Débat sur la laïcité: Charles Taylor redoute de nouvelles divisions sociales

Charles Taylor... (La Presse, André Pichette)

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Charles Taylor

La Presse, André Pichette

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Martin Ouellet
La Presse Canadienne

Le retour en force du débat sur la laïcité depuis la tuerie de Charlie Hebdo inquiète le philosophe Charles Taylor.

En entrevue jeudi à La Presse Canadienne, le coauteur du rapport Bouchard-Taylor (avec Gérard Bouchard) a dit craindre ceux qui tentent de tirer profit des attentats de Paris pour faire avancer leur projet de laïcité.

«Puisqu'il y a des gens qui veulent surfer là-dessus pour faire avancer leur projet de laïcité, là, c'est dangereux parce que se sont deux questions complètement différentes. Si on commence le débat en pointant du doigt une partie de la population comme étant des terroristes en puissance, on ne pourra jamais régler ce problème, le problème de diversité», a déclaré M. Taylor.

Selon le professeur émérite, laïcité et lutte au terrorisme sont deux choses différentes et tracer un lien entre les deux thèmes risque de mener le Québec tout droit vers de nouveaux déchirements.

«Ce serait une erreur monumentale de mélanger les questions de terrorisme et les questions du vivre-ensemble dans la diversité dans une société comme la nôtre. Du moment où on fait un amalgame comme ça, on est tout droit sur le chemin de la division sociale. Si les gens croient que le moment est propice à cause des événements de Paris, ils ont grandement tort», a-t-il dit.

Sans détour, M. Taylor a exprimé sa méfiance envers le député péquiste et candidat à la direction du Parti québécois Bernard Drainville, revenu à la charge il y a une semaine avec une nouvelle mouture - moins restrictive - de son projet de charte des valeurs.

Le philosophe estime que le député de Marie-Victorin est «un mauvais porteur de ballon» dans ce dossier à cause de son passé marqué par la confusion entre la diversité religieuse et l'intégrisme.

Durant le débat sur la première version de la charte en 2013-2014, M. Drainville, alors ministre responsable, «a constamment fait l'amalgame», a soutenu M. Taylor.

«Il entretenait un contexte flou d'intégrisme religieux qui voulait dire à la fois se pencher sur la violence et interdire les signes ostentatoires. Quelqu'un qui croit que les gens qui portent des signes ostentatoires sont des terroristes en puissance ignore tout de la vie religieuse très diverse de notre pays, de notre société. Il agite des slogans très dangereux», a-t-il soulevé.

Le professeur est d'avis que les Français ont fait preuve de plus de sagesse à la suite de l'attentat perpétré contre l'hebdomadaire satirique en rejetant les amalgames et en prenant soin de ne pas montrer du doigt leurs concitoyens de confession musulmane.

Bien au contraire, «ils se sont tous dits: on est tous ensemble, toutes les religions, ne faisons pas d'amalgame, ne blâmons pas les musulmans pour ce qui s'est passé», a-t-il relaté.

De la même façon, il faudrait, selon lui, que «tous les Québécois s'unissent, de toutes les origines confondues, pour combattre la radicalisation».

À ses yeux, la vraie priorité des décideurs politiques québécois devrait être la lutte contre «le recrutement des jeunes par des tueurs, par des fanatiques».

«Il faudrait se concentrer là-dessus et non pas créer des divisions complètement gratuites entre les Québécois de différentes souches, c'est ça qu'il faut éviter», a-t-il argué.

Si des mécanismes permettant d'identifier la radicalisation sont nécessaires, M. Taylor ne semble pas totalement convaincu de l'utilité d'un «observatoire» sur les intégrismes, une idée de l'ex-députée libérale Fatima Houda-Pepin et récupérée par le Parti québécois.

«Faudrait voir les détails. Il y a déjà des gens, des sociologues, etc., qui se consacrent à ça, on a des éléments, c'est déjà en cours, mais enfin il faudrait peut-être en faire plus», a-t-il dit.

Dans son rapport - tabletté en 2008 - la Commission Bouchard-Taylor recommandait d'interdire le port de signes religieux chez les agents «coercitifs» de l'État, c'est-à-dire les policiers, les juges et les gardiens de prison.

Aujourd'hui, le coauteur du rapport rappelle que cette recommandation n'est pas un dogme.

«C'étaient de petites exceptions et d'ailleurs, ce n'est pas gravé dans le ciment», a-t-il dit.

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