États-Unis, de plusieurs pays de l'Union européenne (France, Allemagne et Grande-Bretagne, entre autres) et du Japon.

Elle sera en vigueur dans les huit plus grands aéroports du pays, dans lesquels transitent quelque 99 pour cent des voyageurs au Canada, dont celui de Pierre-Elliott-Trudeau, à Montréal.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair, ne voit pas du tout d'un bon oeil l'élargissement du recours au contrôle biométrique.

«C'est une excellente manière de fermer l'industrie touristique au Canada et rendre les affaires plus difficiles», a-t-il pesté en point de presse à Saint-Jean, Terre-Neuve-et-Labrador.

Et selon lui, en plus de sentir l'électoralisme à plein nez, la manoeuvre est destinée à semer la peur de l'autre.

«Force nous est de constater que cette demande d'avoir cette information-là a beaucoup plus à voir avec les thèmes choisis par M. Harper pour les élections», a-t-il laissé tomber.

«Il veut que les gens aient peur des gens qui viennent de l'extérieur, mais la preuve n'est pas encore faite que c'est nécessaire du tout», a ajouté M. Mulcair.

La réaction du chef de l'opposition officielle a amené l'attachée de presse du premier ministre Harper à déclarer que M. Mulcair était «le seul à ne pas voir que le Canada n'est pas à l'abri» des menaces que représentent «les criminels, les terroristes djihadistes et les fraudeurs».

De son côté, le porte-parole libéral en matière de citoyenneté et d'immigration, John McCallum, s'est dit en accord avec le principe d'élargir le contrôle biométrique.

«C'est une question de sécurité, ce n'est pas une chose énorme qu'on leur demande de faire», a-t-il indiqué en point de presse dans le foyer des Communes.

Il a cependant dit entretenir «certaines réserves» concernant le respect de la vie privée et a souligné qu'il faudrait de se doter de remparts pour éviter toute fuite de données confidentielles.

Ces préoccupations sont aussi partagées par le commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Daniel Therrien.

«La biométrie est associée à des renseignements extrêmement sensibles au sujet des individus (...) et l'existence même de ces banques de données-là les rend susceptibles de faire l'objet de vols, de «hacking', etc.», a-t-il exposé en point de presse.

Mais il s'inquiète aussi et surtout de voir des données biométriques recueillies à des fins de contrôle de la frontière être transmises à d'autres agences ou organisations pour usage ultérieur.

«Lorsque les renseignements sont obtenus pour des fins de contrôle de la frontière, c'est une fin administrative importante, mais c'est une fin administrative», a expliqué le commissaire Therrien.

«Est-ce que ça devrait ensuite être envoyé à la police pour des fins d'enquête sur des crimes disons relativement routinier? C'est une des questions qui se pose», a-t-il conclu.

Il n'en demeure pas moins que l'expérience des autres pays démontre que les contrôles biométriques sont «utiles», a précisé M. Therrien, disant espérer que le gouvernement continue à consulter son bureau en prévision de cette expansion.

L'élargissement du recours au contrôle biométrique doit entrer en vigueur dès que les modifications législatives et réglementaires auront été parachevées, soit d'ici 2018-2019.

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