Nation Atikamekw: pas d'exploitation forestière sans son accord

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Stéphanie Marin
La Presse Canadienne

Après avoir déclaré unilatéralement sa souveraineté, la nation Atikamekw a fait savoir mardi qu'aucune exploitation forestière ne sera dorénavant tolérée sur son territoire sans son consentement préalable.

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Le chef du conseil de bande d'Opitciwan, Christian Awashish.

Gabriel Delisle

Il s'agit d'une conséquence «directe et logique» de cette affirmation de souveraineté sur son territoire, situé en Haute-Mauricie, faite le 8 septembre dernier, a-t-elle indiqué dans un communiqué.

«Nous n'avons jamais consenti ou encore donné notre accord à l'exploitation massive des ressources forestières qui se retrouvent sur notre territoire», a rappelé le chef des Atikamekw d'Opitciwan, Christian Awashish.

Il profite donc de la période de ré-accréditation des entreprises au système d'aménagement forestier pour la certification du Forest Stewardship Council (FSC), actuellement en cours, pour faire valoir sa position. Une démarche qui pourrait faire mal aux entreprises de bois et de pâtes et papiers.

La démarche va de soi, dit-il. Car obtenir le consentement des nations autochtones est l'un des critères pour l'obtention et le maintien de l'accréditation. Celle-ci prévoit aussi la protection des vieilles forêts et des espèces qui en dépendent.

Le chef Awashish estime que ces protections n'ont pas été respectées.

«Le territoire Atikamekw d'Opitciwan subit depuis des décennies l'empreinte colossale de l'industrie forestière sans qu'un réseau d'aires protégées adéquat ni des plans de conservation soient mis en place», écrit-il. Il n'a pas donné suite à nos demandes d'entrevue.

Le chef Awashish demande donc la suspension des certificats FSC aux entreprises actuellement en processus d'audit si elles ne respectent pas leurs droits et ne protègent pas suffisamment l'environnement.

Cette certification FSC n'est pas obligatoire, mais beaucoup d'entreprises, comme Produits forestiers Résolu, Kruger et Tembec, ont choisi de l'obtenir. La perdre pourrait leur fermer certains marchés et causer la perte de clients.

Chez l'une des entreprises visées, Produits forestiers Résolu, on affirme mardi être préoccupé par la menace de la nation Atikamekw.

Mais on souligne rapidement que tous les territoires de coupe québécois sont soumis à des processus stricts et rigoureux, mis en place par le gouvernement du Québec.

«Et c'est le gouvernement qui est responsable de consulter les Autochtones», explique en entrevue Karl Blackburn, le directeur principal, Affaires publiques et relations gouvernementales de l'entreprise. Il affirme que Produits forestiers Résolu a obtenu les permis nécessaires de Québec et les respecte.

Il admet que la perte de la certification FSC sur un territoire donné aurait un impact au point de vue de la commercialisation des produits et indique surveiller la situation, sans pouvoir la prendre en charge, car elle est la responsabilité du gouvernement provincial.

Le Forest Stewardship Council a précisé mardi que si le certificat a été émis, c'est qu'il y avait eu une évaluation favorable du certificateur indépendant, qui reconnaissait alors que les nations autochtones avaient été consultées selon les critères prévus. L'accréditation peut être révoquée ou non renouvelée si la situation a changé ou si des manquements majeurs ont eu lieu. La nation peut déposer une plainte auprès du certificateur à cet effet.

Bien qu'ils aient récemment déclaré leur souveraineté, les Autochtones des communautés de Manawan, Opitciwan et Wemotaci, au nord de Trois-Rivières, ne prévoient toutefois aucune sécession du territoire, qui fait près de 80 000 km carrés.

Ils demandaient plutôt un système de cogestion avec les entreprises qui veulent exploiter des ressources sur leurs terres.

Se sentant lésés dans leurs droits, ils sont déjà passés aux actes: à l'été 2012, ils avaient bloqué à deux endroits le chemin d'accès reliant leur communauté à la route 167, perturbant les activités de trois entreprises forestières. Le blocus avait été levé et une entente de principe avait été conclue fin août 2012, sans que tout ne soit réglé.




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